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Liban - Émigrés

Bassil réunit la diaspora libanaise, entre forum d’échange et retrouvailles

 « Nous sommes là pour vous écouter et apprendre de vos expériences », a déclaré le ministre des Affaires étrangères lors de la première Conférence des ressources énergétiques de la diaspora libanaise.

Le ministre des AE, Gebran Bassil, s’exprimant hier devant l’assemblée réunie à l’hôtel Habtour. Photo Dalati et Nohra

Impressionnant était le spectacle de ces 200 émigrés libanais réunis hier par le ministre des Affaires étrangères Gebran Bassil au Hilton. Venus d'outre-mer, des cinq continents, ils sont retournés hier aux sources, certains visitant le pays de Gebran Khalil Gebran et de Feyrouz pour la première fois, la plupart vieillis par le poids des années de labeur loin de leur patrie d'origine.

Et si réunir tous ces dépaysés était une chose nécessaire qui devait être faite il y a des lustres, il s'agit bien d'une première. Gebran Bassil, en ce sens, a su marquer hier un premier point en tant que ministre des Affaires étrangères, par cette initiative louable qui ne devrait pas être laissée sans suite, pour qu'elle puisse servir la diaspora libanaise et le Liban autant qu'elle a servi hier médiatiquement le chef de la diplomatie.
Il semblerait, par ailleurs, que le mot « énergie » soit encore cher au ministre Bassil, qui a baptisé le congrès qui s'étale sur deux jours, vendredi et samedi, « Conférence de l'énergie de la diaspora libanaise ». Et si de nombreux émigrés, dont Shakira, se sont excusés auprès du ministère qui n'a eu que deux semaines pour organiser cette rencontre colossale, avant que le cabinet ne puisse plus avoir toutes les prérogatives pour cela, les participants sont toutefois venus du Nigeria, du Congo, de la Côte d'Ivoire, d'Afrique du Sud, du Burkina Faso, du Kenya, de Sierra Leone, de l'Arabie saoudite, du Qatar, de l'Égypte, du Koweït, de Oman, de Bahreïn, d'Algérie, des Émirats arabes unis, de Jordanie, de Syrie, d'Iran, des États-Unis, d'Australie, du Brésil, du Paraguay, du Venezuela, d'Argentine, de Colombie, de Costa-Rica, de la Nouvelle-Zélande, de France, de Suisse, d'Allemagne, d'Italie, de Belgique, de Suède, d'Espagne, d'Arménie et de Grande-Bretagne.

(Pour mémoire : Bassil plaide pour une dynamisation du potentiel que représente la diaspora)

 

« Retisser les liens »
« Nous nous excusons pour notre sélectivité et pour n'avoir pu vous inviter à cette conférence que deux semaines auparavant, a en effet déclaré le ministre Bassil après une brève introduction de Ricardo Karam, maître de cérémonie. Que vous ayez répondu présents si vite me rend fier, et c'est une fierté que de vous voir tous réunis. C'est un jour exceptionnel pour le Liban. »

« Nous sommes là pour vous écouter, pour apprendre de vous et de vos expériences, afin que nous comprenions les meilleurs moyens de mettre l'énergie de la diaspora libanaise au service de la patrie et que nous élaborions ensemble un plan de travail à ce niveau », a ajouté M. Bassil, qui a affirmé vouloir « retisser les liens entre le Liban officiel et les émigrés ». Et le ministre de poursuivre : « Il n'est pas normal qu'un pays accueille 450 000 réfugiés palestiniens, 350 000 non-Libanais naturalisés et un million et demi de déplacés syriens, et qu'il abandonne des milliers de vrais Libanais. Le droit à la nationalité est en ce sens notre première priorité. » « L'existence du Liban est menacée si nous ne conservons pas notre identité », a déclaré le ministre, qui a en outre affirmé être en faveur d'une plus grande participation des émigrés à la vie politique libanaise, par le biais d'une représentation parlementaire, de la création d'un vote électronique en ligne et de l'élaboration d'une loi électorale neuve. Il a également rappelé la nécessité de créer des opportunités d'investissement et d'encourager les émigrés à investir, créer une infrastructure pour la diaspora et édifier des écoles libanaises qui adopteraient le cursus national dans le monde, soulignant que 8 milliards de dollars sont envoyés au Liban par la diaspora chaque année, soit 20 % du produit national, le taux le plus élevé dans la région. « Nous n'avons d'autre projet que l'État et d'autre choix que le Liban. Le Libanais a réussi individuellement, mais a échoué en communauté. Notre défi sera de changer cette donne », a-t-il conclu.

(Pour mémoire : Une grande majorité des jeunes Libanais sont inquiets du niveau de chômage)

« Quand on nous dit "ahla w sahla" »
Après un court documentaire établissant une liste des émigrés libanais les plus connus, se sont succédé à la tribune des Libanais qui ont réussi ailleurs, et qui ont partagé leurs expériences avec leurs confrères, tels que l'archevêque Nifon Saïkali, représentant le patriarche d'Orient en Russie, le ministre chypriote de l'Énergie, du Commerce, de l'Industrie et du Tourisme, Yiorgos Lakkotrypis, et le ministre argentin de la Santé, Juan Mansour, qui a affirmé que 2 millions de descendants de Libanais se trouvent en Argentine. « Mon père et mon grand-père ont quitté le Liban et n'ont jamais pu revenir. Je suis la première génération à être revenu. Nos cœurs battent quand on nous dit "ahla w sahla" à notre arrivée. Quand j'étais enfant, je priais des saints que je ne connaissais comme saint Charbel ou sainte Rafqa. Aujourd'hui, nous voulons faire notre possible pour que le Liban reste un message de paix, nous qui avons grandi sur les valeurs de la famille libanaise », a-t-il confié. Quant à Roberto Duailibi, homme d'affaires à succès au Brésil, il a confié un touchant témoignage à propos de son attachement au pays du Cèdre.

Quand on invite 200 émigrés qui reviennent au pays après une longue absence, pour discuter de choses sérieuses, il faut s'attendre à ce que le débat se transforme en un flot de témoignages personnels et un étalage de versets de Gebran et de poèmes d'outre-temps. C'est ce qu'a rapidement réalisé le ministre Bassil au cours de la première table ronde censée discuter des droits de la diaspora libanaise et qui a réuni des députés d'origine libanaise dans différents pays. Si Maria Morani, députée de Montréal, a salué la facilité d'intégration du Libanais dans les collectivités, le très charismatique Sam Zakhem, ancien sénateur aux États-Unis, a appelé les Libanais à dépasser les divisions confessionnelles.

La bureaucratie sur la sellette
Quant à Élie Abboud, député français, il a noté l'absence d'une structure administrative pour les 12 millions de Libanais à l'étranger. « Beaucoup de Libanais dorment à l'étranger, mais continuent de vivre au Liban. Là-bas, on est juste Libanais, sans affiliations partisanes ou confessionnelles. C'est peut-être pour cela que nous réussissons. Il est temps que les émigrés aient des députés libanais pour la diaspora et que ceux-ci soient laïcs. Cela pourrait servir d'exemple pour le reste du pays », a-t-il affirmé, avant que le député Nehmetallah Abi Nasr ne déplore que le projet de loi de récupération de la nationalité ne soit pas encore avalisé et que seulement 2 000 émigrés éligibles se soient enregistrés pour participer aux législatives en 2013. Il a enfin exposé le projet de la carte d'émigration qui pourra conférer aux émigrés leurs droits complets au cas où ils n'ont ou n'auront pas la nationalité, et l'élection de députés libanais représentatifs de la diaspora et de députés libanais pour la diaspora.

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« Comment voulez-vous que l'on soit encouragé à participer aux législatives quand le Parlement proroge son propre mandat et que l'on boycotte les séances parlementaires pour élire un président ? » a alors rétorqué une Libano-Suisse dans l'assistance. De nombreux émigrés ont par ailleurs accusé la bureaucratie de les empêcher de faire souvent leurs papiers, appelant à diminuer la corruption et à améliorer les services d'eau, de télécoms et d'électricité pour encourager les investissements.

La deuxième session s'est enfin penchée sur les moyens de tisser à nouveau les liens entre Libanais résidents et émigrés. Le ministre de l'Éducation Élias Bou Saab a alors exposé le projet de mise en place d'écoles libanaises dans les pays où résident des Libanais, notant que l'initiative doit être prise par ces collectivités-là et qu'onze écoles libanaises existent déjà. De son côté, le président de l'Association des industriels, Neemat Frem, a estimé que « la famille libanaise est la raison du succès des Libanais dans le monde, qui ont tous ce Lebanese Dream de réussir ». Il a enfin mis l'accent sur la nécessité de créer des emplois au pays du Cèdre pour permettre aux jeunes d'y revenir.

Après un dîner officiel organisé hier soir pour les participants, les sessions reprendront dès aujourd'hui, à l'hôtel Hilton, ainsi que des ateliers de travail regroupant les émigrés par zones géographiques et domaines d'expertises. Dimanche, une Maison de l'émigré sera inaugurée à Batroun, ainsi qu'une Forêt des émigrés regroupant des cèdres portant leurs noms.

 

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