Extraits du texte écrit à quatre mains par l'historien et écrivain Gérard Khoury et la romancière et essayiste Dominique Eddé, pour le colloque consacré à Ghassan Tuéni le 26 septembre 2013, au Collège de France à Paris.
Il a connu toutes les fulgurances : les plus grands bonheurs et les plus grands malheurs, les plus grands succès et les plus grandes pertes ; il a séjourné, comme le Liban, au paradis et en enfer. Sa vie est un précis de la condition humaine. La métaphore même du destin. Le sien a fait le tour du cadran : il a été solaire, brillant, passionné, pionnier, tissé d'amour et d'amitié, souvent exemplaire en termes de choix privés et publics, ouvrant notamment la voie au dépassement de l'esprit communautaire, mais aussi nocturne, tôt endeuillé, puis de plus en plus tragique, impitoyable.
Tournant le dos à l'amertume ou à la vengeance, Ghassan Tuéni a donné à son ultime résistance la forme d'une acceptation stoïque, si bien que le crépuscule de sa vie aura sans doute été le plus valeureux de ses combats (...) Il est à lui seul le roman confondu d'une vie et d'un pays.
Mi-solitaire mi-démiurge, expansif et pudique, urbain, courtois et manipulateur, sa part obscure n'est pas moins passionnante que sa part de lumière. Il faut espérer que ses biographes ne s'y tromperont pas ; que la tentation de l'hagiographie et du sentimentalisme ne l'emportera pas sur la recherche et la restitution de sa formidable complexité. Rendre hommage à Ghassan Tuéni, c'est rendre justice à son sens de la vie, à ses contradictions, ses coups de génie, ses fourvoiements, sa sagesse, sa folie, son âme russe, son esprit chevaleresque, lyrique, pragmatique, religieux, irréductible.


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