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À La Une - Discours Sur L'état De L'union

Obama veut reprendre la main, avec ou sans le Congrès

Le locataire de la maison Blanche a annoncé une rafale de décrets présidentiels.

Barack Obama lors de son discours du l'état de l'union, le 28 janvier 2014. AFP /Saul LOEB

À la recherche d'un second souffle, Barack Obama a promis mercredi, lors de son discours annuel sur l'état de l'Union, qu'il surmonterait l'obstacle d'un Congrès divisé et qu'il agirait dès que possible de sa propre initiative pour soutenir la classe moyenne, quelques mois à peine avant des élections de mi-mandat qui s'annoncent compliquées pour les démocrates.

 

S'exprimant à la Chambre des représentants devant les parlementaires, les juges de la Cour suprême et des personnalités triées sur le volet, le président américain a pris ses distances avec le Congrès en annonçant une rafale de décrets présidentiels. En agissant ainsi, il prend le risque d'attiser encore les relations déjà tendues entre démocrates, majoritaires au Sénat, et républicains, qui contrôlent la Chambre des représentants.

 

Si les mesures annoncées par Barack Obama peuvent paraître assez modestes en soi, elles témoignent, mises bout à bout, d'une exaspération de la Maison blanche face à la lenteur du processus législatif qui prévaut à Washington où chacun fourbit ses armes dans l'attente des élections de novembre. Assis derrière le président américain, le vice-président Joe Biden et le chef de file des républicains à la Chambre John Boehner offraient d'ailleurs un contraste saisissant, le premier ostensiblement souriant, le second visiblement renfrogné.

 

"Je suis prêt à travailler avec vous", a lancé le président américain. "Mais l'Amérique ne va pas rester immobile, et moi non plus. Donc, à chaque fois que ce sera possible, je prendrai des mesures sans légiférer afin d'offrir des opportunités à davantage de familles américaines."

 

Inégalités

Le président a ainsi annoncé un relèvement par décret du salaire minimum d'embauche des fonctionnaires fédéraux, la création d'un dispositif de soutien à l'épargne-retraite et un projet visant à établir de nouvelles normes favorisant les économies de carburants des poids-lourds.

Le relèvement du salaire minimum horaier, porté à 10,10 dollars contre 7,25 dollars actuellement, pour quelque 560.000 salariés fédéraux, est sans doute la plus emblématiques des mesures annoncées lors de ce discours. Il a aussi exhorté le Congrès à étendre cette mesure à tous les employés. "Donnez une augmentation à l'Amérique!", s'est-il écrié. Son objectif, a-t-il martelé, est d'agir pour réduire le fossé entre riches et pauvres, constatant que si les Bourses sont actuellement à des niveaux historiques, le salaire moyen a à peine augmenté. "Les inégalités se sont creusées", a-t-il dit. "L'ascenseur social est en panne. Le fait est que même au plus fort de la reprise, trop d'Américains travaillent plus que jamais juste pour maintenir leur niveau de vie. Et ils sont encore trop nombreux à ne pas travailler du tout."

 

Cette stratégie semble indiquer que le président n'entend plus agir en lançant d'ambitieux programmes législatifs et qu'il souhaite passer par des initiatives de moindre envergure mais capables de réduire les inégalités et de soutenir la classe moyenne.

Cela ne l'a pas empêché de renouveler son appel en faveur de mesures qui réclament encore l'assentiment du Congrès. Il a notamment demandé aux parlementaires de lui donner mandat pour qu'il puisse accélérer la négociation d'accords de libre-échange internationaux ou créer de nouveaux dispositifs de soutien aux classes moyennes.

Évoquant l'une de ses priorités, la réforme de l'immigration, le président a exhorté le Congrès à travailler de concert à une refonte de la législation, tout en se gardant de se montrer trop combatif pour éviter de contrarier certains élus républicains qui ont fait part ces derniers jours d'une certaine ouverture sur cette question.

 

Vieilles querelles

Sur la question de l'assurance santé, une réforme phare de sa présidence qui lui a valu une forte baisse de sa popularité, M. Obama a défendu son bilan sans pour autant s'y attarder, tout en demandant à ses compatriotes d'y adhérer au plus vite. "Je n'entends pas convaincre mes amis républicains des mérites de cette loi", a-t-il déclaré. "Je sais que les Américains n'ont pas envie de raviver de vieilles querelles."

 

Alors qu'il ne lui reste plus que trois ans à la Maison blanche, Barack Obama cherche à solder les nombreuses promesses qui n'ont toujours pas été tenues. Il a ainsi réitéré son appel en faveur d'une fermeture de la prison de Guantanamo Bay, ce qu'il s'était engagé à faire en l'espace d'un an en 2009. "Il faut que cette année soit celle lors de laquelle le Congrès lèvera les restrictions qui pèsent encore sur le transfert des détenus et que nous fermions la prison de Guantanamo Bay", a-t-il dit. "Nous combattons le terrorisme non seulement par le renseignement ou par l'action militaire, mais également en restant fidèles à nos aspirations constitutionnelles et en donnant l'exemple au reste du monde."

 

Reconquête

Sans contester l'objectif d'une réduction du fossé entre riches et pauvres, les républicains ont préféré souligner qu'ils privilégiaient une autre méthode. "C'est une (méthode) qui défend l'économie de marché et qui laisse chacun prendre ses propres décisions, pas un gouvernement qui décide à votre place", a déclaré Cathy McMorris Rodgers, présidente du caucus républicain de la Chambre. "Cela permet aux familles qui travaillent de repousser la pauvreté et de protéger les plus vulnérables", a-t-elle ajouté.

Le président républicain de la Chambre John Boehner a, lui, estimé qu'"après cinq ans (de pouvoir), le président Obama est visiblement à court d'idées. Avec peu de propositions soutenues par les deux partis, les Américains ont entendu un président plus idéologique qu'intéressé par une solution aux problèmes qui préoccupent les gens".

 

Le président cherche de son côté à reconquérir une opinion qui lui fait défaut alors qu'il aborde sa sixième année à la Maison blanche et que l'année 2013 lui a coûté très cher faute d'avancées tangibles sur le front de la réforme de l'immigration ou de la législation sur le contrôle des armes.

Il a également pâti des débuts cahoteux de l'Obamacare, marqués par une série de dysfonctionnements qui ont dissuadé un grand nombre d'Américains d'y adhérer et de ses atermoiements dans le dossier syrien.

Selon un sondage NBC/Wall Street Journal publié jeudi, 68% des Américains estiment que le pays est dans une situation stagnante ou pire que lorsque Barack Obama est devenu président.

Dans ce contexte, les élections de mi-mandat, souvent perdues par le parti du locataire de la Maison blanche, s'annoncent délicates. Les thèmes économiques abordés devant le Congrès devraient servir de trame à une série de discours qu'il s'apprête à prononcer lors d'une tournée qui lui fera traverser le Maryland, la Pennsylvanie, le Wisconsin et le Tennessee.

 

Comme souvent pour un tel discours, les questions internationales n'ont été évoquées que rapidement. Les Etats-Unis ont mis el-Qaëda "sur le chemin de la défaite" mais "la menace a évolué" et des groupes affiliés s'enracinent ailleurs, comme au Yémen, en Somalie, en Irak et au Mali, a prévenu le président.
Sur l'Iran, il a répété qu'il opposerait son veto à toutes sanctions qui seraient votées par le Congrès pendant les négociations sur le programme nucléaire de la République islamique.
Et en Ukraine, théâtre d'une violente crise politique, M. Obama a souligné que les Etats-Unis défendaient "le principe que le peuple a le droit de s'exprimer librement et pacifiquement et doit avoir son mot à dire pour l'avenir du pays".


Des Américains emblématiques ou méritants avaient été conviés à assister au discours à proximité de Michelle Obama: deux rescapés des attentats du marathon de Boston, le premier basketteur NBA ouvertement homosexuel, Jason Collins, ou encore la nouvelle patronne de General Motors, Mary Barra. Le président a aussi longuement fait applaudir un soldat grièvement blessé en Afghanistan, comparant son courage à celui du pays tout entier face à l'adversité.

 

 

À la recherche d'un second souffle, Barack Obama a promis mercredi, lors de son discours annuel sur l'état de l'Union, qu'il surmonterait l'obstacle d'un Congrès divisé et qu'il agirait dès que possible de sa propre initiative pour soutenir la classe moyenne, quelques mois à peine avant des élections de mi-mandat qui s'annoncent compliquées pour les démocrates.
 
S'exprimant à la Chambre des représentants devant les parlementaires, les juges de la Cour suprême et des personnalités triées sur le volet, le président américain a pris ses distances avec le Congrès en annonçant une rafale de décrets présidentiels. En agissant ainsi, il prend le risque d'attiser encore les relations déjà tendues entre démocrates, majoritaires au Sénat, et républicains, qui contrôlent la Chambre des représentants.
 
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