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Nos lecteurs ont la parole - Andrée Salibi

Pour que plus jamais ne coule une larme des yeux d’une femme

Femme tu souffres, je le sais, je le sens. Tu souffres pour toi, pour moi, pour elles. Dans ton pays des femmes sont agressées, violées, tuées. Les coupables sont relâchés par des responsables censés te protéger. Ta douleur a pour cause ces crimes impunis, cette injustice, tes droits bafoués. Et tu continues à prendre les coups. Tu es fatiguée de revendiquer tes droits. Le nombre de victimes s'accroît de jour en jour, dans l'indifférence. Et tu comptes les victimes. Des jeunes femmes succombent à leurs blessures causées par des maris aliénés. Tu ne veux plus aimer, mais ton amour te désarme, t'affaiblit, il te déroute. Il faut à tout prix réagir, parler, avouer pour qu'enfin tu te libères. Il est urgent de le faire pour toi, pour moi et pour l'humanité entière.
Femme, hier tu as décidé de bouger, et tu as excellé. Tu as répondu à l'appel de l'association Kafa, en ce 8 mars, décrété Journée internationale de la femme. Cette manifestation, bien organisée, a rassemblé des centaines de femmes et d'hommes venus crier leur indignation, demander que justice soit faite, que l'État de droit soit instauré. Tes revendications les plus urgentes ? Que les assassins de Roula, de Christelle, de Manal payent pour leurs crimes et que les victimes puissent enfin reposer en paix. Que plus jamais on n'abuse d'une femme, que plus jamais une femme ne se retrouve à la merci d'hommes et que plus jamais les coupables n'échappent à la justice.
Femme, les discriminations à ton encontre sont nombreuses. Certaines femmes méconnaissent leurs droits les plus élémentaires et vivent dans des sociétés tribales. Elles se soumettent à l'homme, « l'élément le plus fort, le plus riche et le plus puissant ». Elles se retrouvent seules face à leur destin et aux préjudices qui leurs sont infligés. L'absence de refuges et de maisons d'accueil pour « femmes battues » les oblige à subir. Ces refuges, s'ils existent, ne sont pas légalisés ni même sécurisés par l'État.
Les principes de soumission inculqués aux filles doivent être modifiés. Le refus de certains parents d'intervenir malgré les soupçons de violence doit cesser. Par leur silence, ils nuisent à toute la famille. Aujourd'hui, c'est le tour de Roukaya Mounzer qui succombe sous les coups de son mari. C'est un cercle vicieux, et la fin est toujours tragique.
Libanaise, les femmes n'ont pas la possibilité, à compétences égales, d'avancer aussi vite que l'homme et ce sont les hommes en général qui occupent les postes-clés dans tous les domaines. Tu vas revendiquer tes droits en connaissance de cause, tous tes droits, et surtout l'application de la convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes, pour que tu puisses avoir le même parcours que lui.
Au Québec, une leçon de discrimination a été appliquée dans une classe primaire. Une enseignante a décidé, en collaboration avec un groupe pédagogique spécialisé, de faire vivre à ses élèves une expérience unique qui les sensibilisera face à toute forme de discrimination. Elle a divisé sa classe en deux groupes, selon la taille des élèves : le groupe des « grands » a été favorisé par l'enseignante le premier jour ; le groupe des « petits » a été défavorisé. Le lendemain, c'était le tour du second groupe d'être avantagé. Au bout des deux jours, la discrimination a été rejetée par tous. Les enfants ne distinguent pas les différences. De 10 à 15 ans ils savent mieux choisir, ils discutent, observent, se posent des questions. En général, les enfants ont du respect pour tous.
En France, 2013-2014 est une année de mobilisation pour l'égalité. « 74 % des élèves des filières littéraires sont des filles, pour 30 % des élèves scientifiques. Seulement 28 % des diplômes d'ingénieur sont délivrés à des femmes. » Selon cette étude, la réussite de tous les élèves est liée à la manière dont l'école applique l'égalité entre les élèves. La signature de la convention interministérielle 2013-2018 aurait constitué la manifestation d'une réelle égalité entre les filles et les garçons dans le système éducatif français si elle n'avait pas provoqué une polémique. Cette convention aurait pu offrir aux enseignants des outils et des recours pour aider à transmettre l'égalité entre les sexes. Mais cet « ABC de l'égalité » portait en lui une « théorie du genre » et un « atelier du genre » incongrus. Selon cette théorie, il fallait inculquer aux petits que les tendances sexuelles ne sont pas seulement biologiques et qu'elles pourraient être modifiées. Vincent Peillon a tenté de rassurer les parents affolés qui n'envoyaient plus leurs enfants dans ces 600 établissements où ces théories allaient être appliquées. Il leur a affirmé que c'étaient des rumeurs et que seules les valeurs de la République allaient être enseignées pour une vraie égalité femme-homme.
Libanaise, c'est face à un divorce, à une succession, à une demande de nationalité, à un droit de tutrice que tu réalises que tu es dépourvue de droits, maltraitée et humiliée. Un travail pour de nouvelles réformes et de nouveaux projets de loi est donc nécessaire. Pour cela, il faudrait créer un ministère de la Condition féminine et établir une parité hommes-femmes au Parlement en fixant un quota pour les femmes. Une mesure discriminatoire, momentanée, juste le temps que l'égalité s'applique. Mais il faudrait rendre ces fonctions accessibles aux femmes spécialisées. Ces femmes devraient obtenir l'annulation des lois discriminatoires. Elles pourraient aussi réclamer la modification des lois pénales, celles relatives à l'adultère, au crime d'honneur, à la nationalité que seul le père donne à ses enfants, les lois relatives au statut personnel, etc. L'abolition de la discrimination envers les femmes est donc fondamentale pour construire ensemble l'humanité de demain. Pour que le jour se lève enfin sur des êtres égaux qui acceptent les différences, qui expriment le désir de vivre ensemble, de fonder des familles heureuses et de construire des nations.
Et de grâce, ne touchez pas aux enfants !

Andrée SALIBI

Femme tu souffres, je le sais, je le sens. Tu souffres pour toi, pour moi, pour elles. Dans ton pays des femmes sont agressées, violées, tuées. Les coupables sont relâchés par des responsables censés te protéger. Ta douleur a pour cause ces crimes impunis, cette injustice, tes droits bafoués. Et tu continues à prendre les coups. Tu es fatiguée de revendiquer tes droits. Le nombre de victimes s'accroît de jour en jour, dans l'indifférence. Et tu comptes les victimes. Des jeunes femmes succombent à leurs blessures causées par des maris aliénés. Tu ne veux plus aimer, mais ton amour te désarme, t'affaiblit, il te déroute. Il faut à tout prix réagir, parler, avouer pour qu'enfin tu te libères. Il est urgent de le faire pour toi, pour moi et pour l'humanité entière.Femme, hier tu as décidé de bouger, et tu as...
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