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Les Coptes espèrent la paix mais ne regrettent pas l'éviction de Morsi

Egypte

Depuis la destitution du président issu des Frères musulmans, les Coptes disent subir des représailles.

OLJ/AFP
02/01/2014

A la messe du Nouvel An, les chrétiens d'Egypte prient pour le retour du calme dans leur pays, sans regretter un instant leur soutien à la destitution de l'islamiste Mohamed Morsi, qu'ils ont pourtant payé dans le sang.

 

Les Coptes représentent environ 10% des 85 millions d'Egyptiens et constituent la plus importante communauté chrétienne du Moyen-Orient. Le 3 juillet, trois jours après des manifestations anti-Morsi monstres, le chef de la puissante armée, le général Abdel Fattah al-Sissi, apparaissait à la télévision pour annoncer la destitution du président Morsi. A ses côtés, plusieurs figures nationales, dont le pape copte orthodoxe Tawadros II.


Depuis, les chrétiens disent subir des représailles. "L'Eglise n'a pas interdit aux Coptes de manifester contre Morsi le 30 juin. Aujourd'hui, nous en payons le prix, mais nous ne regrettons pas cette décision", affirme Daoud Ibrahim, prêtre de l'église de la Vierge dans le quartier ouvrier d'Al-Warrak au Caire.
D'ailleurs, lance-t-il, "nous n'avons pas peur. Les portes de mon église sont ouvertes à tous", affirme l'ecclésiastique à la longue barbe blanche, alors qu'il accueille ses fidèles devant une porte gardée par une dizaine de policiers.


En cette soirée de Nouvel An, l'église de la Vierge d'Al-Warrak s'est parée de ses plus beaux atours: un sapin recouvert de guirlandes lumineuses trône en bonne place, tandis que des drapeaux égyptiens recouvrent les murs de la cour intérieure. Des enfants coiffés de chapeaux rouges du Père Nöel se pourchassent entre des grappes d'adultes qui distribuent gâteaux et sucreries aux fidèles pour célébrer la nouvelle année.


Cette célébration joyeuse est aussi une façon de conjurer les mauvais souvenirs de 2013.
Le 20 octobre dernier, des assaillants ont vidé les chargeurs de leurs armes automatiques sur cette église. Devant le lieu de culte, des familles sortaient tout juste d'une messe de mariage. Quatre personnes, dont deux fillettes, ont été tuées, toutes des proches d'Ibrahim Georges.
Ce chrétien de 37 ans reçoit l'AFP dans son minuscule appartement dans la périphérie du Caire. "Je ne regrette pas d'avoir soutenu l'armée contre M. Morsi, quel que soit le prix que je doive payer", lance-t-il avant que son visage ne s'assombrisse au souvenir de cette nuit d'octobre.
"J'ai reçu un coup de téléphone pour me dire que l'église avait été attaquée. Au début, j'ai pensé que c'était une plaisanterie", se souvient-il, étouffant ses larmes. "Quand je suis arrivé, j'ai vu un massacre, et ma mère qui gisait sous une couverture trempée de sang".


L'attentat d'Al-Warrak n'a été qu'une des nombreuses attaques contre les chrétiens, qui ont vu durant l'été des dizaines de leurs églises brûler, de même que des maisons ou des commerces appartenant à des familles coptes. La plupart de ces agressions ont eu lieu en Haute-Egypte, où vit une importante partie de la communauté copte.


La minorité chrétienne est dans la ligne de mire d'islamistes radicaux qui lui reprochent d'avoir soutenu l'éviction du seul président élu démocratiquement d'Egypte, un an tout juste après son accession à la magistrature suprême.


Le coup de force des militaires a profondément divisé l'Egypte, où les autorités dirigées de facto par l'armée se sont lancées dans une implacable répression contre les partisans de M. Morsi, qui a fait plus d'un millier de morts et entraîné des milliers d'arrestations.

Les autorités ont accusé les Frères musulmans, la confrérie de M. Morsi, d'avoir mené ces attaques contre les Coptes, ce que le mouvement islamiste a toujours démenti.
Mais bien avant le 3 juillet et ses bouleversements politiques, les Coptes dénonçaient déjà discrimination, marginalisation et persécution. L'une des attaques les plus spectaculaires avaient eu lieu lors du Nouvel an 2011, lorsque plus de 20 personnes avaient péri dans un attentat suicide contre une église d'Alexandrie, la deuxième ville du pays sur la côte méditerranéenne.


Pour Emad Gad, chercheur au centre Al-Ahram pour les études politiques et stratégiques, les représailles n'empêcheront pas les Coptes de voter en faveur du projet constitutionnel lors du référendum prévu les 14 et 15 janvier. "Ils sont satisfaits de cette nouvelle Constitution car elle ne contient plus d'interprétation rigoriste de la charia (loi coranique) comme la précédente", rédigée sous la présidence Morsi, dit-il.

 

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