Hier, un attentat à la voiture piégée dans un quartier alaouite du sud de Homs a fait un mort et 43 blessés, selon la télévision officielle syrienne. HO/SANA/AFP
L’armée syrienne s’est emparée hier d’une localité-clé près de Damas, dans son offensive pour séparer le sud de Damas d’une banlieue rebelle, a affirmé un responsable militaire. « Nous avons expulsé les hommes armés et pris le contrôle de Hteitit el-Turkman », près de la Ghouta orientale, bastion de la rébellion, selon cette source. Selon le responsable militaire, l’opération vise « à grignoter des territoires tenus par les terroristes (la phraséologie du régime pour désigner les rebelles) et prendre le contrôle de la Ghouta orientale ». « L’armée a également repris des sites militaires », a ajouté cette source. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), les combats ont commencé il y a trois jours et ont fait 25 morts dans les rangs de l’armée et 17 parmi les rebelles.
De même, de violents combats opposaient hier des combattants kurdes aux jihadistes pour le contrôle d’Alyaaroubié, une localité proche de la frontière irakienne, a indiqué l’OSDH. Pour les Kurdes comme pour les jihadistes, il est essentiel de contrôler les localités près de la frontière avec l’Irak, points de passage pour les hommes et les munitions. Ailleurs, un attentat à la voiture piégée dans un quartier alaouite du sud de Homs a fait un mort et 43 blessés, selon la télévision officielle syrienne.
En outre, et au lendemain d’une attaque rebelle contre un gazoduc alimentant la principale centrale du sud du pays, le courant a été rétabli dans certaines provinces et les réparations sont en cours pour un retour total du courant dans les 48 heures, selon des sources officielles. En outre, vingt-deux cas présumés de poliomyélite ont été détectés en Syrie, où la maladie virale avait été éradiquée il y a 14 ans, a annoncé hier l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
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Énième enlèvement
Sur un autre plan, la Russie est en train de vérifier des informations sur l’enlèvement présumé en Syrie d’un Russe par des rebelles, après la diffusion la veille sur Internet d’une vidéo montrant cet homme, a déclaré hier une source au ministère des Affaires étrangères. Une vidéo montrant un homme barbu parlant russe et disant s’appeler Sergueï Gorbounov a été diffusée mercredi sur des sites jihadistes et sur YouTube. Il y affirme avoir été enlevé à l’aéroport militaire de Mennegh, dans la province d’Alep, conquis par les rebelles début août. L’otage indique que ses ravisseurs proposent de l’échanger, via le Comité international de la Croix-Rouge, contre un Saoudien capturé à Hama par le régime syrien, Khaled Souleïman. L’agence de presse officielle russe ITAR-Tass a indiqué, sans toutefois préciser ses sources, que l’enlèvement avait été revendiqué par la Katiba al-Muhajireen, une brigade jihadiste très majoritairement constituée de combattants étrangers, dont de nombreux Tchétchènes, qui s’est illustrée notamment par des vidéos sanglantes de décapitation.
Dans ce contexte, l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), dont des experts se trouvent en Syrie depuis le 1er octobre, a dit mercredi s’attendre à recevoir dans les 24 heures du régime de Bachar el-Assad le programme de destruction de son arsenal chimique, soit avant la date butoir de dimanche. Il s’agit de la prochaine étape prévue dans l’accord russo-américain prévoyant la destruction de l’arsenal chimique syrien pour mi-2014. Damas avait précédemment transmis un inventaire de ses sites de production et de stockage qui sont en cours d’inspection par des experts dans le cadre de la mission conjointe ONU/OIAC. Après la remise de son inventaire, le conseil exécutif de l’OIAC fixera d’ici au 15 novembre les différentes dates butoirs pour la destruction des armes prohibées. La Suède a d’ailleurs annoncé hier qu’elle allait mettre à disposition des Nations unies un avion militaire pour contribuer à la mission de destruction.
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L’OIAC avance...
Les experts ont déjà inspecté 18 des 23 sites et ont procédé « à des activités de destruction des équipements de production sur tous ces sites, à l’exception d’un seul », selon l’OIAC. La chef de la mission ONU/OIAC, Sigrid Kaag, s’était d’ailleurs félicitée de la « totale coopération » du régime, dont l’acceptation de détruire son arsenal chimique lui avait évité une frappe américaine. Cette destruction d’armes prohibées est pratiquement l’unique élément positif dans le conflit en Syrie, qui a fait en plus de deux ans et demi environ 115 000 morts, poussé à la fuite des millions de Syriens et dévasté le pays.
Parallèlement, le médiateur international Lakhdar Brahimi poursuit une tournée régionale pour tenter de réunir les protagonistes autour d’une même table à Genève, sans succès apparent pour le moment. Après maintes annonces contradictoires, la Coalition de l’opposition, principal groupe d’opposition, doit décider le 9 novembre si elle participe ou non à cette réunion. L’opposition refuse de s’asseoir à la même table que le régime et a écarté toute présence de M. Assad dans une transition. Quant au régime, qui ne reconnaît pas cette opposition, il dit être prêt à participer à la conférence, mais exclut tout départ de M. Assad, qui s’est d’ailleurs dit prêt à se représenter à l’élection présidentielle de 2014.
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« Une autre vie »
Pendant ce temps, en Bulgarie, un groupe de résidents d’origine syrienne se mobilise pour apporter une aide quelconque, même minimale, aux réfugiés arrivés dans ce pays pourtant déjà pauvre. « Ils sont nos compatriotes. Les aider, c’est notre devoir », déclare Aladin Harfan devant une école de Sofia reconvertie en asile, tandis que des réfugiés déchargent une livraison de pain arabe offert quotidiennement par cet entrepreneur d’origine syrienne. À l’intérieur, un autre Syrien de Bulgarie, l’ingénieur Akram Nayouf, aide des médecins volontaires : il traduit, explique, tente d’apaiser les craintes des enfants et de leurs mères qui attendent leur tour. Plus de la moitié des 380 résidents de ce centre sont des enfants, le plus jeune est âgé de six mois. Depuis le début de l’année, environ 8 000 immigrants clandestins sont entrés depuis la Turquie en Bulgarie, soit sept fois plus que sur la même période de l’an passé, et leur nombre devrait grimper à 11 000 jusqu’à la fin décembre. Plus de 60 % sont des Syriens fuyant la guerre civile, la plupart sont des femmes et des enfants, selon le gouvernement.
Ce pays des Balkans, le plus pauvre de l’Union européenne, s’est retrouvé complètement dépassé par cet afflux. S’il a ouvert trois asiles, s’ajoutant aux trois existants et aux deux centres de rétention, rien ou presque n’a été fait pour les encadrer ou les approvisionner en nourriture. La misère dans les asiles a incité la communauté syrienne – environ 1 300 personnes dont la plupart des anciens étudiants en Bulgarie communiste, qui s’y sont établis – à réagir. Un
comité de cinq personnes, destiné à servir de médiateurs et organiser l’assistance, a été créé. « Nos hommes d’affaires aident avec ce qu’ils peuvent – nourriture qu’ils produisent, argent, logistique, contacts, volontaires qui traduisent et expliquent. Beaucoup de Bulgares qui veulent contribuer s’adressent à nous aussi », déclare Nidal Algafari, membre de ce comité.
La plupart de la nourriture, du lait pour les bébés ou des vêtements proviennent de dons, les réfugiés ne touchant que 33 euros par mois par personne. Le comité travaille aussi avec le gouvernement et contribue à l’accélération des procédures d’octroi de statut humanitaire et de réfugiés, et à la nomination de médiateurs arabophones dans les asiles. « Nous avions peur et avons voulu échapper à la guerre. Nous avons pensé que c’était l’UE, que nous y trouverions une autre vie et que tout irait bien », raconte Zobar Hussein, 20 ans, ancien étudiant en géologie de Homs. Avec neuf membres de sa famille, originaire la ville syrienne de Qamishli dans le nord-est, il a traversé toute la Turquie avant de pénétrer en Bulgarie. Puis il évoque les procédures lentes à leur arrivée, et surtout les difficultés dans cet asile plein à craquer, sans eau chaude, sans cuisine ni chauffage, où cinq familles sont entassées dans une seule salle de classe et où l’absence d’encadrement nourrit un sentiment d’insécurité. Le médiateur de la République, Kostantin Pentchev, a récemment tiré la sonnette d’alarme, dénonçant « un manque d’hygiène flagrant » et des conditions de vie « inhumaines » dans ces nouveaux asiles ouverts à Sofia. « Tout est mieux cependant que ce que nous avons vécu en Syrie. Nous remercions tous ceux qui nous aident. Le pays fait ce qu’il peut, mais il est pauvre aussi », reconnaît M. Hussein.
La peur, la barrière linguistique et les différences culturelles prendront du temps à être surmontées, estime M. Algafari. « Il est important de faire comprendre que ces gens ne menacent en rien la sécurité nationale », ajoute-t-il en référence à des déclarations anti-immigrants dans certains médias bulgares ces dernières semaines. « De ce point de vue, ce dont ils ont tous le plus besoin en ce moment, peut-être plus que de toute aide matérielle, c’est d’’être compris », estime-t-il.
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