Damien Meyer/AFP
Hommage aux victimes des bombardements, recueillement dans les cimetières de toutes les nations dont les hommes ont péri sur le sol français : les cérémonies du 70e anniversaire du débarquement en Normandie ont suscité hier une vive émotion autour des derniers survivants du « jour le plus long ».
« Le sort de l'humanité s'est joué le 6 juin 44 », a lancé le président français François Hollande, saluant « le courage des parachutistes qui ont sauté dans la nuit, le courage des rangers, le courage des soldats britanniques, le courage de tous ces jeunes venus du monde entier » pour participer au débarquement. « Merci d'avoir été là à l'été 44 », a-t-il lancé au millier d'anciens combattants du jour J présents à la cérémonie internationale organisée sur la plage de Ouistreham, la plus à l'est de toutes celles où les Alliés débarquèrent en cette fameuse journée. « Vous serez toujours ici par l'esprit sur ces plages du débarquement », leur a-t-il assuré. Sous un soleil radieux et par 25 degrés à l'ombre, M. Hollande a également rendu hommage à l'Armée rouge et a évoqué la « contribution décisive des peuples de ce qu'on appelait l'Union soviétique » à la victoire alliée. Un discours qui a particulièrement plu à son homologue russe Vladimir Poutine qui a promis d'appeler M. Hollande pour lui faire part de sa reconnaissance. Le chef d'État français a aussi salué « le courage des Allemands, victimes du nazisme, entraînés dans une guerre qui n'était pas la leur, qui n'aurait pas dû être la leur », avant d'insister sur « le devoir » de paix des dirigeants mondiaux actuels.

François Hollande, entouré de la reine Elizabeth et de la reine Margrethe II, ainsi que des présidents Poutine et Obama, lors du déjeuner au château de Benouville. REUTERS/Stephen Crowley/Pool
Les spectateurs ont ensuite assisté à un spectacle de 50 minutes évoquant la Seconde Guerre mondiale, qui s'est achevé par une émouvante accolade entre d'anciens combattants allemands et français.
Un million de pétales de roses
À leur arrivée sur la plage de Ouistreham, mieux connue sous son nom de guerre Sword Beach, le président américain Barack Obama et la reine Élisabeth II d'Angleterre ont salué quelques-uns de ces survivants. Les deux dirigeants avaient auparavant déjeuné au château de Bénouville, un symbole de la résistance, en compagnie des autres chefs d'État. Le repas a donné lieu à des échanges diplomatiques consacrés à la crise ukrainienne et à une poignée de main très attendue entre le président russe Vladimir Poutine et son homologue ukrainien Petro Porochenko.
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Lors d'une cérémonie franco-américaine au cimetière américain de Colleville-sur-Mer, tout près de Omaha Beach où se sont déroulés les combats les plus sanglants du D-Day, M. Obama a évoqué les hommes qui ont brisé « le mur d'Hitler » et se battaient pour changer bien « plus que le cours de la guerre, mais pour (changer) le cours de l'histoire de l'humanité. Omaha Beach, en Normandie, était la tête de pont de la démocratie », a martelé le président des États-Unis. Dans un moment d'émotion, les vétérans, y compris ceux qui, à plus de 90 ans, ont du mal à marcher, se sont levés, comme s'ils répondaient à l'appel de leur commandant en chef qui les a longuement applaudis. Cette commémoration est vraisemblablement le dernier anniversaire décennal auquel les anciens combattants, aujourd'hui presque tous nonagénaires, sont encore présents.

Le prince Charles et le ministre de l'Intérieur français Manuel Valls déposent une gerbe au cimetière britannique de Bayeux, lors du 70e anniversaire du débarquement. AFP/POOL/Thomas Bregardis
Pendant ce temps, à New York, un million de pétales de roses rouges ont été libérés hier au-dessus de la statue de la Liberté, symbole des États-Unis et de l'amitié franco-américaine. Au total, 70 000 roses – 1 000 par année célébrée – avaient été utilisées. En hommage à l'engagement des forces américaines le 6 juin 1944, 130 enfants d'écoles françaises et américaines ont également déplié deux immenses drapeaux français et américain au pied de la statue, alors qu'étaient joués les hymnes français et américain.
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« Lorsque des jeunes filles... »
La France « n'oubliera jamais ce qu'elle doit aux États-Unis », a déclaré pour sa part François Hollande présent à Colleville aux côtés de M. Obama. Il a salué le 6 juin, « une date mémorable de notre histoire où nos deux peuples se sont confondus dans un même combat, celui de la liberté ».
François Hollande avait tenu à souligner plus tôt dans la matinée le rôle et le martyre des civils français, dont près de 20 000 ont péri dans les bombardements et les combats contre les soldats allemands entre le 6 juin et la fin de la bataille de Normandie le 22 août 1944.
« Cette bataille fut aussi celle des civils » qui ont connu « un épouvantable martyre », a insisté M. Hollande, rendant hommage « aux familles entières qui connaissent le chaos et la mitraille ». Le chef de l'État a par ailleurs relié ce conflit aux violences d'aujourd'hui : « La guerre, elle est toujours là, encore, dans ce monde tumultueux, incertain et parfois menaçant. » « Et dans toutes les guerres, ce sont les civils qui payent un lourd tribut : lorsqu'ils sont utilisés comme boucliers humains », « lorsqu'ils sont victimes du terrorisme, lorsque l'on voit des enfants être des cibles, lorsque la guerre jette des milliers d'enfants sur les routes, lorsque des jeunes filles sont enlevées et livrées à la violence sexuelle ». Près de 3 000 civils sont morts ce fameux 6 juin 1944, soit presque autant que de militaires alliés. Cent mille personnes ont été contraintes à l'exode, a rappelé le président, et 300 000 se retrouvèrent sans-abri.

Frank Mouque, un vétéran de la Royal Navy. AFP PHOTO/ CHARLY TRIBALLEAU
« On a eu des sueurs froides »
À Bayeux, où se déroulait une cérémonie en mémoire des soldats britanniques en présence de la reine Élisabeth, des vétérans ont été salués par une foule criant « Thank you ! », « Merci ! », « Bravo ! ». Ses médailles cliquetant au rythme de ses pas, Ken Godfrey, 89 ans, s'est arrêté un instant pour faire un baise-main galant à une femme qui applaudissait les anciens soldats. « Mon principal souvenir est de patauger dans la mer avec de l'eau jusqu'à la poitrine », a raconté ce vétéran. « Mais je n'aime pas parler des combats. On a eu des sueurs froides. Je suis chanceux d'avoir survécu. »
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À Arromanches, le prince William et son épouse Kate, en chapeau noir et robe bleu clair, ont rendu hommage hier à des vétérans britanniques, autour d'un thé tout d'abord, puis ont présidé la cérémonie devant les vestiges du port artificiel, conçu par les Alliés pour débarquer leurs équipements après le jour J. « Il est vital que le sacrifice » des soldats alliés « et les raisons de ce sacrifice ne soient jamais oubliés par notre génération et les suivantes », a déclaré William, qui a lui-même servi dans la Royal Air Force comme pilote d'hélicoptère, dans un discours très applaudi.
Une cérémonie en l'honneur des 14 000 soldats canadiens qui ont participé à ce débarquement a également eu lieu en début de soirée, en présence du prince Charles et du Premier ministre canadien Stephen Harper. Le prince Charles, s'exprimant comme le chef du gouvernement canadien en anglais et en français, a célébré l'action canadienne mais aussi le rôle des Français. « N'oublions pas non plus l'esprit de sacrifice de la résistance française », a déclaré le prince de Galles, qu'accompagnait son épouse Camilla Parker Bowles, duchesse de Cornouailles.
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Une honorable page de l'Histoire qui a mis fin au nazisme .
11 h 52, le 07 juin 2014