Les agences de presse elles-mêmes, si promptes à signaler la moindre aberration dans la marche du monde, n'ont eu pour notre vacance présidentielle qu'une petite ligne blasée : « les Libanais ont l'habitude. » Les Libanais ont l'habitude, en effet, d'être régis par une classe politique qui n'écoute au mieux que ses émotions et ses intérêts, au pire la petite voix des chancelleries étrangères. Qui tient la barre ? Personne, et c'est sans importance. L'important est que les chefs de clans, de milices, de communautés, de tribus tiennent leurs hommes. De volonté ferme, de vision, de projet politique, point. L'usure aidant, ainsi que le désespoir de parvenir à créer un environnement politique et sécuritaire suffisamment sain pour envisager un avenir, force est de constater que le Liban a échoué à s'imposer comme un pays définitif pour tous ses citoyens. À voir comme ces derniers le souillent, le polluent, le brûlent, le défigurent de leurs propres mains, on peut se demander par quel terrible esprit de vengeance, par quelle haine ils sont mus pour s'acharner à ce point sur une contrée qui fut pourtant bien plus gâtée que d'autres par la nature. Quand on devient à ce point indifférent à son environnement, c'est qu'on a clairement renoncé à le considérer comme « chez soi ».
Pour la grande majorité d'entre eux, nos enfants vivent ici comme s'ils étaient de passage. L'idée du départ après la fin des études est définitivement entrée dans les mœurs. Le parcours d'obstacles pour l'obtention d'un visa étudiant n'est plus « un rite de passage », c'est un passage obligé. Ils sont trilingues, dit-on. C'est bien. Ce serait mieux s'ils pouvaient articuler une phrase entière dans une même langue. Ils parlent l'arabe, quelle chance ! Sauf que l'arabe, ils ne l'ont jamais appris à l'école. Ça baissait leur moyenne. Du moment que leurs parents leur ont transmis un passeport étranger, autant profiter de « l'avantage » d'être dispensés de cette langue. Du coup, c'est à peine s'ils arrivent à déchiffrer le nom des rues. Voilà qui ancre plus profondément encore dans leurs petites têtes l'idée qu'ils ne sont pas « d'ici ». D'ailleurs, il n'y a rien à faire pour eux dans ce petit pays informe. Les entreprises sont en berne. Tout va au ralenti. De nos jours, il n'y a que les artistes, les décalés et les marginaux pour avoir envie d'être d'ici. Eux, ils veulent devenir chercheurs, généticiens, biologistes moléculaires, ingénieurs nucléaires. Et ils le deviendront. Ailleurs.
Leurs ambitions sont à la mesure de leur désarroi, le jour où ils découvrent que leur pays ne bat de records que négatifs. À part le nombre de réfugiés per capita, le plus grand plat de hoummos ou de taboulé, la longévité de son chef du Parlement et la durée de sa guerre civile, le Liban n'a rien enregistré de remarquable depuis belle lurette. Alors nous attendons le bac et les remises de diplômes pour pavoiser un peu. Allez les p'tits gars, les filles, vous qui êtes les plus fortes, rendez-nous fiers, faites crépiter les mentions et briller nos yeux qui n'en ont plus l'habitude. Allez montrer au monde ce que vous savez faire et qu'ici vous ne pouvez pas. Et pendant ce temps-là, vos parents, eux, resteront là, la-la, la-la.


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TOUS LES ABRUTIS PANURGES AVANCENT... ET LEURS CHEPTELS DE MOUTONS PLUS ABRUTIS BÊLENT ET SUIVENT...
14 h 11, le 05 juin 2014