Le président américain Barack Obama en compagnie du Premier ministre irakien, Nouri al-Maliki, lors de la visite de ce dernier à Washington pour discuter des moyens de combattre el-Qaëda. Mandel Ngan/AFP
Barack Obama a recu hier le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki, en quête d’aide des États-Unis pour lutter contre la flambée de violences la plus meurtrière que connaît l’Irak depuis cinq ans, deux ans après le départ des soldats américains.
La dernière fois qu’il avait reçu M. Maliki à la Maison-Blanche, le 12 décembre 2011, le président américain, élu sur la promesse de mettre fin à l’engagement militaire dans le pays, avait affirmé que « nous sommes parvenus à un Irak qui se gouverne tout seul (...) et qui a un potentiel énorme ».
À la même époque, il avait parlé de « réussite extraordinaire » de son pays en Irak et assuré qu’après presque neuf ans d’occupation, « nous laissons derrière nous un État souverain, stable, autosuffisant, avec un gouvernement représentatif qui a été élu par son peuple ».
Cet optimisme semble déplacé deux ans plus tard, au moment où les attentats ensanglantent quotidiennement l’Irak. Plus de 5 400 personnes ont péri depuis le début de l’année dont 964 en octobre, le mois le plus meurtrier en Irak depuis avril 2008 selon des chiffres officiels publiés hier, en dépit d’opérations militaires d’envergure et de mesures de sécurité renforcées. Le bilan total des morts est le plus élevé depuis avril 2008, où 1 073 personnes avaient été tuées. Le pays sortait alors d’un conflit confessionnel ayant fait plusieurs milliers de morts.
Pour l’ancien ambassadeur américain en Irak, James Jeffrey, ces violences « pourraient mettre le pays en pièces si Maliki et les États-Unis n’agissent pas rapidement ».
Depuis son arrivée mercredi à Washington, M. Maliki a multiplié les rencontres avec l’exécutif, au Pentagone et avec les élus du Congrès. Jeudi, il a plaidé pour que la communauté internationale mène une « troisième guerre mondiale » contre le « virus » el-Qaëda.
Manifestation devant la Maison-Blanche
Barack Obama, dont l’entretien avec M. Maliki a duré plus d’une heure et demie dans le bureau Ovale, a assuré que les États-Unis soutenaient l’idée d’un « Irak rassembleur, démocratique et prospère ».
Le Premier ministre a noté de son côté que la démocratie dans son pays était « fragile mais très importante », évoquant une aide des États-Unis pour « développer et reconstruire l’Irak ».
Notant le regain d’activité de la nébuleuse extrémiste d’el-Qaëda, le président américain a affirmé face aux journalistes que son hôte et lui avaient « beaucoup discuté de la façon dont nous pouvons œuvrer de concert à lutter contre cette organisation terroriste ».
Quelque 150 personnes se sont rassemblées devant la Maison-Blanche pour protester contre la visite de M. Maliki, en particulier des membres du groupe d’opposition iranien Moudjahidine du peuple. Ces derniers réclament une enquête sur l’attaque contre le camp d’Achraf par l’armée irakienne le 1er septembre, qui a fait 52 morts selon un décompte de l’ONU.
Jeudi, le porte-parole de la présidence américaine a reconnu une « augmentation de la violence » en Irak que les États-Unis « condamnent de la façon la plus ferme ». Mais Jay Carney a affirmé qu’el-Qaëda échouerait dans ses tentatives de « provoquer des cycles de représailles religieuses ».
Un responsable du département d’État avait expliqué la veille que son pays avait l’intention d’aider l’Irak à lutter « de manière efficace » contre el-Qaëda, y compris en fournissant des équipements militaires, comme requis par M. Maliki. « Les Irakiens nous ont demandé des systèmes d’armement (...). Nous soutenons ces requêtes et nous travaillons très étroitement avec le Congrès là-dessus », a ajouté ce diplomate, refusant d’entrer dans les détails.
Le principe d’une aide accrue à l’Irak en matière de sécurité est soutenu par d’influents sénateurs républicains et démocrates. Mais mercredi, ces derniers ont critiqué M. Maliki, un chiite, lui attribuant la responsabilité partielle de la reprise des violences par sa « politique sectaire et autoritaire ». Ces « poids lourds » du Sénat ont aussi exigé de M. Obama qu’il fasse comprendre à M. Maliki que « l’influence pernicieuse de l’Iran au sein du gouvernement irakien constitue un problème sérieux dans notre relation bilatérale ». Selon eux, Téhéran utilise notamment l’espace aérien irakien pour convoyer du matériel militaire au profit des forces du régime de Bachar el-Assad en Syrie, pays en proie à une guerre civile qui menace de déborder dans l’ouest de l’Irak voisin. M. Maliki a réaffirmé jeudi la neutralité de son pays dans ce conflit.
Jeudi soir, le porte-parole de M. Maliki, Ali Moussaoui, a qualifié les discussions jusqu’ici menées par le Premier ministre à Washington, notamment avec le vice-président Joe Biden, de « sérieuses et fructueuses ». Selon la Maison-Blanche, M. Biden, plus particulièrement chargé du dossier de l’Irak par M. Obama depuis 2009, « a réaffirmé l’engagement des États-Unis à équiper (militairement) les Irakiens pour combattre el-Qaëda ».
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