Le pape François à Rome. Alessandro Bianchi / Reuters
Le pape « venu du bout du monde », qui s'était vu reprocher d'avoir négligé l'Europe, a tracé ces derniers jours sa vision d'un continent qu'il a qualifié de « fatigué ».
« L'Europe a renié ses racines et nous devons l'aider à les retrouver », a lancé dimanche soir le pape devant la Communauté de Sant'Egidio, après avoir écouté les difficultés d'une femme de 90 ans, d'un chômeur de 28 ans, d'un Rom et d'un réfugié afghan.
Depuis son élection en mars 2013, le pontife argentin a peu évoqué l'Europe et ses racines chrétiennes, contrairement à son prédécesseur allemand Benoît XVI, qui était obsédé par l'oubli de l'histoire chrétienne dans le Vieux Continent. En effet, dans l'avion qui le ramenait de Jérusalem, au lendemain des élections européennes, le pape avait admis n'avoir pas eu le temps de s'informer sur les résultats. Jorge Bergoglio a donné l'impression aux Européens – y compris à ses évêques majoritaires dans l'Église par rapport aux autres continents – que l'Europe était passée au second plan au profit du Nouveau Monde.
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Toutefois, depuis son retour du Proche-Orient, il a évoqué l'Europe au moins cinq fois. Alors qu'invité par divers chefs d'État et de gouvernement européens, il n'avait pas programmé de voyage sur le Vieux Continent, même pas devant les institutions européennes, c'est l'Albanie qui a été choisie, à la surprise de tous. Il s'y rendra en septembre. Une décision soigneusement pesée, comme tout ce que fait Jorge Bergoglio. Le pape ira à Tirana « à la rencontre des périphéries », a relevé son porte-parole, le père Federico Lombardi. C'est un pays très pauvre, d'émigration, candidat à l'Union européenne et qui a connu la plus forte persécution religieuse. Le régime communiste d'Enver Hodja avait proclamé la petite république « l'unique pays athée au monde ». Aujourd'hui, la religion renaît, y compris le culte catholique, dans ce pays à majorité musulmane, dont étaient originaires les parents de mère Teresa.
De plus, le pape conçoit l'Europe comme une terre accueillante, s'opposant à la xénophobie. Il a parlé de « nouveaux Européens » à propos des migrants qu'il avait déjà défendus en juillet 2013 sur l'île italienne de Lampedusa. En accueillant et apprenant à connaître les immigrants, « cela nous rajeunit », a-t-il lancé dimanche. Le pape a par ailleurs évoqué « la culture du déchet » qui affecterait selon lui l'Europe : « La crise est tellement grande que l'on rejette aussi les jeunes, il suffit de penser aux 75 millions de jeunes de moins de 25 ans qui n'ont ni travail ni formation, cela se passe aujourd'hui dans cette Europe fatiguée », a-t-il ajouté sur un ton en forme de réquisitoire.
En outre, dans une interview vendredi au quotidien catalan La Vanguardia, il a lancé par contre une mise en garde remarquée aux Européens contre la tentation du repli et du séparatisme : « Toute division me préoccupe : il faut étudier au cas par cas. L'Écosse, la Padanie, la Catalogne ? Il doit y avoir des cas qui seront justes et d'autres qui ne sont pas justes, parce que la sécession d'une nation sans un antécédent d'unité forcée, c'est quelque chose qu'il faut prendre avec des pincettes. »
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