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À La Une - Crise

Une nouvelle stratégie devient urgente pour enrayer les violences en Irak

Les mesures de sécurité établies par le gouvernement sont inefficaces et renforcent les rancœurs, notamment chez les sunnites.

L’Irak a besoin d’une stratégie sur le long terme pour parvenir à endiguer la vague de violences sanglantes et instaurer la confiance chez les citoyens, lassés des mesures de sécurité contraignantes et inefficaces, estiment les experts.


Les violences actuelles, les pires que l’Irak ait connues depuis 2008, ont fait plus de 650 morts depuis début octobre et plus de 5 350 depuis le début de l’année, selon un bilan établi par l’AFP à partir de sources sécuritaires et médicales. Les bombes frappent les marchés, les mosquées, les mariages et les funérailles, les Irakiens sont abattus par des hommes armés en pleine rue ou même chez eux, et les forces de sécurité sont également souvent la cible d’attaques. Le mécontentement croissant de la minorité sunnite, au pouvoir sous Saddam Hussein, qui se plaint d’être marginalisée politiquement et d’être la cible d’arrestations injustes, a favorisé cette flambée de violences.


Le gouvernement de Nouri al-Maliki, dominé par les chiites, mène depuis des mois des campagnes à grande échelle pour tenter de lutter contre la violence mais sans résultat. « La stratégie (du gouvernement) en matière de sécurité comporte de nombreuses défaillances », estime Michael Knights, un chercheur au Washington Institute for Near East Policy. « Il n’y a pas d’effort véritable pour faire la distinction entre le noyau dur des insurgés et des miliciens moins engagés », indique-t-il. Et finalement, la politique du gouvernement a l’effet inverse et incite des sunnites modérés à plus de violences, ajoute-t-il. « Ce conflit trouve ses racines dans les griefs communautaires et cela peut être réglé à travers la médiation, la création d’emplois, la confiance, l’investissement et des améliorations durables et visibles du niveau de vie », affirme John Drake, spécialiste de la sécurité pour la société de gestion des risques AKE Group.

 


La population irritée
Selon lui, les autorités irakiennes devraient aussi faire des efforts sur le long terme en soutenant notamment les Sahwas, les miliciens sunnites anti-Qaëda qui avaient contribué au cours des dernières années à réduire les violences. Il souligne également que des détentions sans preuves suffisantes, notamment de membres de la communauté sunnite, peuvent attiser les rancœurs et les violences. Maria Fantappie, une analyste de l’International Crisis Group, plaide pour sa part en faveur du développement des réseaux de renseignements et d’un recrutement local des forces de sécurité dans les zones sunnites.


En attendant, si les mesures de sécurité mises en place par le gouvernement n’ont pas permis de maîtriser la vague de violences, certaines ont considérablement compliqué la vie quotidienne des citoyens, de plus en plus irrités. Ainsi, la traversée de la capitale peut prendre des heures quand les points de contrôle à Bagdad provoquent des embouteillages monstres et coïncident avec le jour de bouclage de certaines rues. Les barrages étant souvent tenus par des policiers peu vigilants, selon des témoins, ou des soldats se servant de « détecteurs » d’explosifs jugés inopérants par les spécialistes, il y a peu de chances qu’ils permettent la découverte d’armes ou d’explosifs. En outre, depuis le mois dernier, de nombreux habitants de Bagdad ne sont autorisés à utiliser leur véhicule qu’un jour sur deux, les obligeant à prendre le taxi, dans un contexte économique déjà difficile. Enfin, dans certaines régions où les insurgés sont particulièrement actifs, les maisons sont régulièrement visées par des descentes et des fouilles. La situation « a échappé des mains » du gouvernement, estime Mahdi, dont le cousin de 17 ans a été tué dans l’explosion d’une voiture piégée à Bagdad ce mois-ci. Quand « on sort, on ne sait jamais si une explosion va se produire (et) va nous tuer ».

 

 

Pour mémoire

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