Premier signe encourageant du Kremlin depuis le début de la crise ukrainienne : « Je ne peux pas ne pas saluer la position de M. Porochenko sur la nécessité de faire cesser immédiatement l’effusion de sang dans l’Ukraine. » Christophe Ena/AFP
La recherche d'une issue à la crise ukrainienne, qui a réveillé le spectre de la guerre sur le continent européen, s'est imposée hier, avec une amorce de dialogue russo-ukrainien, au cours des célébrations empreintes d'émotion du 70e anniversaire du débarquement allié en Normandie.
Les images furtives du président russe Vladimir Poutine s'entretenant avec le président élu ukrainien Petro Porochenko est un premier signe de détente. Incertaine jusqu'au dernier moment, la rencontre entre MM. Poutine et Porochenko a eu lieu à la mi-journée au château de Bénouville, peu avant le déjeuner réunissant les grands du monde, venus rendre hommage aux soldats alliés qui ont débarqué le 6 juin 1944 sur les plages normandes. Après cette rencontre, M. Poutine a déclaré à la télévision russe que l'entretien avec M. Porochenko, qui doit être investi aujourd'hui avec le soutien des Occidentaux, était positif. « Je ne peux pas ne pas saluer la position de M. Porochenko sur la nécessité de faire cesser immédiatement l'effusion de sang dans l'est de l'Ukraine », a-t-il déclaré. « Je ne peux pas dire à coup sûr comment cela va être mis en pratique, mais l'approche m'a paru juste dans l'ensemble, elle m'a plu », a-t-il continué.
Ce sont là les déclarations les plus encourageantes du maître du Kremlin à l'égard de Kiev depuis le début de la crise ukrainienne. « L'Ukraine doit faire montre de sa bonne volonté. L'opération répressive doit être arrêtée », a-t-il cependant ajouté. Il a notamment assuré que la Russie et l'Ukraine, dont le différend sur les livraisons de gaz menace les approvisionnements européens transitant par ce pays, étaient proches d'un accord. « Nous n'avons pas parlé des prix du gaz avec M. Porochenko, mais je sais que Gazprom et son partenaire ukrainien sont proches d'un accord définitif », a déclaré le président russe.
« Assez substantielle, à mon avis »
Ce début de dialogue a « de bonnes chances » de réussir, a estimé de son côté M. Porochenko. « Un représentant russe viendra en Ukraine et on discutera avec lui de premières mesures dans le cadre d'un plan en vue d'un règlement que j'ai proposé en tant que président. (...) Nous avons de bonnes chances de le mettre en œuvre », a-t-il poursuivi. Ces pourparlers doivent avoir lieu demain, a-t-il laissé entendre.
Selon une source proche du président français, qui de concert avec la chancelière allemande Angela Merkel a œuvré à cette brève rencontre, « les modalités d'un cessez-le-feu (entre Kiev et les séparatistes prorusses) seront discutées dans les jours qui viennent ».
Cette avancée sur le plan diplomatique a été suivie par un bref aparté entre Vladimir Poutine et le président américain Barack Obama – la première depuis le rattachement de la Crimée à la Russie, considéré comme illégal par les Occidentaux. M. Obama a demandé à son homologue russe « d'apaiser les tensions en Ukraine », sous peine de voir s'aggraver l'isolement de la Russie par les Occidentaux, a indiqué Ben Rhodes, conseiller adjoint à la sécurité nationale. « Le président Obama a clairement dit que la désescalade dépendait de la reconnaissance par la Russie du président élu Petro Prorochenko en tant que dirigeant légitime de l'Ukraine et de l'arrêt du soutien aux séparatistes dans l'est de l'Ukraine et des mouvements d'armes et de matériels à travers la frontière », a-t-il ajouté.
Vladimir Poutine, qui a aussi rencontré Angela Merkel, David Cameron et François Hollande, a qualifié ces échanges de vues « très positifs ». Avec Barack Obama, « nous avons discuté deux fois, de manière assez substantielle à mon avis », a déclaré le président russe.
« Une tragédie pour le Donbass »
Pendant ce temps, sur le terrain, les séparatistes de l'est de l'Ukraine ont abattu hier un avion de transport militaire des forces ukrainiennes près du bastion prorusse de Slaviansk, a indiqué un porte-parole de l'armée ukrainienne, Vladislav Seleznev. L'appareil An-26 transportait de l'aide humanitaire destinée à la population, a-t-il ajouté. Le porte-parole militaire n'était pas en mesure de donner des précisions sur le sort de l'équipage. Interfax Ukraine a cité des témoins indiquant que les pilotes s'étaient éjectés avant que l'avion, touché par des tirs des rebelles, ne s'écrase.
Par ailleurs, près de Slaviansk, un policier ukrainien a été tué et deux ont été blessés dans une attaque séparatiste au mortier, a indiqué le ministère de l'Intérieur. Dans ce contexte, le chef de l'administration régionale de Donetsk, Serguiï Tarouta, nommé par Kiev, a estimé hier que l'opération « antiterroriste » ukrainienne, débutée le 13 avril dans l'Est, n'avait « pas atteint ses objectifs ». « Les militaires ukrainiens sont aujourd'hui face à des professionnels venus de différentes régions, y compris de la Tchétchénie (république du Caucase russe) et de l'Ossétie du Sud (république séparatiste prorusse de la Géorgie) », a déclaré M. Tarouta cité par son service de presse. Il s'est prononcé contre une opération militaire d'envergure avec « l'utilisation de tout le potentiel militaire ». « Il faut exclure les victimes, les minimiser le cas échéant. Chaque nouveau mort est une tragédie pour le Donbass et fait dix nouveaux partisans des terroristes », a-t-il poursuivi.
Enfin, à Donetsk, ville d'environ un million d'habitants livrée aux séparatistes, le contrôle de l'un des hôpitaux a été pris hier par les insurgés qui en ont fait un centre médical pour les blessés dans leurs rangs, a annoncé l'administration régionale.
(Source : AFP)


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