En dépit du scepticisme justifié de certains, la tendance générale est de croire qu'il n'y aura pas de conflit majeur sur le texte de la déclaration ministérielle et que les obstacles seront franchis « à la libanaise », c'est-à-dire sans règlement sur le fond.
La déclaration du nouveau ministre de la Justice Achraf Rifi au sujet de sa rencontre la veille avec le responsable de l'unité de coordination au sein du Hezbollah, Wafic Safa, est un indice remarquable sur le nouveau climat entre les protagonistes. L'explication donnée par ceux qui suivent les développements de près est la suivante : ce gouvernement est le fruit d'un compromis international et régional, tournant autour de la décision américaine d'éviter une dégradation de la situation sécuritaire au Liban et l'effondrement des institutions du pays. Le retard dans la formation du gouvernement et les tiraillements étaient donc purement internes. Tout comme le seront les discussions sur la déclaration ministérielle.
Si cette approche était vraie, le Liban devrait donc avoir rapidement un gouvernement en fonctions pour une période transitoire en attendant l'échéance présidentielle. Le premier à avoir vu arriver le compromis international et régional était le général Michel Aoun, qui avait amorcé depuis quelques mois une nouvelle politique de rapprochement avec les différentes composantes du pays, notamment le Parti socialiste progressiste et surtout le courant du Futur. Son ouverture en direction de ce dernier courant et la rencontre non confirmée qu'il aurait eue avec son chef Saad Hariri à Rome (pour échapper aux regards des curieux si cela avait eu lieu ailleurs, selon des explications publiées dans la presse) ont d'ailleurs été largement commentées. Certains ont cru y déceler l'existence d'un froid entre le général et le Hezbollah, surtout avec la participation de ce dernier aux combats en Syrie. La réalité est différente, et c'est Michel Aoun lui-même qui a révélé, dans une discussion sur Facebook lundi soir, qu'il avait rencontré en décembre le secrétaire général du Hezbollah et qu'il l'avait informé de son intention d'ouvrir un dialogue avec le courant du Futur.
Le chef du Courant patriotique libre était parti d'une idée très claire visant à donner aux chrétiens un rôle de pont entre les sunnites et les chiites pour éviter une guerre entre ces deux communautés qui serait destructrice pour l'ensemble de la région et fatale pour les chrétiens, dont la présence au Moyen-Orient est actuellement affaiblie. Michel Aoun est aussi convaincu qu'un grand compromis se prépare dans le monde, et pour la région en particulier, avec l'accord américano-russe sur les armes chimiques syriennes et le rapprochement irano-américain sur le dossier du nucléaire. Il mise donc sur ce compromis et sur le fait que s'il avait lieu, il devrait aussi couvrir le Liban si le pays y est préparé. Toute la logique de sa politique d'ouverture ces derniers mois va dans ce sens, l'idée étant de renouer les liens rompus entre les différentes composantes de la société libanaise et de son environnement pour pouvoir, le moment venu, saisir la chance d'une entente régionale et internationale, et aboutir à une stabilisation interne réelle, basée sur la confirmation des droits de chaque communauté et sur le rôle de trait d'union des chrétiens avec les autres communautés.
Les proches du général Aoun précisent que l'idée de cette entente interne, basée sur le respect des droits de chaque communauté, le hante depuis longtemps, et c'est dans cet esprit qu'il avait proposé en 2005, alors qu'il était encore en exil en France, un dialogue entre toutes les composantes politiques libanaises pour préparer l'après-départ des troupes syriennes du Liban qui s'était achevé le 26 avril de la même année. La seule réponse obtenue alors par le général a été le fameux accord électoral quadripartite entre le courant du Futur, le PSP, Amal et le Hezbollah qui l'avaient exclu ainsi que les autres partenaires chrétiens. Une fois les législatives de 2005 terminées et le gouvernement de Fouad Siniora formé, le courant du Futur et le PSP s'étaient d'ailleurs empressés de renoncer à cet accord...
La voie du dialogue ayant été bloquée avec le 14 Mars, Michel Aoun n'a pas renoncé à son idée et il a aussitôt entamé des négociations avec le Hezbollah pour éviter son exclusion et son isolement tout en recherchant avec lui des points d'entente pour le Liban. Ce fut donc la signature du fameux document à Mar Mikhaël le 6 février 2006, qui prévoit dans l'un de ses points la remise par le Hezbollah de ses armes lorsque l'armée et les forces officielles seront en mesure d'assurer la protection et la défense du Liban, ainsi que la libération de l'ensemble du territoire libanais. Certes, aucune date n'avait été fixée, mais l'idée était envisagée. Le Liban a été ensuite la proie aux développements sanglants que l'on connaît et ce point n'avait plus été évoqué, mais dans son discours de dimanche soir, Hassan Nasrallah y est revenu en affirmant que si la volonté de doter l'armée d'équipements qualitatifs qui lui permettent de remplir son rôle se précisait et se concrétisait, le Hezbollah serait heureux de remettre ses armes et ses combattants, et revenir à la vie civile...
C'est un peu comme si Aoun et Nasrallah se lançaient la balle. Mais la réalité, c'est surtout que s'il est rassuré sur la protection du Liban et de ses ressources et qu'il ne se sent pas visé, le Hezbollah est prêt à faire des concessions. Au contraire, s'il est attaqué, il se braque et se radicalise... Certains pensent déjà à la naissance d'un nouvel accord qui, en plus des partenaires de l'accord quadripartite, regrouperait cette fois le CPL et peut-être les Kataëb, préparant ainsi le terrain à une entente généralisée qui, cette fois, ne serait pas concoctée à l'étranger, mais serait quand même en harmonie avec les développements régionaux et internationaux. C'est en tout cas le pari du général Aoun. Reste à savoir s'il sera gagné, d'autant qu'il y a encore beaucoup à faire et que le dialogue avec lui ne fait pas l'unanimité ni au sein du courant du Futur ni au sein du 14 Mars...
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LA CHAISE... DONNE LE MALAISE... ON SE SENT À L'AISE... ET À LA FIN : ON MANGE UNE FRAISE !
14 h 53, le 20 février 2014