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Moyen Orient et Monde - Proche-Orient

Israël ne sait toujours pas quand et comment riposter contre le Hamas

Les Israéliens en pleurs lors de l’enterrement de Naftali Fraenkel, un des trois jeunes enlevés puis retrouvés morts. Baz Ratner/Reuters

Le gouvernement israélien calculait hier l'ampleur de ses représailles au meurtre de trois jeunes enlevés en Cisjordanie, imputé au Hamas palestinien. Le cabinet de sécurité israélien, présidé par M. Netanyahu et composé des principaux ministres, devait reprendre ses discussions hier soir, au lendemain d'une longue réunion qui s'est achevée sans annoncer de décision. « Nous considérons le Hamas comme responsable de l'enlèvement et du meurtre des jeunes et nous savons comment régler nos comptes avec eux », a déclaré le ministre de la Défense Moshe Yaalon, en ajoutant que la traque des ravisseurs se poursuivait. Avant l'aube, Israël avait lancé une trentaine de raids aériens contre des groupes armés dans la bande de Gaza sans faire de victime. Huit roquettes tirées de l'enclave palestinienne, où le Hamas est en charge de la sécurité, se sont en outre abattues sur le sud d'Israël.


Les trois jeunes, étudiants d'écoles religieuses de colonies juives, Eyal Yifrach, 19 ans, Naftali Frankel et Gilad Shaer, 16 ans tous les deux, ont été retrouvés morts lundi aux environs de la localité de Halhoul, près de la route où ils ont été vus pour la dernière fois faisant de l'auto-stop dans le sud de la Cisjordanie occupée. Leur rapt n'a fait l'objet d'aucune revendication jugée crédible. Le corps des trois jeunes ont été remis dans hier dans l'après-midi aux familles dans les localités d'où ils étaient originaires. « Nous croyions si forts que tu rentrerais à la maison », a murmuré le père d'Eyal Yifrah devant la dépouille mortelle de son fils enveloppé dans un drapeau israélien, selon des images de télévision. Ils devaient être ensuite inhumés en privé après des éloges de M. Netanyahu et du président Shimon Peres.

« Vos assassins ont piétiné le commandement moral qui veut que l'on ne touche pas à un enfant », a affirmé M. Netanyahu lors des funérailles à Modiin, entre Jérusalem et Tel-Aviv. Des dizaines de milliers d'Israéliens anonymes, religieux, laïcs, familles et soldats, ont rallié le petit cimetière de Modiin, entonnant de poignants chants de lamentation lors de l'arrivée du convoi funèbre. Les trois ambulances transportant les corps ont difficilement réussi à se frayer un chemin à travers la longue file humaine qui serpentait sur des centaines de mètres le long des sentiers de la forêt de Modiin, selon des images de la télévision. En outre, près de 200 personnes ont pris part hier à une manifestation antiarabe à Jérusalem, en marge des funérailles, a t-on appris auprès de la police. « C'est une chasse aux Arabes, ils entrent dans le tramway, arrêtent des voitures sur la route et hurlent mort aux Arabes », a déclaré un témoin sur place.

 

(Lire aussi: Avec Rivlin, les espoirs de paix s'éloignent au Proche-Orient)

 

« Les portes de l'enfer »
M. Netanyahu a promis de « faire payer le Hamas », son gouvernement considérant que les ravisseurs ont agi, sinon sur ordre, conformément à la ligne de la direction du mouvement islamiste Hamas. De son côté, le Hamas, qui a nié être impliqué dans le rapt mais a salué l'opération, a averti que si Israël « se lançait dans une guerre ou une escalade, il ouvrirait les portes de l'enfer ». « L'occupant cherche à exploiter cette histoire pour partir en guerre contre notre peuple, la résistance et le Hamas », a déclaré un porte-parole du mouvement, Sami Abou Zouhri. L'armée israélienne a déjà démoli les maisons de deux membres du Hamas à Hébron en Cisjordanie, qu'elle considère comme les principaux suspects qui sont toujours introuvables.
De plus, le président Mahmoud Abbas a convoqué en soirée une réunion de la direction palestinienne à Ramallah, alors que son accord de réconciliation avec le Hamas, qui a conduit à un gouvernement de consensus commun à la Cisjordanie et à Gaza, semblait de plus en plus menacé.


De plus, un porte-parole de M. Netanyahu a une nouvelle fois exhorté M. Abbas à « rompre son alliance avec le Hamas et annuler son accord » de réconciliation, jugeant que la mort des trois Israéliens était « le résultat direct » de cette entente. Le ministre de la Défense Moshe Yaalon a suggéré, selon le journal Haaretz, qu'une ancienne base militaire israélienne en Cisjordanie soit transformée en colonie, à la mémoire des trois victimes, ce qu'a confirmé un responsable gouvernemental.

 

(Pour mémoire : Abbas accuse les ravisseurs des colons de vouloir « détruire » les Palestiniens)

 

Balle dans le pied
Selon Ghazi Hammad, un haut responsable du mouvement, « toutes les options sont envisageables et le Hamas prend au sérieux les menaces d'Israël. Mais il ne cherche pas l'affrontement, la balle est dans le camp d'Israël. La découverte des corps a été un choc pour Israël et a révélé une faille, c'est pourquoi Israël veut se venger et en faire payer le prix au Hamas, quelle que soit sa responsabilité », a-t-il déclaré. De plus, la prise de distance du Hamas avec l'enlèvement permettra au mouvement islamiste d'« atténuer » le choc de la riposte israélienne, estime Walid al-Moudallal, professeur de sciences politiques à l'Université islamique de Gaza. « Mais le Hamas ne restera pas silencieux s'il est visé. Il se battra si sa survie est en jeu », prévient-il.
Après son annus horribilis dû au renversement par l'armée en Égypte du président islamiste Mohammad Morsi en juillet 2013, « le Hamas fondait ses espoirs sur le gouvernement de réconciliation palestinien, sa proximité croissante avec l'Occident et sur le monde arabe, principalement l'Égypte », écrit Alex Fishman, mais avec l'enlèvement « il s'est tiré une balle dans le pied ». Depuis la découverte des corps, « le Hamas ne veut pas seulement donner à Israël un prétexte pour attaquer, il l'invite même à attaquer pendant le ramadan », estime le commentateur israélien, afin de « détourner l'attention de ce ramadan morose sur l'ennemi qui a gâché la fête : Israël ». Il souligne l'amertume soulevée par la perte d'emploi et de salaire des quelque 40 000 ex-fonctionnaires du Hamas depuis la formation le 2 juin d'un gouvernement de consensus composé de personnalités indépendantes, commun à Gaza et à la Cisjordanie.


En effet, étranglé par le blocus israélien de la bande de Gaza et la fermeture de la frontière avec l'Égypte, le Hamas a accepté la réconciliation aux conditions de Mahmoud Abbas afin d'assurer sa survie à terme, au prix d'un abandon du pouvoir sur l'enclave palestinienne, d'après les commentateurs.
Enfin, à l'étranger, le président américain Barack Obama a condamné « dans les termes les plus forts possibles » un « acte de terrorisme insensé », alors que l'Union européenne a souhaité que « les auteurs de cet acte barbare soient rapidement traduits en justice » tout en appelant « à la retenue ».

 

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