Pendant que le pays vit une grave crise économique, le nombre de franchises de restaurants libanais dans les pays arabes explose, et la demande de personnel qualifié originaire du pays du Cèdre suit.
Depuis deux ans, le secteur de la restauration est un des secteurs économiques les plus affectés par les conséquences de la crise syrienne sur le Liban. Intimement liée au tourisme, la profession a gravement pâti de la situation politico-sécuritaire et de l’absence de visiteurs. Mais outre les conséquences directes de la crise sur l’activité des restaurateurs, le secteur semble aujourd’hui souffrir d’un sérieux déficit en termes de main-d’œuvre qualifiée. La restauration fait aujourd’hui face à une fuite massive de ses talents vers d’autres cieux plus prometteurs.
« L’exil de ces travailleurs a en réalité débuté en 2006, explique le président du syndicat des restaurateurs, Paul Ariss. Les Libanais qualifiés ont alors commencé à quitter le pays principalement pour les pays arabes où leurs talents sont très recherchés et les salaires plus élevés. » Selon M. Ariss, les jeunes qui ont été diplômés par la suite n’ont pas suffi à combler le nombre de départs de travailleurs qualifiés après 2006. « Depuis le début de la guerre en Syrie en 2011 et les conséquences désastreuses sur le secteur, les départs de travailleurs libanais se sont encore accélérés, ajoute-t-il. La crise a touché non seulement les salaires des employés mais aussi les pourboires. De ce fait, de nombreux professionnels, la plupart des jeunes, ont préféré partir, tout simplement. »
(Pour mémoire : BM : L’économie libanaise gravement affectée par la crise syrienne)
Car pendant que le pays vit une de ses pires crises économiques, le nombre de franchises de restaurants libanais dans les pays arabes explose et la demande de personnel qualifié, originaire du pays du Cèdre, suit. « La main-d’œuvre libanaise est toujours très appréciée dans les pays arabes, confirme Charles Arbid, président de la Lebanese Franchise Association. En temps de crise, la diminution des coûts en interne et l’export de concepts demeurent la meilleure solution pour résister », poursuit-il. Mais ce transfert de savoir-faire a des conséquences sur le marché du travail libanais.
« Au Liban, nous, professionnels, sommes alors confrontés à un réel problème de recrutement, en particulier dans la restauration, témoigne Rana Khoury, directrice générale du palace Le Gray. Les jeunes s’imaginent qu’il n’y a plus d’avenir au Liban, poursuit-elle, alors ils partent pour les pays arabes. » La directrice du Gray travaille étroitement avec les universités et mise sur les stages et la formation en interne dans la constitution d’une équipe qualifiée. « Malgré quelques départs parmi notre personnel vers les pays du Golfe, nous avons tout de même réussi à maîtriser notre taux de turn-over, précise Mme Khoury, mais nous sommes toujours à la recherche de personnel. »
Comme la directrice du palace, Alain, 32 ans, restaurateur à Beyrouth, a lui aussi été confronté à ce problème de recrutement, notamment pour l’ouverture de son troisième établissement à Dbayé. « Il me fallait embaucher une centaine de personnes pour constituer une nouvelle équipe et il a vraiment été difficile de trouver du personnel qualifié, explique-t-il. Heureusement, grâce à l’afflux de réfugiés syriens, j’ai pu trouver parmi eux une main-d’œuvre moins chère et aussi qualifiée pour pallier au manque de travailleurs libanais. » Parmi ses 100 nouvelles recrues, Alain a ainsi embauché plus d’une dizaine de déplacés syriens qualifiés.
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Alors que Beyrouth se revendique capitale culinaire de la région, la question se pose de savoir si cette fuite de travailleurs qualifiés vers l’étranger ne risque pas de porter atteinte à la qualité des services. Car en ces temps de crise, il est de plus en plus difficile de retenir les jeunes talents désabusés, comme en témoigne Firas, 32 ans, chef à Beyrouth. « C’est un secteur très difficile, explique-t-il. Le problème est que les restaurants n’emploient en général qu’un seul chef, lequel est chargé de former l’ensemble des employés de la cuisine. » Firas, comme beaucoup d’autres de ses pairs, a alors fortement pensé à émigrer. « Je n’ai jamais été attiré par les pays du Golfe et j’ai toujours souhaité rester au Liban, mais aujourd’hui, vu la situation, j’avoue être tenté de quitter le pays. » Firas confie qu’il s’est vu offrir une place de chef à Dubaï pour 5 000 dollars par mois contre 2 000 dollars qu’il perçoit aujourd’hui ici, en travaillant de jour comme de nuit. « Mais ce n’est pas pour demain, conclut-il, révolté. Je n’ai malheureusement pas pu obtenir de visa, ni pour Dubaï ni pour l’Arabie saoudite, du fait de la consonance de mon nom de famille. Des raisons politiques, comme tout ou presque au Liban. »
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