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Les jeunes Libanais et le folklore, entre amour et indifférence

À l'ère du numérique, des nouveaux outils de communication, de la mondialisation, quels regards portent les jeunes sur la musique et la danse libanaises traditionnelles ? Quel avenir pour le folklore artistique libanais ?

La troupe Rimah, fondée par Fouad Nasr, animant le dernier événement organisé par le Centre international pour le dialogue des civilisations (Liqaa).

« Le folklore n'est pas uniquement de la musique, de la danse, des costumes. C'est aussi des traditions ancrées dans notre vie quotidienne C'est un lien qui unit les gens appartenant à une même culture. C'est leur mémoire commune. » C'est ainsi que Roméo Lahoud, metteur en scène, auteur et compositeur, définit le folklore. Le fondateur du premier théâtre musical permanent au Liban poursuit : « Avant la guerre, c'est avec Zalfa Chamoun, épouse du président Camille Chamoun, que l'exhibition du folklore a débuté à travers les soirées libanaises du Festival de Baalbeck. C'était l'âge d'or, avec Feyrouz, Wadih el-Safi, Zaki Nassif, Sabah et d'autres artistes qui ont marqué l'histoire de notre patrimoine. »
Durant la guerre, le metteur en scène poursuit à titre personnel son travail pour la conservation de l'art populaire. « À l'époque, j'ai présenté douze pièces de théâtre, toutes en rapport avec le folklore libanais », ajoute-il, avant de dénoncer « les courants artistiques venant de l'Égypte, du Golfe et de l'Occident qui ont envahi notre culture après la guerre ».

Regards des jeunes
« Connaître l'art populaire de mon pays est essentiel pour moi puisque le patrimoine folklorique constitue une partie de mon identité », assure Karen Eid, 18 ans. L'étudiante en gestion à l'USJ poursuit : « Feyrouz, la famille Rahbani, Wadih el-Safi, Sabah et bien d'autres sont célèbres dans le monde entier. Comment peut-on, en tant que jeunes Libanais, ne pas les connaître ? »
D'autres jeunes sont, aussi, passionnés par le folklore artistique libanais. Hanadi Diabeux étudie depuis deux ans le chant oriental. La jeune fille de 19 ans promet : « Je resterai fidèle à la chanson orientale libanaise. J'ai grandi dans une famille qui l'apprécie et qui m'a transmis cet amour. » Jad Nassar, pour sa part, s'intéresse au « zajal » et au « ataba ». Le futur ingénieur partage cette passion avec ses amis. « Nous organisons régulièrement des compétitions sur ce thème. » Rami el-Chami, 17 ans, il affirme : « Maîtriser la dabké est indispensable pour un Libanais. »

De l'indifférence
Les jeunes ne sont pas tous fans de la musique traditionnelle. Joy Sarkis, elle, ne s'intéresse pas du tout à l'art populaire. Étudiante en 2e année d'études audiovisuelles à l'ALBA, elle explique : « Ce folklore ne me ressemble pas. Je préfère le pop américain. Pendant mon enfance, j'écoutais Chantal Goya. Ensuite, j'ai intégré une école de musique où j'ai appris le piano, la guitare et la vocalise. Lors des soirées, je chante toujours en français ou en anglais, mais jamais en arabe. » Léa Ramadan, qui étudie l'architecture à l'AUB, partage cet avis. « Je préfère tout ce qui est nouveau, et le folklore libanais n'est pas à la mode », assure-t-elle.
D'autres jeunes, pourtant, n'opposent pas mode et folklore. Lina Kambris apprécie à la fois la musique traditionnelle libanaise et la musique européenne. L'étudiante en 2e année d'études audiovisuelles à l'ALBA confie : « J'aimerais bien réaliser des films qui mettront en valeur le folklore libanais. » Taj Jammal, quant à elle, bien qu'elle préfère la musique classique française, écoute de temps à autre des chants folkloriques libanais. L'étudiante en 2e année de publicité à l'ALBA n'hésitera pas à utiliser le chant ou la danse folkloriques dans les pubs qu'elle réalisera puisque, pour elle, « il faut toujours revenir à l'essence ».
Majed Sabeh, responsable du département des congrès internationaux au Centre international pour le dialogue des civilisations (Liqaa), explique les raisons du désintérêt des jeunes pour le folklore : « Ce qui intéresse les jeunes, c'est tout ce qui est nouveau, pour opérer une rupture avec leur parents. Or, au fil des années, le folklore n'a pas été modernisé, par manque de fonds de la part des services locaux ou par absence de couverture médiatique. » D'autres facteurs expliquent le désintérêt des jeunes : « La léthargie de l'État qui n'exerce aucun effort pour inculquer ce folklore à la jeunesse. L'absence de théâtre dans les écoles publiques marque l'indifférence du gouvernement pour l'art », précise Roméo Lahoud.

Initier les jeunes à la richesse du folklore
« Quand les enfants renouent à l'école avec les pièces de théâtre folkloriques, cela les aidera à faire la connaissance du folklore et à s'y attacher », poursuit M. Lahoud. Majed Sabeh partage le même avis. « Le folklore appartient au patrimoine d'une nation. C'est important d'indiquer aux jeunes de quelle civilisation ils sont issus et de leur rappeler que la nôtre est ancienne, riche et belle », affirme-t-il. Pour atteindre cet objectif, le jeune homme organise régulièrement des événements en rapport avec le patrimoine. Le plus récent a eu lieu le 16 novembre dernier et comportait des conférences dont le but est d'initier les jeunes au folklore libanais et arabe. Majida Chaaban a assisté à cet événement. « J'y ai participé pour apprendre davantage sur le folklore de mon pays », confie la jeune fille de 16 ans.
Pour favoriser l'art populaire, M. Sabeh propose que l'État encourage les jeunes artistes libanais qui interprètent des chants et des mélodies traditionnels et organise à leur intention des évènements culturels. Le jeune homme poursuit : « Il faut moderniser le folklore, le fond et la forme, tout en préservant ses particularités générales, afin de répondre au goût des jeunes. » C'est ce qu'a réalisé Fouad Nasr, 26 ans. Ce dernier dirige une troupe de danse, nommée Rimah, qui anime des évènements et des mariages. Il confie : « Pour attirer les jeunes, on a conçu de nouvelles chorégraphies où la danse populaire est mélangée aux danses occidentales. » Élyssa Alam, étudiante en architecture à l'ALBA, propose, « pour encourager les jeunes à apprécier l'art populaire, de commencer par le médiatiser et ensuite d'organiser des événements amusants tels des concerts de chant folklorique à prix abordable et non pas uniquement des conférences ».
« Les jeunes sont appelés à ne pas négliger leur folklore et à prendre la flambeau pour le renouveler », suggère Majed Sabeh. M. Lahoud, de son côté, met en garde : « Si on délaisse notre patrimoine, on perd notre identité. Il faut donc s'y attacher tout en s'ouvrant sur les autres cultures pour vivre avec elles et en harmonie. » Il conclut en citant le poète français Patrice de La Tour du Pin : « Tous les pays qui n'ont plus de légendes seront condamnés à mourir de froid... »

« Le folklore n'est pas uniquement de la musique, de la danse, des costumes. C'est aussi des traditions ancrées dans notre vie quotidienne C'est un lien qui unit les gens appartenant à une même culture. C'est leur mémoire commune. » C'est ainsi que Roméo Lahoud, metteur en scène, auteur et compositeur, définit le folklore. Le fondateur du premier théâtre musical permanent au Liban poursuit : « Avant la guerre, c'est avec Zalfa Chamoun, épouse du président Camille Chamoun, que l'exhibition du folklore a débuté à travers les soirées libanaises du Festival de Baalbeck. C'était l'âge d'or, avec Feyrouz, Wadih el-Safi, Zaki Nassif, Sabah et d'autres artistes qui ont marqué l'histoire de notre patrimoine. »Durant la guerre, le metteur en scène poursuit à titre personnel son travail pour la conservation de l'art...
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