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Nos lecteurs ont la parole - Georges Y. Haddad

Cet « autre » que nous haïssons...

Plus jamais ! Ces deux mots, chaque Libanaise, chaque Libanais devrait les faire siens. Deux mots qui, à première vue, ne veulent rien dire mais qui portent tant de sens.
Aujourd'hui encore, dans une société en pleine mondialisation, où il est question d'ouverture, de libre-échange, de disparition des frontières, etc., la population d'un tout petit État, ne faisant que 10 452 kilomètres carrés, ne s'accorde toujours pas pour élaborer un manuel commun sur l'histoire politique du pays. La faute à qui ?
La faute au chrétien qui ne sera jamais satisfait, ou au druze qui jugera que l'histoire vue par le musulman n'est pas conforme à son optique tandis que selon ce dernier, l'histoire selon le juif libanais ne tient pas du tout la route.
Entre Phénicie, Arabie, Occident, Orient, les Libanais sont perdus et ne savent plus quoi choisir. Nous n'avons toujours pas effectué un travail de mémoire après la guerre civile qui fit des dizaines de milliers de morts, de blessés et de disparus, soit près de 10 % de la population de l'époque. Combien de monuments aux morts avons-nous érigé ? Combien de plaques commémoratives ont-elles été placées ? C'est vrai que nous entendons des « inchallah ma ysir hareb » ou encore des « please ma t'oul hek » et des « la samah Allah » de nos parents quand nous disons qu'une guerre éclatera, mais en réalité qu'ont-ils fait pour faire avancer le pays ? Dans 90 % des cas, un aouniste appuie Aoun tout comme ses parents, ou un supporter des Forces libanaises soutiendra Geagea parce que ses parents le font ; la même chose s'applique aux supporters de Hariri, de Nasrallah, de Joumblatt, etc.
Après 15 années de guerre qui ont achevé de défigurer le pays, on attend toujours qu'un travail de mémoire soit fait. Les générations de la guerre ont éduqué leur descendance dans la haine de l'autre pour ses crimes, comme si leurs chefs étaient innocents. Le gouvernement libanais n'a jamais voulu inculquer aux nouvelles générations la notion de paix. Quelle chance elles ont, ces générations, de ne pas avoir vécu les atrocités de la guerre. Mais qu'en sera-t-il demain ?...
Comment voulez-vous vous engager sur la voie du progrès si ces chefs de guerre se disputent la présidence d'aujourd'hui ? Nous soutenons les mêmes politiciens qui nous ont montés les uns contre les autres, qui ont pillé les biens de cette petite parcelle de terre, pourtant si riche.
Au lieu de dire « plus jamais », nous, jeunes Libanais, choisissons de suivre nos parents qui sont toujours marqués par les événements qui ont détruit leurs vies, et qui (pour la majorité) n'ont jamais enseigné à respecter « l'autre ».
Pourtant, un jour, nos parents ne seront plus là. Et il est bien triste de dire que la haine de l'autre restera au Liban, dans nos villes, au milieu des rues, et en nous...

Georges Y. HADDAD

Plus jamais ! Ces deux mots, chaque Libanaise, chaque Libanais devrait les faire siens. Deux mots qui, à première vue, ne veulent rien dire mais qui portent tant de sens.Aujourd'hui encore, dans une société en pleine mondialisation, où il est question d'ouverture, de libre-échange, de disparition des frontières, etc., la population d'un tout petit État, ne faisant que 10 452 kilomètres carrés, ne s'accorde toujours pas pour élaborer un manuel commun sur l'histoire politique du pays. La faute à qui ?La faute au chrétien qui ne sera jamais satisfait, ou au druze qui jugera que l'histoire vue par le musulman n'est pas conforme à son optique tandis que selon ce dernier, l'histoire selon le juif libanais ne tient pas du tout la route.Entre Phénicie, Arabie, Occident, Orient, les Libanais sont perdus et ne savent plus quoi...
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