La couverture de l’ouvrage.
Il est rare dans l'histoire du Liban de croiser un parcours aussi éclatant que celui de Ghassan Tueini. Son immense talent et sa fulgurante intelligence panachée de charisme et d'humour ; son dynamisme et son acharnement au travail ; son insatiable curiosité intellectuelle qui a forgé son esprit encyclopédique, et ses valeurs démocratiques focalisées sur les libertés ont fait de cet homme une figure d'exception.
Ghassan Tuéni aura été sur tous les fronts – médiatique, politique, diplomatique et culturel –, marquant ainsi l'histoire du Liban durant plus d'un demi-siècle.
PDG, propriétaire du quotidien an-Nahar à 22 ans, le jeune diplômé de Harvard va s'illustrer comme le grand fauve de la presse libanaise et arabe dont il sera l'un des piliers les plus solides. D'une plume incisive, il relaye les aspirations légitimes du peuple libanais, toutes communautés confondues ; ira en guerre contre l'injustice, la corruption, la politique partisane, les intérêts catégoriels, l'incurie des gouvernants, la violence et les guerres des autres sur le sol libanais. Ainsi il fera plus d'une fois de la prison, notamment en 1973 (avec le journaliste Wafic Ramadan) pour avoir dénoncé l'hypocrisie des résolutions secrètes du Sommet arabe d'Alger. Il échappera à un attentat à la bombe pour avoir publié dans son journal la caricature de Pierre Sadek représentant Henry Kissinger tenant en laisse Hafez el-Assad. Et à l'heure où dans toute la région personne n'osait écrire un mot qui ne soit à la gloire des dirigeants et des autocrates, il s'engage au service de la démocratie et de la vérité qui, « seule, libère l'homme », disait-il. Il rêva d'un nouveau Moyen-Orient, d'une paix en Palestine, prédit une Nahda moderne où « des nouvelles classes, des forces vives refuseront de s'identifier avec les modes de gouvernement sclérosées et les politiques corrompues, héritées des coups d'État militaires, et des sociétés tribales et claniques », écrit-il.
Député du Chouf-Aley en 1951, puis de Beyrouth en 2005, il avait déjà siégé au Parlement à l'âge de 24 ans comme représentant du Parti social nationaliste syrien, avant de s'en démarquer fermement au nom de la souveraineté du Liban. Une souveraineté dont il fera son sacerdoce durant plus de 60 ans.
À la tête de plusieurs ministères (Éducation, Information, Travail), il n'eut de cesse de fustiger une administration archaïque et de réclamer la réforme des institutions et leur modernisation.
Représentant permanent du Liban aux Nations unies (1977-1982), il fait voter au Conseil de sécurité la résolution 425, et lance du haut de la tribune ce cri de révolte qui restera dans les annales : « Laissez vivre mon peuple. »
La vie de Ghassan Tuéni, que l'on surnommait Job, a aussi été une cruelle tragédie en quatre actes : la mort de sa fille Nayla (sept ans) ; celles de sa première épouse la poétesse Nadia Hamadé Tueini et de ses deux fils : Makram, suite à un accident de voiture à Paris, et Gebran, assassiné en 2005. Malgré les épreuves, son ultime baroud d'honneur sera le pardon : l'homme ayant toujours prôné une politique de « réconciliation » appellera, après l'assassinat de Gebran, à « enterrer la haine et la vengeance ».
C'est cela, Ghassan Tuéni. Mais ce n'est pas tout.
Ancien recteur de l'université de Balamand (1990-1993), ancien président du comité du musée Nicolas Sursock, éditeur, écrivain proposé au prix Sakharov en 2006, il a donné le meilleur de lui-même : la liberté d'esprit, dont le secret « est de ne rien demander au pouvoir, de ne rien lui devoir », disait-il en tirant de savantes volutes de sa cigarette, qui du plus loin qu'on se souvienne, le prolonge et l'inspire....
(Lire aussi : L'Iliade de la démocratie, selon Michel Eddé)
L'ouvrage
Collègues, historiens, écrivains, poètes, politiques et autres personnalités libanaises et étrangères ont tenu à mettre des mots aussi éloquents qu'affectueux sur le parcours exceptionnel de Ghassan Tuéni. Le luxueux ouvrage conçu et réalisé par Saad Kiwan alterne les témoignages sur sa vie, son œuvre et son héritage, « sa résilience exemplaire » durant les dernières années de sa vie, les extraits de poèmes de Nadia et Makram Tuéni. En compagnie des grands de ce monde, ou dans l'intimité de sa demeure aujourd'hui dédiée à la Fondation Nadia Tuéni, les images de toute une vie défilent sur plus de 200 pages.
Parmi les personnes qui ont témoigné, il ya Dominique de Villepin, Lakhdar Ibrahimi, le président Amine Gemayel, le prince Talal ben Abdel Aziz, le diplomate américain Christopher Ross, le métropolite Élias Audi, l'historien Jean Lacouture, Olivier Mongin, directeur de la revue Esprit, Adonis, Vénus Khoury-Ghata, Nawaf Salam, Myrna Bustani, Samia Chami, l'équipe des standardistes du quotidien an-Nahar, etc.
(Pour mémoire : « Cette répulsion de la violence, Ghassan Tuéni l'exprime à tous les niveaux »)
Ils ont dit...
– Henry Laurens, professeur au Collège de France, titulaire de la chaire d'histoire contemporaine du monde arabe, souligne à propos de Ghassan Tuéni : « (...) Il a fait de son journal le sanctuaire de la pensée libre dans le monde arabe. Il était le dernier représentant des Lumières arabes et un véritable prince du savoir. »
– Dominique Chevallier, professeur d'histoire à la Sorbonne-Paris VI, chercheur spécialiste du monde arabe, décédé en 2008, avait dit : « (...) Pourquoi Gebran Tuéni a-t-il été assassiné le 12 décembre 2005 avec une si horrible préméditation ? Parce qu'an-Nahar, quotidiennement, avait dit trop sur les destructeurs. Toutes les autres causes parfois invoquées sont futiles. C'est l'esprit qui a été frappé. »
– Dans son témoignage intitulé « Sang d'encre, encre de sang ? » Issa Goraieb, éditorialiste et conseiller du PDG à L'Orient-Le Jour, écrit : « Le plus paradoxal cependant est que ce patron de presse de renommée mondiale, idolâtré de ses lecteurs, intensément aimé des siens, respecté de tous, même de ses ennemis, courtisé et redouté des puissants, roi des salons comme des talk-shows, faiseur et défaiseur de gouvernements, n'échappait guère lui-même, parfois, à la plus lancinante des solitudes : celle du navigateur bravant les tempêtes, tenant fermement la barre, poursuivant inlassablement son idéal, surmontant, avec un exceptionnel courage, les coups les plus cruels du destin. »
Lire aussi
La fusion du cœur et de l'intellect, selon Marwan Hamadé
Père Sélim Abou : L'attitude supérieure du pardon
Coups de génie, fourvoiements et sagesse, selon Gérard Khoury et Dominique Eddé
Joseph Maïla : La conscience d'une époque
PDG, propriétaire du quotidien an-Nahar à 22 ans, le jeune diplômé de Harvard va s'illustrer comme le grand fauve de la presse libanaise et arabe dont il sera l'un des piliers les plus solides. D'une plume incisive, il relaye les aspirations...


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
Surprenant que la référence de la citation en couverture du livre, une si belle citation si bien adaptée, n'ait pas été vérifiée par les comités de (re)lecture/édition/publication. En effet, il s'agit des versets 8-9 du Chapitre 32 du Livre de Job et non de ceux du Chapitre 12.
16 h 53, le 13 février 2014