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Économie

Sanctionner le plan expansionniste

Les dirigeants occidentaux restent indécis quant aux prochaines mesures à prendre pour essayer d'arrêter l'agression de la Russie envers l'Ukraine. Mais une chose est devenue extrêmement claire : leurs timides efforts entrepris jusqu'à présent – des sanctions personnelles, un embargo sur les exportations d'armes et la suspension temporaire de l'adhésion de la Russie au G8 – se sont révélés largement insuffisants pour convaincre le président russe Vladimir Poutine à reculer.
Heureusement, il existe une solution simple : un embargo de l'Union européenne (UE) sur les importations de matières premières russes, en particulier le pétrole et le gaz. La seule question concerne la gestion d'un tel embargo sur les importations.
Il y a, bien sûr, de bonnes raisons pour lesquelles l'UE n'a pas encore franchi ce pas. L'Europe dépend de l'énergie russe et de nombreuses banques et entreprises européennes sont très exposées envers la Russie. Néanmoins, une stratégie soigneusement calibrée pourrait éviter les dommages pour l'économie européenne.
À vrai dire, l'Europe n'a pas vraiment le choix. Alors que le désir de Poutine de s'offrir une place dans l'histoire russe en tant qu'empereur qui a étendu le territoire – aux côtés d'Ivan le Terrible, de Catherine la Grande et de Lénine – devient de plus en plus évident, il en va de même de la nécessité d'une action décisive de l'UE. En effet, à moins que Poutine soit arrêté, son appétit est susceptible de devenir encore plus vorace, se tournant vers les États baltes, la Moldavie ou l'Asie centrale – avec conséquences de plus en plus graves pour la sécurité européenne.
Contrairement à la faiblesse de la stratégie que l'Union européenne a poursuivie jusqu'à présent, un embargo sur le pétrole et le gaz russes mettrait une pression réelle sur la Russie. L'énergie représente 70 % des recettes d'exportation de la Russie et de la moitié de ses recettes budgétaires – de l'argent qui sert à financer l'armée, les médias nationalistes appartenant à l'État, les guerres cybernétiques, la cinquième colonne en Ukraine et dans d'autres pays, ainsi que le mode de vie somptueux des élites du pays, y compris Poutine.
Compte tenu de la dépendance de l'Europe à l'énergie russe, les importations ne peuvent pas être coupées en une fois. Au contraire, l'embargo devrait être introduit progressivement.
La première étape serait de soumettre tous les achats de combustible russe à des quotas d'importation, un outil qui a fait ses preuves dans l'UE, où il est souvent utilisé sur les importations de produits agricoles en provenance des pays tiers. Durant la première année de l'embargo, il serait imposé aux entreprises importatrices d'énergie russe d'obtenir des licences pour couvrir la quantité importée jusque-là.
Chaque année qui suit, le quota d'importation serait réduit de 5 %, de sorte que les importations annuelles totales d'énergie russe de l'UE seraient réduites de moitié en une décennie. Cette approche permettrait aux économies européennes de s'adapter progressivement aux nouvelles conditions, tout en leur donnant le temps de chercher de nouvelles sources d'énergie, augmenter les économies et réduire la consommation.
La perspective d'une telle réduction drastique de ses recettes d'exportation serait susceptible de faire réfléchir le Kremlin, en particulier compte tenu de la difficulté de trouver des marchés alternatifs. Les Chinois, par exemple, sont déjà à l'origine d'une négociation difficile ; la connaissance que la Russie n'a pas d'autre option leur procurerait encore plus de poids dans les négociations.
L'UE, pour sa part, peut survivre à l'impact d'un embargo. La Russie représente environ 30 % du total des importations de matières premières de l'UE et environ 20 % de ses importations de gaz et de pétrole. Cependant, elle ne représente que 12 % de la consommation énergétique globale de l'UE, ce qui signifie que, au cours des dix prochaines années, l'UE ne devrait compléter que 6 % de l'énergie qu'elle consomme. C'est un petit prix à payer pour amortir les ambitions impériales de la Russie et renforcer ainsi la sécurité européenne.
Le problème est que le coût ne serait pas partagé également dans toute l'Europe, en raison de différents niveaux de dépendance à l'énergie russe dans les États membres de l'UE. En effet, certains pays – comme les États baltes, la Pologne et la Slovaquie – ont pris des engagements à long terme avec la Russie et auraient donc besoin de plus de temps pour répondre aux exigences de l'embargo.
Heureusement, ce problème a, lui aussi, une solution. Après l'imposition par l'UE des quotas d'importation, les entreprises devraient être autorisées à se les échanger, leur permettant d'optimiser le processus d'adaptation.
En outre, l'UE devrait travailler à améliorer le flux d'approvisionnement énergétique à travers ses frontières internes, aidant ainsi les États membres proches de la Russie à compenser les pertes subies par les prix élevés du carburant. Pendant ce temps, les pays européens doivent intensifier leurs efforts pour diversifier leurs sources d'énergie, entre autres grâce à une hausse des importations en provenance de pays alliés comme les États-Unis et à une augmentation significative de la part des énergies renouvelables dans la consommation.
Une diminution des importations d'énergie russe serait bien plus dommageable pour la Russie que pour l'UE. En effet, elle constitue le moyen le plus simple et probablement le plus efficace pour forcer la Russie à se conformer aux normes internationales – sans que personne ne doive tirer un seul coup de feu.

Traduit de l'anglais par Timothée Demont.
© Project Syndicate, 2014.

Les dirigeants occidentaux restent indécis quant aux prochaines mesures à prendre pour essayer d'arrêter l'agression de la Russie envers l'Ukraine. Mais une chose est devenue extrêmement claire : leurs timides efforts entrepris jusqu'à présent – des sanctions personnelles, un embargo sur les exportations d'armes et la suspension temporaire de l'adhésion de la Russie au G8 – se sont révélés largement insuffisants pour convaincre le président russe Vladimir Poutine à reculer.Heureusement, il existe une solution simple : un embargo de l'Union européenne (UE) sur les importations de matières premières russes, en particulier le pétrole et le gaz. La seule question concerne la gestion d'un tel embargo sur les importations.Il y a, bien sûr, de bonnes raisons pour lesquelles l'UE n'a pas encore franchi ce pas. L'Europe...
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