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La présidentielle syrienne en 6 points

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La campagne électorale pour la présidentielle de demain, que Bachar el-Assad est assuré de remporter, s'est achevée dimanche en Syrie, où l'opposition dénonce une "parodie de la démocratie".

OLJ/AFP
02/06/2014

L'élection présidentielle syrienne se déroule mardi 3 juin dans un pays ravagé par trois ans de guerre civile. Cette date aurait pu marquer une étape historique pour le pays puisque c'est théoriquement la première fois depuis 50 ans qu'une élection présidentielle y a lieu. Le père de Bachar, Hafez al-Assad, qui avait dirigé le pays d'une main de fer de 1970 à 2000 et, Bachar lui-même au cours de ses deux septennats, n'avaient pas été élus mais désignés par référendum. Cette élection aurait pu être historique, mais elle ne le sera pas.

Quelques points pour comprendre pourquoi.

 

-Pas de concurrents crédibles à Assad

Les deux concurrents de Bachar el-Assad, le député indépendant Maher al-Hajjar et l'homme d'affaires ayant appartenu à l'opposition tolérée Hassan al-Nouri, ne sont pas crédibles. C'est bel et bien le régime qui les a agréés, les transformant en faire-valoir.

Aucun candidat de l'opposition n'est en lice, le pouvoir ayant verrouillé l'élection en empêchant tout exilé de se présenter et en exigeant que toute candidature reçoive le parrainage de 35 députés dans un Parlement acquis au régime. En conséquence de quoi, les opposants qualifient ce scrutin de "farce" ou de "parodie de démocratie".

 

 

-Un scrutin dans des régions bien choisies

Théoriquement, tous les Syriens âgés de 18 ans et plus sont appelés à voter, y compris les 7 millions de déplacés par la guerre à l'intérieur du pays. Mais dans les faits, l'affaire se révèle plus compliquée.
"Les élections se dérouleront dans toutes les villes syriennes, à l'exception de Raqa", entièrement tenue par les jihadistes ultra-radicaux de Daech, (L'Etat islamique d'Irak et du Levant, EIIL), a affirmé à l'AFP Majed Khadra, porte-parole de la Cour constitutionnelle.
En mentionnant seulement les "villes", il laisse entendre qu'il n'y aura pas de bureau de vote dans les campagnes, comme celles autour de Damas, dans le nord ou l'est du pays, ou dans les quartiers des villes tenus par les rebelles, comme à Alep ou à Deir Ezzor.

 

(Lire aussi: L'opposition assiste impuissante à un maintien au pouvoir de son ennemi Assad)


Le scrutin se déroulera dans 40% du territoire, où vivent 60% de la population, selon le géographe français spécialiste de la Syrie, Fabrice Balanche.


Quant aux Syriens se trouvant à l'étranger, seuls 200.000 des 3 millions de réfugiés ou d'expatriés sont inscrits sur les listes électorales dans 39 ambassades, où le vote a eu lieu mercredi 28 mai, selon une source au ministère des Affaires étrangères citée par le quotidien Al-Watan. "Il s'agit d'un chiffre relativement acceptable, si nous tenons compte du fait que la France, l'Allemagne et la Belgique ont interdit aux citoyens syriens" de voter, selon la même source.

 

-Le scrutin se déroule dans un pays en guerre

Le scrutin se déroule en outre alors que la guerre a fait plus de 162.000 morts, des combattants des deux camps mais aussi des civils. Entamé en mars 2011 par des manifestations pacifiques réprimées dans le sang, le conflit s'est transformé en guerre civile qui laisse une économie exsangue, un pays détruit et un peuple épuisé.

 

 

-Pourquoi un tel scrutin?

"Ce vote n'a pas pour but de mesurer sa popularité mais de prouver que le régime a la capacité de forcer le pays, ou plus exactement les régions qu'il contrôle, à faire acte d'allégeance", explique Volker Perthes, directeur de l'Institut allemand de politique étrangère et des questions de sécurité.

"Bachar veut prouver qu'il est l'alternative politique et qu'il est capable de rétablir l'ordre et la légalité, même si cette légalité est obtenue à travers un processus politique non démocratique et truqué", assure Souhail Belhadj, auteur français de la "Syrie de Bachar el-Assad, anatomie d'un régime autoritaire".

Militairement parlement, le scrutin a lieu dans une situation plutôt favorable au régime appuyé par les combattants aguerris du Hezbollah, même si les gains des uns et des autres restent très limités.
Le pouvoir peut en revanche se féliciter de la guerre intestine sanglante opposant dans certaines régions Daech au Front al-Nosra, branche syrienne d'el-Qaëda, ex-alliés dans le combat auprès de la rébellion syrienne.

 

-Qui soutient ce scrutin?

Ce scrutin est dénoncé par l'Occident et des pays arabes. Il est toutefois appuyé par Moscou et Téhéran, alliés indéfectibles de Damas.

Des délégations de neuf pays alliés du régime syrien superviseront l'élection présidentielle, a annoncé dimanche 1er juin un responsable iranien. Des représentants de l'Ouganda, du Zimbabwe, de Bolivie, des Philippines, du Venezuela et du Tadjikistan accompagneront lundi une délégation de parlementaires iraniens, a expliqué le président de la Commission parlementaire iranienne des Affaires étrangères et de la sécurité nationale, Allaedine Boroujerdi, cité par l'agence Isna. Des parlementaires russes et libanais sont déjà sur place, a-t-il ajouté.


 

-Et après?

La présidentielle ne devrait pas entraîner de modifications majeures. "Il y aura peut être un remaniement ministériel mais il n'y a absolument aucune raison d'espérer un changement de politique", assure Aron Lund, auteur d'articles sur le conflit pour l'Institut suédois pour les Affaires internationales. "Le régime fera peut-être quelques petits gestes pour la consommation internationale et pour prouver à ses partisans qu'il a un plan réaliste pour l'avenir", ajoute-t-il.
Pour M. Perthes, auteur de "la Syrie sous Bachar", "cela rend une solution politique plus compliquée, mais pas impossible. Il faut désormais que l'Iran et l'Arabie saoudite (qui soutient les rebelles) discutent d'un partage du pouvoir à Damas".

 

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