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Sur la plante des pieds

Monsieur, Maître, Oustaz,

Ce n'est pas facile de grandir au Liban, encore moins de naître à Zahrani. En 2006, je n'étais qu'un nourrisson. Je ne me souviens pas vraiment de la violence de la guerre, ni du bruit des sirènes et des bombardements. Mais les larmes de ma mère qui coulent pour un rien, ses cris, ses nerfs qui lâchent sans cesse, la tristesse de mon père, ce poids invisible qui lui courbe le dos, ses colères injustifiées, tout cela date de cette époque où les gens disaient déjà que « rien ne serait plus comme avant ». Avant, ils étaient parfois heureux. J'ai dix ans et des rêves héroïques. Avec mes camarades, nous jouons à la guerre ou au foot. Il nous faut du bruit, beaucoup, nous sommes nés dans un bruit immense. Il nous faut du mouvement, nos jambes ont sans cesse envie de courir, nous avons tant couru avant même de marcher. Il fallait fuir, on nous emportait, aucun lieu n'était sûr. Moi, je ne peux pas rester en place.
Votre école, oustaz, est un petit signe de vie dans notre ville qui se meurt, sinon de la guerre et de la pauvreté, du moins de tristesse et de souvenirs insoutenables. Pour les adultes, elle est un réconfort, un lieu qui met de l'ordre dans l'incertitude des jours. Elle impose son rythme, le temps du travail et le temps des vacances, l'heure du réveil et du petit déjeuner, l'heure du départ après laquelle chacun vaque aux affaires qui justifient sa vie. Ma vie à moi, elle commence chaque matin entre ces murs gris, sous votre regard noir. À peine émergé, nauséeux et bouffi, d'un mauvais sommeil, j'essaye de faire durer mentalement ce moment toujours trop court qui précède celui où il me faut vous affronter. J'ai pris mes précautions. J'ai recompté mes cahiers, j'ai effacé mes ratures. J'ai même fini mes devoirs sur un coin du bureau d'Abou Ahmad, l'épicier. Mais je sais, je le sais chaque jour, que vous allez trouver quelque chose, une raison absurde de me persécuter. Vous ne m'aimez pas. Vous ne nous aimez pas, nous les élèves. Vous ne vous aimez pas non plus, comment le pourriez-vous ?
Tous les matins, en nous précédant dans cette classe gelée qui sent la craie et la pourriture, vous avez dans la gorge un glaviot bileux, rien que de songer à notre pauvreté et la vôtre, à nos têtes en broussaille et nos souliers usés. La tension sera palpable dans votre cours inutile de grammaire ânonnante, d'histoire hésitante et de géographie abstraite. Très vite, pour tromper notre ennui et le froid humide, nous commencerons à chuchoter, puis à bourdonner. Vous donnerez un puissant coup de règle sur la table bancale et nous nous tairons un instant. Hier, vous vous êtes lâché. Neuf, dix, onze, je n'ai plus compté les coups qui s'abattaient sur la plante de mes pieds. J'ai pleuré, supplié. J'avais si honte de supplier. Le héros que j'étais dans mes rêves m'a quitté en haussant les épaules. La nuit, j'ai même fait pipi au lit. Je remarcherai dans quelques jours. Mais quelque chose en moi ne se relèvera plus, oustaz...

Monsieur, Maître, Oustaz,
Ce n'est pas facile de grandir au Liban, encore moins de naître à Zahrani. En 2006, je n'étais qu'un nourrisson. Je ne me souviens pas vraiment de la violence de la guerre, ni du bruit des sirènes et des bombardements. Mais les larmes de ma mère qui coulent pour un rien, ses cris, ses nerfs qui lâchent sans cesse, la tristesse de mon père, ce poids invisible qui lui courbe le dos, ses colères injustifiées, tout cela date de cette époque où les gens disaient déjà que « rien ne serait plus comme avant ». Avant, ils étaient parfois heureux. J'ai dix ans et des rêves héroïques. Avec mes camarades, nous jouons à la guerre ou au foot. Il nous faut du bruit, beaucoup, nous sommes nés dans un bruit immense. Il nous faut du mouvement, nos jambes ont sans cesse envie de courir, nous avons tant...
commentaires (5)

estéz...estéz...pas oustaz...héron,héron,petit...pas tapon!

GEDEON Christian

14 h 01, le 28 mars 2014

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Commentaires (5)

  • estéz...estéz...pas oustaz...héron,héron,petit...pas tapon!

    GEDEON Christian

    14 h 01, le 28 mars 2014

  • Un oustaz sadique et complexe qui se defoule sur des enfants innocents...Son renvoi n'est pas suffisant: il fallait le punir de la meme facon en lui administrant des coups de baton sur la plante des papiers pour qu'il "sente" la douleur et l'humiliation qu'il a causees a ces pauvres enfants..

    Michele Aoun

    13 h 29, le 27 mars 2014

  • De la violence de la guerre à la violence du Oustaz le Mal fruit du mal restera grand dans le parcours d 'une vie .

    Sabbagha Antoine

    13 h 01, le 27 mars 2014

  • Le Mythe d’ici, s'enorgueillit d'un "libanisme" que nul peuple n'a reçu avant lui, et que nul peuple n’aura après lui. On n’a fait que partager les indigénats alentours en partageant à peine leurs révoltes. On a été re-tyrannisés, alors que ces autres ont continué leurs Révolutions en vue de leur Désillusion ; tandis que nous on a re- supporté cet indigénat typique parce qu’on a eu peur de lui. On n'a jamais été qu'une seule fois en compagnie de cette Liberté sans illusions indigènes, ce fut le jour de son enterrement en 2005. Un indigénat qui déclare que toute critique énoncée contre lui par le Libanais(h) si jamais désillusionné sera typée rebelle, vu que cet indigénat se croit perpétuel. Et à qui l'histoire ne montre que son a posteriori ; cet indigénat aurait donc d’après lui ainsi inventé l’Histoire aussi : Il le jure même sur sa "propre" apparence si indigène ! Des bons Montagnards et Campagnards d’ici, nationalistes par tempérament, libéraux par réflexion "économique!", recherchent au contraire l'histoire de cette liberté sans aucune Illusions indigènes au-delà de leur histoire : dans les forêts Cédraies ! Mais en quoi l'histoire de cette liberté diffère-t-elle de l'histoire de la liberté d’une chevrette si l'on ne peut la trouver que dans des forêts ? D'ailleurs, le proverbe ne dit-il pas : La forêt ne renvoie jamais en écho que ce qu'on lui a crié ? Donc, Paix aux forêts Cédraies !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    07 h 30, le 27 mars 2014

  • Istiz, tout le monde autour de moi dit que vous êtes un grand sot d'agir de la sorte avec vos élèves. Je ne comprends pas pourquoi.

    Halim Abou Chacra

    06 h 01, le 27 mars 2014

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