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Moyen Orient et Monde - Irak

L’ayatollah Sistani réitère son appel à la guerre contre Daech

Au moins 30 miliciens chiites sont morts hier en repoussant une attaque d'insurgés contre Muqdadiyah ; déjà un million de déplacés.

Des Irakiens vivant en Iran manifestant et portant des portraits de l’ayatollah Ali Sistani et de l’ayatollah Ali Khamenei. Atta Kenare/AFP

Le principal chef religieux chiite d'Irak a appelé hier à chasser rapidement les insurgés sunnites du pays.
Après avoir exhorté la semaine dernière les Irakiens de toutes confessions à prendre les armes contre Daech (État islamique en Irak et au Levant – EIIL), le très influent grand ayatollah Ali Sistani a insisté : si Daech n'est pas « combattu et chassé d'Irak, tout le monde le regrettera demain, quand les regrets n'auront plus de sens ». L'ayatollah Sistani a aussi appelé à la formation « d'un gouvernement efficace » qui « évite les erreurs du passé », critique implicite contre M. Maliki, un chiite dont le bloc politique est arrivé en tête des législatives d'avril mais qui ne parvient pas à former un nouveau cabinet tant les divisions sont profondes. Au pouvoir depuis 2006, M. Maliki est accusé d'avoir mené une politique confessionnelle qui a marginalisé la minorité sunnite, aliéné aussi ses partenaires kurdes et chiites et préparé le terrain à l'offensive jihadiste. Il est honni par les insurgés qui ont, avec des attentats quasi quotidiens, ensanglanté le pays depuis plus d'un an. L'idée d'un départ du Premier ministre est même de plus en plus évoquée à Washington.

Après l'engagement américain en Irak qui a renversé le président sunnite Saddam Hussein et coûté la vie en huit ans à 4 500 soldats, le président Barack Obama a affirmé jeudi qu'il ne saurait y avoir de solution militaire. « Les dirigeants irakiens sont face à un test », a prévenu le président américain en les appelant à « surmonter la méfiance, les profondes divisions confessionnelles » et l'opportunisme politique. M. Obama a néanmoins affirmé qu'il aiderait « les Irakiens dans leur combat contre les terroristes » qui menacent aussi « les intérêts américains ». Il a souligné que son pays était prêt à « une action militaire ciblée et précise si et quand la situation sur le terrain l'exige ». Washington a pour l'instant renforcé les vols de surveillance de l'Irak et va déployer « très bientôt » 300 conseillers militaires chargés « d'entraîner et de soutenir » les forces irakiennes, et éventuellement de coordonner des frappes aériennes. Dans ce contexte, M. Obama a mis en garde l'Iran chiite contre « une intervention militaire seulement au nom des chiites », alors que le Pentagone a affirmé que Téhéran avait envoyé un « petit nombre d'agents révolutionnaires iraniens » en Irak pour aider le gouvernement.

(Lire aussi : Les jihadistes à la tête d'une coalition hétéroclite en Irak)

Son chef de la diplomatie John Kerry est attendu ce week-end au Moyen-Orient et en Europe pour des consultations sur la crise irakienne et devrait, selon des sources parlementaires américaines, se rendre aussi en Irak. De plus, le président russe Vladimir Poutine et son homologue M. Obama vont parler de la situation en Ukraine, en Irak et en Syrie « dans les jours à venir », a déclaré hier Iouri Ouchakov, le conseiller diplomatique du Kremlin, lors d'un point de presse.

Par ailleurs, selon un sondage Reuters-Ipsos publié jeudi, l'opinion américaine est majoritairement hostile à toute forme d'intervention des États-Unis en Irak. Pour 55 % des personnes interrogées, Washington ne doit pas intervenir, sous quelque forme que ce soit. Ils ne sont que 20 % d'un avis contraire. Les affiliations politiques n'ont guère d'effet sur ces prises de position.

Patrimoine culturel rasé
Sur le terrain, les insurgés sunnites consolident leur contrôle sur les larges pans de territoire pris dans quatre provinces du nord et de l'est du pays, et tentent de se frayer un chemin en direction de Bagdad, l'un de leurs objectifs, selon un chef du groupe. Après la débandade des premiers jours, les forces armées tentent d'enrayer leur avancée. Mais 34 soldats ont été tués dans des combats nocturnes à al-Qaïm à la frontière syrienne, et au moins 30 miliciens chiites sont morts hier en repoussant une attaque d'insurgés contre Muqdadiyah, à 90 km au nord-est de Bagdad. Depuis le 9 juin, Daech a pris la deuxième ville d'Irak, Mossoul, une grande partie de sa province Ninive de Tikrit et d'autres secteurs des provinces de Salaheddine, Diyala et Kirkouk. Par ailleurs, dans le centre de Bagdad, des dizaines d'hommes de tous âges parcouraient hier les boutiques de matériel paramilitaire à la recherche de casques, bottes et tenues de camouflage pour pouvoir se porter volontaires au combat.

(Lire aussi: L’Irak est-il en train de payer les erreurs de Maliki ?)


De plus, les jihadistes sunnites de Daech ont rasé des vestiges du patrimoine culturel irakien à Mossoul. Des statues de Othman al-Mossouli, auteur et compositeur du XIXe siècle, et d'Abou Tammam, un poète arabe de la dynastie des Abassides ayant vécu au IXe siècle, ont été abattues. La tombe d'Ibn al-Athir, philosophe et voyageur arabe du XIIe siècle, a été vandalisée. Ils ont une conception stricte de l'islam et considèrent que le culte des morts relève de l'idolâtrie. En outre, un hélicoptère des forces irakiennes a ouvert le feu hier sur des maisons au nord de Bagdad tuant un civil, son équipage ayant apparemment confondu une patrouille de police avec des insurgés, selon des responsables et un témoin.

Cette avancée de Daech, qui ambitionne de créer un État islamique après avoir pris des secteurs frontaliers en Syrie, a fait plus d'un million de déplacés. Selon l'ONU, environ la moitié des déplacés l'ont été par les combats dans la région occidentale d'al-Anbar, où Daech occupe plusieurs zones depuis janvier.

Du pétrole kurde en... Israël
En outre, le Kurdistan autonome irakien a livré hier sa première cargaison de pétrole en dépit des menaces de Bagdad d'engager des poursuites judiciaires à l'encontre de tout acquéreur. Un tanker, le SCF Altai, est arrivé hier dans le port israélien d'Ashkelon et a commencé dans la soirée à décharger sa cargaison, indiquent des sources portuaires et industrielles. Faute d'accord avec Bagdad sur les conditions de vente de son pétrole, le gouvernement autonome kurde irakien entend exporter son pétrole directement sans passer par le réseau d'oléoducs irakiens, en utilisant le port turc de Ceyhan.

 

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commentaires (3)

Pleins de "Raspoutine" exposés en vrac !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

15 h 47, le 21 juin 2014

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Commentaires (3)

  • Pleins de "Raspoutine" exposés en vrac !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    15 h 47, le 21 juin 2014

  • A t il besoin de lancer un tel appel , on voit que le nettoyage se fait in house ! les insurgés d'entredévorent entre eux , déjà et comme par ailleurs !

    FRIK-A-FRAK

    12 h 57, le 21 juin 2014

  • "L'autonome kurde irakien entend exporter son pétrole directement sans passer par le réseau d'oléoducs irakiens, en utilisant le port turc de Ceyhan." ! Et cet ancestral conflit Turco-kurde, c'est bidon alors ?!

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    06 h 57, le 21 juin 2014

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