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Nos lecteurs ont la parole - Hassan Mourad

Le virage social-libéral de François Hollande : ambitions économiques et freins politiques

La conférence de presse tenue par François Hollande le 14 janvier marque un véritable virage dans la vie politique et économique française. Pour la première fois dans l'histoire de la Ve République, un dirigeant socialiste assume publiquement d'être un social-démocrate, voire même il prône une relance économique via une politique d'offre et non pas de demande.
Depuis la mise en circulation de l'euro, les instances européennes alertent régulièrement la France sur son dérapage budgétaire : un déficit public annuel qui s'établit à 4,8 % du PIB contrairement aux 3 % imposés par le traité de Maastricht, et un niveau de dette publique qui dépasse le taux de 60 % exigé à Maastricht, pour atteindre 90 % du PIB.
Au fil des années, il s'avère que le respect de ces critères est non seulement nécessaire pour maintenir la stabilité de cette monnaie unique, mais un besoin économique français en tant que tel.
Compte tenu de la conjoncture économique, François Hollande fixe trois principaux défis : la réduction des dépenses publiques, la baisse du niveau de chômage et la favorisation de la compétitivité des entreprises.
Bien que le gouvernement français n'ait toujours pas défini les mécanismes d'application, il lui sera indispensable de mettre en œuvre des plans d'action interdépendants : la réduction du niveau de chômage nécessite la stimulation de la compétitivité, cette stimulation passe à travers la baisse du taux d'imposition ;
et afin de compenser cette perte budgétaire, le gouvernement réduirait ses dépenses.
L'exemple concret de cette interdépendance est incarné par le pacte de responsabilité proposé par Hollande. Le président français promet de décharger les entreprises de leurs contributions à la politique familiale en contrepartie d'une stimulation de l'embauche. Probablement, ce pacte sera financé par les 50 milliards d'euros, montant des économies promises par Hollande entre 2015 et 2017.
Parallèlement, et dans l'objectif de relancer l'Union européenne, le président français souhaite renforcer le couple franco-allemand à travers trois initiatives. Pour une meilleure convergence économique, il a proposé le 14 janvier une harmonisation des règles fiscales ainsi qu'une coordination en matière de transition énergétique. Enfin, il a souhaité une coopération en matière de défense en vue de la création d'un couple franco-allemand capable d'agir pour l'Europe de la défense.
Ces initiatives soulignent que le redressement économique de la France ne peut pas se contenter des efforts unilatéraux. Par conséquent, un soutien européen via le corridor allemand semble indispensable.
D'autre part, il s'avère que Hollande cherche à renforcer la présence internationale de la France en profitant de la reprise économique affichée par les États de l'Union, surtout que la France est toujours à la traîne de cette reprise.
Cependant, trois dilemmes politiques peuvent freiner le nouveau souffle présidentiel : entre 2014 et 2015, la France connaîtra cinq scrutins : les municipales en mars, suivies par les européennes en mai puis les sénatoriales en septembre, pour conclure avec les élections régionales et départementales de 2015.
Le premier dilemme, c'est que Hollande affronte des défis du long terme, agissant ainsi sur la structure économique française en tant que telle. Cependant, les multiples élections imposent – en principe – des mesures à court terme pour attirer les électeurs (telles que l'augmentation des dépenses publiques), mais qui se contredisent avec les ambitions du long terme.
D'autre part, les sondages prévoient des défaites pour les socialistes. Par suite, le second dilemme se traduirait par :
– la perte de partenaires censés traduire les orientations économiques au niveau local et d'autres pour fournir un soutien européen ;
– l'affaiblissement de l'Élysée face à l'opinion publique, ce qui risque d'entraver l'adoption d'un certain nombre de projets impopulaires.
Le troisième dilemme, c'est que le lendemain du dernier scrutin, il ne restera que deux ans pour achever le quinquennat en cours. Par conséquent, il sera presque impossible pour Hollande d'obtenir les résultats prévus pour le long terme. En outre, certaines de ses réformes connaîtront un parcours complexe : il s'agit notamment de la restructuration des collectivités territoriales. Pour l'Élysée, ce projet mettra fin aux enchevêtrements et aux doublons des compétences des différentes structures locales, tout en réduisant les dépenses publiques. Cependant, il risque de réveiller les susceptibilités locales.
Enfin, les primaires de la droite auront lieu en 2016, annonçant ainsi le début de la prochaine course à l'Élysée. Sans doute Hollande tiendra-t-il compte du scrutin présidentiel de 2017 pour adopter des mesures de court terme exploitables dans la prochaine campagne présidentielle.
Contrairement aux nombreuses recommandations, il est inutile pour le gouvernement français d'imposer un plan d'austérité en tant que tel : pour une meilleure création des richesses, la France a besoin de rationaliser ses dépenses publiques. Le respect des critères de convergence est donc conditionné par la relance économique et non pas l'inverse.
Quels que soient l'issue de la nouvelle tendance économique et ses freins politiques, il est certain que la date du 14 janvier figurera bien dans le registre présidentiel de François Hollande.

Hassan MOURAD

La conférence de presse tenue par François Hollande le 14 janvier marque un véritable virage dans la vie politique et économique française. Pour la première fois dans l'histoire de la Ve République, un dirigeant socialiste assume publiquement d'être un social-démocrate, voire même il prône une relance économique via une politique d'offre et non pas de demande.Depuis la mise en circulation de l'euro, les instances européennes alertent régulièrement la France sur son dérapage budgétaire : un déficit public annuel qui s'établit à 4,8 % du PIB contrairement aux 3 % imposés par le traité de Maastricht, et un niveau de dette publique qui dépasse le taux de 60 % exigé à Maastricht, pour atteindre 90 % du PIB.Au fil des années, il s'avère que le respect de ces critères est non seulement nécessaire pour maintenir...
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