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Terres ceintes

Ces murs qui crucifient la terre ou l'enserrent jusqu'à l'étouffement, ouvrages de briques de ciment ou de fer souvent agrémentés de méchants barbelés, sont décidément affaire de papes. Jean-Paul II n'était pas pour peu dans l'effondrement de l'Union soviétique et la disparition-éclair du Mur de Berlin. Et sans en attendre des résultats aussi rapides, le pape François a amplement tâté du mur, dans le sens le plus littéral du terme, durant sa visite en Terre sainte.

À Jérusalem, le souverain pontife a prié à la mosquée al-Aqsa comme au pied du mur des Lamentations pour bien souligner que c'est le même Créateur qu'ont en commun les trois grandes religions monothéistes. Que la liberté d'accès à tous les sites sacrés doit être assurée. Et que la paix entre les hommes est la volonté de Dieu. Mais auparavant à Bethléem, le pape a aussi tenu à toucher de la main, comme pour en vérifier la monstrueuse réalité, la gigantesque et opaque barrière érigée par Israël en bordure de la Cisjordanie occupée : geste de désaveu plus éloquent, en vérité, que les graffiti palestiniens recouvrant la sinistre paroi.

Non moins significative est la dimension œcuménique qu'a voulu donner à son action pastorale le pape François en y associant, de la plus éclatante manière, le patriarche de Constantinople. Car ce sont indistinctement catholiques et orthodoxes que pousse à l'exode, à force de mesures vexatoires, un État d'Israël exigeant de se faire reconnaître comme spécifiquement (exclusivement ?) juif : situation d'autant plus alarmante que s'y ajoutent désormais les violences et autres exactions contre les chrétiens commises, dans maints pays arabes, par les fanatiques islamistes.

Toutes proportions évidemment gardées, c'est dans la même optique qu'il convient de considérer la visite d'accompagnement à distance, si l'on peut dire, que poursuit d'ailleurs, sur place, le patriarche maronite d'Antioche et de tout l'Orient. Aussi vrai que les voies du Seigneur sont impénétrables, on n'a sans doute pas fini de sonder les subtilités vaticanes. C'est vrai ainsi qu'en omettant de l'inclure dans la délégation papale, le Saint-Siège a paru se laver les mains de l'audacieuse initiative du cardinal Raï ; mais ce faisant, il a aussi exempté le prélat des astreintes et contraintes protocolaires qui l'eurent inévitablement acculé à échanger des saluts et autres civilités avec les officiels israéliens, comme s'en offusquaient abusivement, par avance, d'aucuns.

En fait, le patriarche aura fait un véritable tabac. Accueilli avec enthousiasme par l'Autorité autonome à Ramallah, acclamé par les fidèles de toute la Palestine historique au rythme de ses appels à l'enracinement au sol sans cesse martelés, Béchara Raï aura réussi à confondre ses détracteurs. Et avec eux, leurs parrains syriens ou iraniens. Non contents de geler, des décennies durant, le front du Golan occupé, les premiers n'ont cessé de quémander en vain un règlement négocié avec Israël, dans le même temps qu'ils œuvraient à embraser la frontière libano-israélienne. Quant aux seconds, ils n'ont pas dédaigné, que l'on sache, les munitions et pièces de rechange pour avions que leur livrait gracieusement le même Israël, durant leur longue guerre avec l'Irak de Saddam Hussein.

En Terre sainte encore moins qu'ailleurs, jamais harangues de propagande ne seront parole d'Évangile.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Ces murs qui crucifient la terre ou l'enserrent jusqu'à l'étouffement, ouvrages de briques de ciment ou de fer souvent agrémentés de méchants barbelés, sont décidément affaire de papes. Jean-Paul II n'était pas pour peu dans l'effondrement de l'Union soviétique et la disparition-éclair du Mur de Berlin. Et sans en attendre des résultats aussi rapides, le pape François a amplement tâté du mur, dans le sens le plus littéral du terme, durant sa visite en Terre sainte.
À Jérusalem, le souverain pontife a prié à la mosquée al-Aqsa comme au pied du mur des Lamentations pour bien souligner que c'est le même Créateur qu'ont en commun les trois grandes religions monothéistes. Que la liberté d'accès à tous les sites sacrés doit être assurée. Et que la paix entre les hommes est la volonté de Dieu. Mais auparavant à...