Ranya Sarakbi. Photo Joe Kesrouani
Elle préfère le silence des ateliers de travail et la pénombre des coulisses de la célébrité qu’elle éclaire de ses yeux vifs et bleus. Ranya Sarakbi, multitalentueuse, s’exprime parfaitement bien dans ses toiles et les pièces qu’elle crée, entre bijoux et sculptures, toutes sorties de ses entrailles. De Ranya, on ne saura pas grand-chose, sauf sans doute l’essentiel, arraché sous la torture des questions insistantes. Des études en anthropologie et sociologie, dont elle garde une certaine vision des choses, une prédilection pour l’art, qu’elle tient de sa mère Rouwaida Chourbagui Soubra, et des envies d’ailleurs pour finalement décider de déposer ses bagages au Liban.
Artistiquement autodidacte, sans avoir jamais accompli un parcours académique dans l’art, Ranya s’est naturellement adonnée à la peinture. Elle participera au Salon d’automne de 1998 et à de nombreuses expositions individuelles. Le 11, chiffre magique qu’elle porte en elle comme une amulette, l’a peut-être aussi, on aimerait bien le penser, amenée, au hasard d’un calendrier complice, à rencontrer ses deux anges gardiens et amis, Rabih Kayrouz puis Johnny Farah, qui ont épanoui ses possibilités avec des idées lumineuses. Le premier, grand couturier qu’on aime pour son élégance et ce chemin emprunté avec un talent confirmé, lui propose, à la veille du défilé « Des femmes et des robes », de lui concevoir des bijoux. Sa pièce en bois et métal signera le début d’une belle aventure tactile, créative, artistique et personnelle. Elle retrouvera cet exercice en 2008 pour la collection « Remmeneh ». Suivra une collaboration avec le bijoutier Sélim Mouzannar pour une première collection « Flora », inspirée par le cycle de la vie et de la nature, et, l’année suivante, « Fauna », inspirée des premiers ouvrages des hommes du néolithique, alors « marteleurs » et artistes spontanés de métaux. Ranya expose également des pièces, depuis presque dix ans, à la boutique du musée national de Beyrouth.
Sacrée créatrice de bijoux sans vraiment le vouloir, elle continue de plaider pour un travail spontané, sans contraintes, sans commandes préalables et dans une totale liberté. « La création de bijoux est un acte prémédité, spécifique, longuement étudié, préparé et exécuté. Pour moi, le bijou reste surtout un objet qui a sa propre vie et que l’on accroche un peu comme une œuvre. » Le collier « Icarus & 8800 », qu’elle a dévoilé à Eco Art Parade à Monaco, « Apotropea », dans le cadre d’une installation à la boutique Milia M. , ou encore « Viscera » illustrent parfaitement son parti pris qui donne au bijou une dimension essentiellement physique et symbolique. En 2011, chiffre également fétiche, elle retrouve ses premières amours en illustrant, avec de magnifiques aquarelles, dessins et encres de Chine, le livre L’homme qui plantait des arbres, adaptation en arabe du livre de Jean Giono, un projet entrepris par Nesrine Khodr. Puis vint « Ouroboros » se glisser dans sa vie et occuper une place à part dans son parcours de créatrice.
Une œuvre importante
Pas besoin de flûte fantastique pour charmer son serpent et le faire vivre... Ranya Sarakbi a réussi, comme par sorcellerie, à (oser) imaginer, concevoir puis prêter son souffle à cette sublime bête de 11m (encore une fois le chiffre magique) revêtu de 16 000 écailles en bronze.
Avec un artisan, lui aussi ange gardien, Ranya travaille la matrice de ce serpent d’une autre dimension, qui pèsera quelque 100 kilos. L’an dernier, Johnny Farah, qui signera une collection capsule de sacs à main inspirée de ce cher « Ouroboros », invite le serpent à s’installer quelques jours dans son espace éponyme. Surprenant, décoiffant, l’évènement va placer Ranya parmi les grands artistes locaux. Sa
présence à Londres, au cours du PAD London, organisée par Smogallery et Gregory Gatserelia, s’est, de la même manière, fait remarquer par le jury qui l’avait placée parmi les favoris.
Consistante et surtout conséquente dans sa démarche, toujours intéressée par le rôle de ces créateurs d’outils, sans doute les restes de ses études passées, elle a également exposé au BAC, et sous le titre « Biomechania », des objets conçus avec du métal, inspirés de l’exploration des mécanismes des systèmes biologiques et de la relation entre l’individu et son environnement. Dans une installation qu’elle a contrôlée au millimètre près, la scénographie était parfaite.
Partageant sa vie entre Milan et Beyrouth, Ranya poursuit sa relation fusionnelle avec « Ouroboros » et les nouvelles créations en gestation. Dans ses autres projets à venir, la suite de sa collaboration avec Smogallery pour les Design Days Dubai, en mars prochain, PAD Paris puis Londres. Et, très bientôt, la conception des vitrines de Noël de Rabih Kayrouz ainsi que l’installation de ses pièces, pour l’occasion, dans la boutique du créateur. À découvrir dans un évènement qui s’annonce beau et festif, le 13 décembre 2013...
Artistiquement...


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