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Moyen Orient et Monde - Centrafrique

Dans Bangui, un check-point français pour séparer musulmans et chrétiens

Quelques 80 soldats de l'opération Sangaris se relaient pour faire tampon entre les deux communautés, l'une traumatisée et l'autre qui veut chasser les intrus du pays.

Au check-point français dans le quartier PK-12, à la sortie nord de Bangui, les soldats de l’opération Sangaris fouillent tous les passants. Leur mission : protéger les musulmans et les chrétiens de toute violence aveugle. Fred Dufour/AFP

Dans le quartier PK-12, à la sortie nord de Bangui, une unité de soldats français est positionnée jour et nuit pour éviter tout affrontement entre des musulmans traumatisés et des chrétiens qui veulent les bouter hors de Centrafrique. Sur la route menant au nord, au sommet d'une petite colline, le check-point français. Des chars Sagaie et leur canon de 90 mm, une barrière, des sacs de terre pour fortifier la position, des soldats en armes. Au-delà du check-point, un no man's land : 200 mètres d'une route noircie par des pneus brûlés et bordée d'échoppes abandonnées. Un peu plus loin, un petit millier de musulmans attendent devant leur maison de fuir Bangui. Au sud du check-point, des milliers de chrétiens, en position de force, veulent les chasser.


Quelque 80 soldats français se relaient pour faire tampon entre les deux communautés 24 heures sur 24. Fusil d'assaut Famas en main, le capitaine Fabien parle d'enclave musulmane qu'il faut protéger, « comme c'est le cas dans plusieurs quartiers de Bangui ». « Actuellement, aucun musulman ne se risque à passer et aucun chrétien non plus. Ici, on garde les gens pour qu'ils soient protégés, chacun de leur côté », dit-il.
Côté musulmans, aux abords de la mosquée Begoua, une dizaine d'hommes fument le narguilé, installés dans de larges fauteuils décatis posés dehors, devant le restaurant Africa. « Ça se passe mal, on ne peut même plus sortir du quartier », commente Gambo Liman, un père de famille de 41 ans qui dit avoir perdu trois de ses quatre enfants dans les violences qui secouent Bangui depuis décembre. À côté de Gambo, un homme tient en main un arc en bois et des flèches empoisonnées : « C'est tout ce qu'on a comme arme ici », assure-t-il. Mais d'autres tiennent une machette près d'eux.


« Ici il y a des attaques plusieurs fois par semaine », affirme un travailleur humanitaire. Vendredi, une équipe d'Action contre la faim qui venait sur place à la mosquée Begoua, comme elle en a l'habitude, pour traiter des enfants atteints de malnutrition aiguë, a été empêchée d'entrer par les musulmans. « Autant nous laisser crever, au moins cela fera bouger les politiques », leur a dit un responsable du quartier.
De l'autre côté du check-point, côté chrétiens, Hermann Labé attend devant sa moto-taxi près des chars français. « Ici ce n'est pas leur pays, il faut qu'ils partent », dit-il quand on lui parle des musulmans qu'on peut apercevoir au loin derrière les Français. « On ne veut plus entendre d'Allah Akbar en Centrafrique », tranche-t-il. Autour de lui, ses copains acquiescent.


L'effervescence qui règne côté chrétien tranche avec la chape de plomb, le silence, qui recouvre le quartier musulman. Ici, une boutique de téléphonie crache de la pop américaine à tue-tête, les taxis se klaxonnent pour ne pas se rentrer dedans. Des hommes rigolent devant un présentoir où l'on recharge les mobiles. Serge Cossi, un militaire sans affectation de 41 ans, se lamente : « Ma maison est là-bas avec les musulmans mais je ne peux pas y retourner, elle a été saccagée, il faut vraiment que les musulmans partent. »

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