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Interrogations sur une rhétorique

Les Libanais en sont devenus sans doute accoutumés. Le chef du bloc parlementaire du Hezbollah, Mohammad Raad, figure parmi les principaux responsables du parti chiite qui montent automatiquement au créneau lorsqu’il s’agit pour la formation pro-iranienne de relancer ou d’accentuer les manœuvres médiatiques d’intimidation, désormais classiques, menées pour tenter d’impressionner l’adversaire. Mais il y a quelques jours, le député hezbollahi est monté d’un cran (voire de plusieurs crans ...) dans sa joute verbale.
Les propos particulièrement belliqueux et haineux que M. Raad a tenus ainsi la semaine dernière à l’adresse de la coalition du 14 Mars portent à réflexion, à plus d’un titre. Seraient-ils la manifestation publique des appréhensions du Hezbollah suscitées par l’amorce du dégel dans les rapports entre le nouveau président iranien Hassan Rohani et les puissances occidentales, États-Unis en tête ? Le parti chiite craint-il que cette détente, fût-elle à ses premiers balbutiements, se fasse au détriment du diktat politico-militaro-milicien qu’il s’emploie à imposer à l’ensemble des factions politiques et des composantes de la société libanaise ?
La question pourrait être soulevée aujourd’hui à la faveur du vent d’optimisme qui a soufflé sur le dernier round des pourparlers de Genève. Au cas où – ce qui demeure encore largement hypothétique – un accord sérieux se dégage réellement entre Téhéran et les puissances occidentales au sujet du dossier nucléaire, le pouvoir
iranien serait-il amené à accepter, en échange d’une levée graduelle des sanctions économiques, que la dimension militaro-milicienne du Hezbollah soit sensiblement réduite à sa plus simple expression, au profit d’un rôle exclusivement politique, ou presque, de son poulain au Liban ?
On verrait mal, de fait, Washington et l’Union européenne desserrer l’étau qu’ils imposent depuis de nombreuses années à la République islamique (et qui s’est avéré économiquement efficace) alors que la principale pièce maîtresse du régime des mollahs dans la région et à l’échelle internationale – la prétendue « structure militaire » du Hezbollah (désignée ainsi hypocritement) – est toujours inscrite sur la liste américaine et européenne des organisations terroristes.
On verrait mal les pays occidentaux (encore que ...) accepter de lever les sanctions alors que ce même Hezbollah continue d’exécuter les desseins hégémoniques de Téhéran au Moyen-Orient (et ailleurs) par le biais d’une participation directe à la guerre syrienne et d’une implantation de cellules dormantes un peu partout dans le monde en vue de l’organisation, le cas échéant, d’attentats terroristes antioccidentaux, dont les derniers en date ont eu pour théâtre deux pays de l’UE, la Bulgarie et Chypre.
Si le postulat d’une nécessaire « démilitarisation » du Hezbollah se confirme réellement, il ne fait pas de doute que le Hezbollah, privé de son bras milicien et de sa capacité de nuisance paraétatique, perdrait alors son instrument de chantage qui lui permet de bloquer toute vie politique (et économique) normale dans le pays et d’orienter manu militari le cours des événements au gré de son projet politique et de la raison d’État iranienne.
Mais les derniers propos belliqueux de Mohammad Raad pourraient aussi s’expliquer par une autre hypothèse qui reste difficile à confirmer (la transparence n’étant pas le propre du parti chiite et de son parrain régional) mais qui ne devrait pas être totalement écartée. L’escalade verbale du député hezbollahi serait-elle le reflet d’un certain courant en Iran qui serait hostile à tout accord et rapprochement avec l’Occident ? Certes, la décision finale au niveau de tous les dossiers à caractère stratégique, dont notamment le nucléaire, revient en dernier recours au guide suprême de la révolution iranienne (le waliy el-faqih), l’ayatollah Khamenei. Force est de relever à ce sujet que ce dernier a exprimé son pessimisme quant à l’issue des tractations de Genève, reflétant ainsi, peut-être, un manque d’enthousiasme sur ce plan. Sans compter que le contact établi à New York par le président Rohani avec le chef de la Maison-Blanche, Barak Obama, avait été vertement critiqué par certains dirigeants des pasdaran. Ces critiques, convient-il de reconnaître, n’avaient pas eu toutefois de suites, indice sans doute d’un feu vert (même timide) du guide suprême à la politique d’ouverture initiée par le président Rohani. Celui-ci, d’ailleurs, n’aurait-il pas été élu, selon une certaine lecture, avec l’assentiment du waliy el-faqih dans le but, précisément, d’amorcer une ouverture en direction des États-Unis et de l’UE, l’objectif étant d’obtenir la levée des sanctions qui étouffent dangereusement l’économie iranienne ?
À l’évidence, de nombreuses zones d’ombre persistent quant aux véritables intentions du régime des mollahs iraniens et quant à l’existence ou non (et dans quelle mesure) d’un quelconque courant à Téhéran qui jouerait un rôle inhibiteur au niveau d’un éventuel rapprochement avec l’Occident, ou tout au moins d’un accord sur le dossier nucléaire. Mais quel que soit le cas de figure qui se pose sur ce plan, le Hezbollah ne peut pas écarter totalement l’hypothèse qu’il fasse les frais, tôt ou tard, d’une possible détente irano-occidentale. D’où peut-être sa volonté de prendre les devants et d’accroître sa posture agressive afin de tenter de limiter les dégâts en se basant sur l’axiome suivant lequel la meilleure défense c’est l’attaque.
Il est évidemment prématuré au stade actuel de déterminer dans quel sens le vent tourne véritablement à Téhéran. Il reste qu’il est peut-être temps que le Hezbollah prenne conscience d’une réalité indéniable qui s’est imposée au fil des ans depuis l’émergence de la crise libanaise à la fin des années 60 du siècle dernier : aucune faction, qu’elle soit locale, régionale ou internationale, n’a réussi à imposer son diktat sur le pays du Cèdre. L’OLP a tenté dès 1969 de contrôler le pays ; elle a fini par être déboulonnée en l’espace de quelques semaines. La composante chrétienne du pouvoir a estimé pendant de longues années qu’elle pouvait gouverner en solo, mais elle a été contrainte en définitive à céder du terrain au niveau du partage du pouvoir. Le Mouvement national sous la houlette de Kamal Joumblatt a tenté, au tout début de la guerre libanaise, d’imposer aux Libanais son projet politique, mais il a rapidement déchanté. Le tuteur syrien a cru, quant à lui, qu’il avait réussi enfin à réaliser un ancien rêve, à imposer un Anschluss au Liban, mais il a été amené à mettre fin à son occupation au pas de charge. Idem pour Israël dont les tentatives de maintenir une présence dans une bande frontalière à sa frontière nord ont abouti à une impasse. Au début des années 80, la Force multinationale occidentale n’a pu, elle aussi, préserver sa présence. Et même la tentative du sunnisme politique, au début des années 90, de mener, seul, le jeu économique dans le pays s’est heurtée en définitive aux réalités libanaises. Dans chacun de ces cas, c’est une modification, brusque et inattendue, de la donne régionale qui a amené chacun de ces acteurs précités à réaliser qu’il ne pouvait pas maîtriser, seul, la carte libanaise.
Aujourd’hui, c’est le Hezbollah qui se croit, à son tour, tout permis, et qui estime qu’il peut agir, comme les autres parties l’ont fait avant lui, comme si le pays du Cèdre est sa propriété privée. Mais un jour ou l’autre, ce jeu se retournera contre lui. Et s’il désire limiter les pertes à cet égard, s’il souhaite garantir son avenir politique, c’est en construisant un partenariat véritable avec les autres composantes nationales sur des bases réellement équilibrées (loin du chantage des armes) qu’il pourrait atteindre un tel objectif, et non pas en optant pour un ancrage aveugle à une puissance régionale... Un ancrage qui reste d’ailleurs tributaire d’une possible redistribution des cartes à l’échelle régionale ou d’une éventuelle implosion interne, comme ce fut le cas en Syrie. En clair, c’est en misant sur sa dimension libanaise exclusive, et non pas perse, que le Hezbollah pourrait garantir son avenir. Et dans l’immédiat, concrètement, une telle libanisation passe, comme premier pas, par un retrait du bourbier syrien dans lequel le parti chiite a commis l’erreur historique de s’embourber.
Les Libanais en sont devenus sans doute accoutumés. Le chef du bloc parlementaire du Hezbollah, Mohammad Raad, figure parmi les principaux responsables du parti chiite qui montent automatiquement au créneau lorsqu’il s’agit pour la formation pro-iranienne de relancer ou d’accentuer les manœuvres médiatiques d’intimidation, désormais classiques, menées pour tenter d’impressionner l’adversaire. Mais il y a quelques jours, le député hezbollahi est monté d’un cran (voire de plusieurs crans ...) dans sa joute verbale. Les propos particulièrement belliqueux et haineux que M. Raad a tenus ainsi la semaine dernière à l’adresse de la coalition du 14 Mars portent à réflexion, à plus d’un titre. Seraient-ils la manifestation publique des appréhensions du Hezbollah suscitées par l’amorce du dégel dans les...
commentaires (5)

En effet quand le Hezbollah cessera de croire que le pays du Cèdre est sa propriété privée, le Liban pourra revivre normalement entre toutes ses confessions. Antoine Sabbagha

Sabbagha Antoine

16 h 06, le 12 novembre 2013

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Commentaires (5)

  • En effet quand le Hezbollah cessera de croire que le pays du Cèdre est sa propriété privée, le Liban pourra revivre normalement entre toutes ses confessions. Antoine Sabbagha

    Sabbagha Antoine

    16 h 06, le 12 novembre 2013

  • "Sa dimension libanaise et pas perse" !!! ??? , et arabe ?? on ne dit plus arabe ?? on dit libanaise et perse ?? mais ou va t on fourrer la bensaoudie dans tout ca , elle compte deja pour du beurre fondu ? mais qu'est ce que c'est ce delire ? Il est evident que la VICTOIRE est libano/perse , grace au hezb resistant qui a fait capoter les plans yanky sionises qui demandent un time out aux nvelles puissances mondiales et regionales , ma que passa ! la boussole s'affolle a ce que je vois , sur tous les plans , militaires , strategiques et bientot economiques , le gaz et le petrol seront a nous libanais et rien qu'a nous , debarasse de la bensaoudie aux abois . Ma que passa hombre ?? !!!

    Jaber Kamel

    13 h 45, le 12 novembre 2013

  • CES ÉVÈNEMENTS en sœur-syrie ne sont qu’un guet-apens organisé par l’excroissance du Walïïoulfakkîh, ce hézébbb, de connivence avec son appendice 8 bääsyriaNique! Le Cédraie ne faisant que leur réagir. En se répandant à côté, leur milice cagoulée en chemises noires chiffonnées s’éparpilla armée dans tout ce que peut compter cette sœur Malade de ruelles Malfamées. Plastronnant devant le Caravansérail libanais en menaçant de renverser tout sunnite 1er ministré qui ne lui plaît, en vue d'établir un ministère monochrome en noir à son image sous la houlette apparente des séid es pions affidés PNSS, BÄÄS et autres Orangés pseudolaïcisés. Ils battent la générale. Wéhhééébb, Beau- Sieur, Quandîl et surtout BoSSfaïr se disputent "l'honneur" de cette initiative ! Bardés d’armes, ils grondent avec leurs cris : A bas Mîkâti. Une foule tchadorisée vient baiser sa chemise chiffonnée au Noirci cloîtré, prête à défendre sa Wilâyâh indomptable qui effleure enfin le doux sable doré de ce Liban méditerranéen beau et évolué ; levantin de tout temps ; l’envieuse aux paupières cousues déjà. Dans ce simulacre de combat machiné, ce fakkîh n’aura battu que son ombre. Combat ne servant en réalité qu’à lui fournir le prétexte du maintien de sa milice à Ddâhïyéh, but véritable de cette comédie grossièrement montée ainsi que des violences dans les autres régions sous sa domination. Alea Jacta Est !

    Antoine-Serge KARAMAOUN

    11 h 32, le 12 novembre 2013

  • Plus vrai que ça on meurt! Et le Hezbollah mourra! Pourquoi? Parce qu'il n'est pas libre de ses décisions, parce qu'il est financé par l'Iran et soutenu par le régime Syrien et donc suppôt des deux premiers. Il n'acceptera jamais de rendre ses armes sans avoir de contrepartie que personne n'est prêt a lui donner. Il finira par commettre une deuxième erreur et celle-ci annoncera sa fin qui sera tragique en raison des haines qu'il a créé et alimenté toutes ses années. Les Zeiter, Mokdad, Jaafar et les autres clans mafieux devrons s'y faire avec le nouveau système qui se doit d’être appliqué et donc verrons très vite les murs des prisons, sans oublier le Raad & Co. en personne qui eux verrons les barreaux du TSL pour très longtemps et c'est surtout de cela que ces gens la ont peur! La honte les couvrira et le Hezb mourra car plus personne n'en voudra. Sans sous et sans armes je défie le Hezbollah de pouvoir représenter plus que 10% a 20% des Chiites eux même. La est la peur, la est leur crainte. Verra qui vivra!

    Pierre Hadjigeorgiou

    09 h 34, le 12 novembre 2013

  • On peut attendre encore une centaine d'années pour que le Hezbollah "mise sur sa dimension libanaise exclusive, et non pas perse". Pendant ce temps il aura changé l'identité de deux ou trois autres Liban, en plus de l'actuel, et les aura accaparés. Le Hezbollah est par essence un deuxième "pasdaran" iranien sur ce bord maudit de la Méditerranée. Son langage à présent, comme le montrait hystériquement le député Hassan Fadlallah hier même, est que "la résistance (c'est à dire sa propre entité "divine") fait partie du Pacte national et sans elle il n'y a pas de Liban". Rien, absolument rien ne peut rendre le Hezbollah exclusivement libanais et arrêter son arrogance sinon une vraie et efficace résistance de tous les autres Libanais à lui et à son projet transnational et antilibanais. Malheureusement de cette vraie et efficace résistance au Hezbollah il n'existe encore rien.

    Halim Abou Chacra

    07 h 04, le 12 novembre 2013

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