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Liban

Marchands de légumes, commerçants ou étudiants, les hommes du Hezb fiers de combattre en Syrie

Reportage
OLJ/AFP
12/04/2014

Sur le marché de Bint Jbeil au Liban-Sud, Mahmoud pousse sa charrette à bras remplie de tomates et de concombres. Rien ne le distingue des autres marchands, à part ses faits d'armes au sein du puissant Hezbollah. Pour ce quinquagénaire trapu à la barbe rousse, la « résistance » à laquelle il a participé dans cette ville frontalière à la guerre contre Israël en 2006 est presque de l'histoire ancienne. Il vient de rentrer d'un autre front : la Syrie, où il a combattu durant 25 jours contre les rebelles engagés depuis trois ans contre le président Bachar el-Assad. Depuis que Hassan Nasrallah leur en a donné l'ordre il y a plus d'un an, des milliers de combattants du Hezbollah ont franchi la frontière et permis au régime Assad de reprendre l'initiative. Marchands ambulants, agriculteurs, restaurateurs, infirmiers, chômeurs, commerçants ou étudiants, ils ont tout abandonné pour participer à ce qu'ils décrivent comme une « bataille existentielle » face aux extrémistes sunnites qualifiés de « takfiri ».

(Lire aussi : Naïm Kassem : L'Occident doit admettre qu'Assad restera au pouvoir)

« Quand le parti m'a demandé d'y aller, j'ai obtempéré. J'ai laissé mon travail et je suis parti pour empêcher les takfiri d'arriver au Liban », assure Mahmoud. « J'ai combattu dans plusieurs régions et nous avons fait prisonniers des combattants arabes et d'autres nationalités », ajoute-t-il. « Notre cause est juste. Eux sont des mercenaires venus de Tchétchénie, du Yémen, de Libye pour faire tomber le régime Assad, qui nous a énormément soutenus durant la guerre de 2006 contre Israël. Notre devoir est de l'assister », explique ce combattant aguerri.

Suivre le chemin des martyrs
Aux yeux du mouvement chiite, qui profite de son énorme arsenal venu d'Iran, ces armes transitant obligatoirement vers la Syrie, les rebelles en majorité sunnites veulent renverser M. Assad non pas pour instaurer une démocratie, mais par haine des alaouites, branche à laquelle appartiennent la plupart des cadres du régime.

Dans un autre village frontalier d'Israël, Fatima a encouragé son fils de 16 ans à partir se battre, malgré la mort de son mari en juin 2013 dans les combats dans la ville syrienne de Qoussair. « J'ai envoyé Khodr, avec des dizaines d'autres jeunes, suivre un entraînement militaire d'un mois. Il faut qu'il apprenne à manier les armes pour devenir un combattant comme l'a été son père », dit cette veuve de 46 ans.


(Lire aussi : Sleiman au Hezbollah : Vous avez dépassé les limites de votre mandat)


À côté d'elle, Khodr prépare en silence des plants de tabac. Une barbe naissante, les yeux tristes, il porte à son cou une photo de son père et sur sa chemise un pin's de Hassan Nasrallah accompagné de l'une de ses formules : « La victoire nous attend. » Son aîné, Wissam, 25 ans, est rentré de Syrie il y a une semaine. « Nous obéissons à sayyed Hassan quand il nous invite à combattre. Mon père est tombé en martyr et il faut suivre son chemin. »
En effet, s'il n'y a toujours pas de chiffres officiels, les experts estiment que le Hezbollah a perdu plusieurs centaines de combattants en Syrie.

Entraînement en Iran
« Allons-nous les laisser venir, ces extrémistes sunnites, nous égorger comme des brebis, comme ils l'ont fait aux chiites d'Irak et de Syrie ? Non ! Nous allons les défaire comme nous avons défait Israël », insiste Wissam. Réticents au début, les combattants du Hezbollah aujourd'hui parlent avec fierté de leur engagement en Syrie, même s'ils refusent de donner des détails sur les opérations militaires, le nombre de combattants engagés et le montant de leur solde. Un journaliste de l'AFP dans le sud du Liban a vu des affiches du Hezbollah apposées à l'entrée d'écoles annonçant des sessions de scoutisme, mais la photo de jeunes en treillis laisse supposer qu'il s'agit plus d'un entraînement militaire.

Rare voix discordante, le père d'un jeune homme tué en Syrie exprime son amertume. « Ils ont envoyé mon fils à la mort sans mon approbation. Qui leur a dit que je voulais que mon fils meure en Syrie ? » dit-il, tout en refusant d'être identifié pour ne pas subir l'ire du parti. Mais il fait incontestablement partie d'une minorité dans la communauté chiite. Car le Hezbollah assure qu'en cas de décès, il s'occupera de tout. « L'avenir de ma famille est assuré si je meurs. Il pourvoira à la scolarité de mon fils de 9 ans et à sa santé », confie Oussama, 38 ans, permanent du parti à Tyr. À Baalbeck, Hussein, un étudiant en psychologie de 22 ans qui a combattu à Alep, s'apprête à suivre en Iran un entraînement pour devenir chef d'unité.
« C'est une promotion », confie-t-il tout excité, sous l'œil attendri de sa mère.


Lire aussi

Détenus en Syrie : la faillite des responsables de tous bords..., l'article de Nada Merhi

Des réfugiés de l'ASL à Ersal relatent leur combat inégal avec les forces d'Assad, le reportage de Jeanine Jalkh

 

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NOUVEL ORIENT

En tous les cas les opinions de ceux qui annoncaient une victoire des sionisto salafowahabites binsaouds en 2 semaines se trouvent bien embetes ! s'il ya bien un exemple de victoire a la Pyrrhus c'est du cote de Kiev qu'il faille la chercher , et surtout pas du cote des batailles gagnees de 2006 , 2008 , Bab Amer , Qousseyr , Yabroud , Le krach des chevaliers , Rankous et les autres avenir par les resistances allies contre le complot .

NOUVEL ORIENT

La majorite des chiites a tout compris , vivre debout et digne plutot que raser la moquette moelleuse d'un emir bedonnant et ignare . C'est tout le sens qu'on doit donner a son honneur . Difficile a comprendre pour ceux qui se sont deja rendus sans combattre la barbarie sionistosalafowahabite bibsaoud .

Robert Malek

Pauvres gens, soumis à un tel endoctrinement qu'ils sont fiers d'envoyer à la mort bête une demi-douzaine de jeunes gens par famille ! Heureux les simples d'esprit...

Robert Malek

Fiers de creuser la tombe du Liban pour servir la cause des mollahs et du nazi de Damas, qu'ils y aillent tous. Tous ! Et qu'ils embarquent avec eux le barbu enterré puisqu'il avait promis d'aller combattre personnellement aux côtés du régime criminel. Et s'ils veulent sauver le Liban, qu'ils ne reviennent pas !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Sans oublier bien sûr, les "conTrebandiers" en tous genres (captagon, haschisch et même électroménagers) et tutti quanti ; yîîîh ; yâ hassirtîîîh !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

PÉNURIE DE VIERGES AU PARADIS ! IL DOIT EN ÊTRE POURVOYÉ. AVEC 70 POUR CHACUN IL N'EN RESTE PLUS POUR LES SUIVANTS...

M.V.

Terrifiant..de bêtise et de sous-humanité entre les deux oreilles ... il semble que ces intervenants de la nouvelle guerre arabo/arabe... ,sont des victimes directes de l'obscurantisme et hélas, sont encore à l'époque de Alamut...! (A relire le livre édifiant de Vladimir Bartol ,Alamut...)

FAKHOURI

Quelle tristesse à lire cet article !!!!
La haine est la seule nourriture du Hezbollah !!!
Accuser ses adversaires de criminels alors que le Hezbollah emploie ses moyens à assassiner, à tuer dans la perpective de détruire notre pays.
Aucun discours de Hassan Nasrallah ne parle de la construction du Liban.
Discours aux termes voilés, langue de bois et cette fameuse "victoire" de 2006 qui a été une sacrée raclée avec une destruction majeure du sud du pays et dont ils se vantent dans tous leurs rapports verbaux et écrits !!!
quelle mortelle foutaise !!!!

Sabbagha Antoine

Obéir, disait Hesse c'est comme boire et manger , rien ne vaut ça quand on en manque depuis longtemps.Ainsi se comportent les hommes du Hezb fiers de combattre en Syrie seulement au nom du « désir d'obéir » au chef, ce qui est vraimement rare de nos jours.

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

"Marchands ambulants, petits cultivateurs, vendeurs de sandwichs, brancardiers, chômeurs, épiciers ou élèves de Primaires, ils ont tout abandonné pour participer à ce qu'ils décrivent comme 1 « bataille existentielle » face aux sunnites." ! En effet, description tout à fait réaliste du "tissu social" de ce hézébbb-là....

Halim Abou Chacra

Un lavage de cerveaux de ces familles et de ces jeunes bien fait par le parti iranien. Il ne leur dit jamais que Hassan Nasrallah a reçu l'ordre directement du guide suprême de l'Iran de les envoyer combattre en Syrie pour sauver la dictature de la 35e provinvce iranienne, mais que les "takfiri viennent les égorger". "Le Hezb a perdu plusieurs centaines de combattants en Syrie", dit ce reportage de l'AFP, mais "cela a permis au régime Assad de reprendre l'initiative". Mais quelle ironie ! Il a suffi que Nasrallah déclare au journal Assafir que "grâce à l'intervention du Hezbollah dans la guerre en Syrie, il n'y a plus de risque que le régime de Damas tombe"; et il a suffi que les chaînes (iraniennes) d'al-Manar et d'al-Mayadeen reprennent et vantent "ce grand exploit du Hezbollah", pour que le régime de Damas s'irrite profondément. Voilà en effet la conseillère de Bachar le chimique Bouthaina Chaabane exprimer sa révolte et tenir à affirmer que "tout le mérite est exclusivement au compte du régime, de sa résistance et de ses exploits glorieux" (à lui et à nulle autre personne). Au coeur de cet imbroglio, les deux chaînes de télévisions citées sont privées des facilités pour leurs transmissions directes du territoire syrien. Quelle "ingratitude" !

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