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L’évangile des sous-sols, selon Salim Eddé

Patrimoine Mille quatre cent quatre-vingts spécimens minéralogiques et troisième plus grande collection privée du monde : le musée MIM, créé par Salim Eddé, est tout simplement un joyau exceptionnel. Il sera inauguré demain samedi par le président de la République Michel Sleiman, et ouvert au public à partir de lundi. Un cadeau inestimable.
May MAKAREM | OLJ
11/10/2013

Situé au sous-sol d’un des bâtiments du campus de l’innovation et du sport de l’Université Saint-Joseph à Beyrouth, le MIM est un lieu inédit pour au moins trois raisons. Un : c’est le premier musée au Liban consacré au monde minéral. Deux : c’est un musée d’envergure internationale renfermant une époustouflante collection de minéraux. Trois : c’est un musée plus ambitieux qu’un musée traditionnel, parce que ce MIM n’est pas seulement un écrin pour des précieux petits ou gros cailloux, mais un lieu qui propose à travers les écrans et les tablettes tactiles un voyage virtuel au cœur de la Terre !


Ainsi, le visiteur découvrira (ou se souviendra) que celle-ci se compose de roches, que les roches sont faites de minéraux, lesquels sont formés d’éléments. Il se familiarisera aussi avec la tectonique des plaques, le cycle de la roche et la formation des minéraux ; de leurs couleurs et leurs formes, leurs propriétés chimiques et électromagnétiques, le milieu géologique dans lequel ils ont évolué, sans oublier les grands gisements mondiaux et les circuits commerciaux qui leur sont associés. En un mot, l’immersion dans la palpitante aventure des temps immémoriaux est totale. En français, en anglais ou en arabe.

 


L’aube des temps
La « collection systématique » accumulée par Salim Eddé témoigne de la beauté et de l’incroyable diversité du monde minéral. Tout y est : des blocs de diamant, de rubis, d’émeraude, d’aigue-marine, de topaze, de saphir, d’opale, de tanzanite, de péridot et d’or déclinent une taille impressionnante. Et de jolis classiques au fort impact visuel comme les calcites, les quartz, les fluorines, les rhodochrosites, les tourmalines, les béryls, les chalcocites, les améthystes et les malachites... Mais cela ne s’arrête pas là : les rétines du spectateur-promeneur sont littéralement happées par des espèces beaucoup plus rares et peu connues comme la spangolite, la géocronite, la parahopeite, etc. De véritables sculptures façonnées depuis l’aube des temps par la magie de la nature, qui révèlent à l’œil nu des formes spectaculaires, des couleurs et des éclats exceptionnels, et une prodigieuse géométrie microscopique de l’empilement des atomes qui les constituent.


L’ensemble de ce trésor a été recueilli avec « patience » et « ténacité » aux quatre coins du monde, notamment dans de vieilles et prestigieuses collections comme la Miguel Romero, démantelée et vendue par ses héritiers en 2008; la Joseph A. Freilich mise aux enchères chez Sotheby’s à New York, en 2001; ou encore celles de Steve Smale, de Wilber, de Weill et Horner... Salim Eddé a même réussi à acquérir des morceaux provenant des musées de Houston, de Tucson et du British Museum pour les rajouter comme « trophées » à la collection du MIM. Aujourd’hui, le nom du collectionneur libanais figure dans le livre Les Minéraux remarquables de Jean-Claude Boulliard (collection UPMC – La Sorbonne).

 


Inondé de lumière
À l’entrée des salles d’exposition se dresse un grand cristal de quartz du Brésil. Ce monocristal transparent sur près des 3/4 de sa longueur (c’est-à-dire 77 cm) pèse 100 kg. La base est laiteuse et intacte (le cristal n’a pas été arraché de sa gangue et il est complet de tous les côtés) ; elle est garnie de restes de lames de clevelandite. La terminaison supérieure est pointue et le cristal pratiquement intact, ce qui n’est pas courant pour un objet de cette taille. « Trouver un échantillon de cette taille, transparent malgré son épaisseur, non ébréché et montrant parfaitement les angles de 120° entre les faces n’a pas été facile », signale le collectionneur, « de telles pièces sont très rares, et lorsqu’elles sont découvertes, elles finissent souvent sur la roue du lapidaire pour être transformées en objets divers (sphères ornementales, bijoux, etc.)

 


Secret du Sud
Le magnifique musée conçu par Fadlallah Dagher abrite aujourd’hui cette collection de 1 480 minéraux, mis admirablement en évidence par une scénographie signée Suzy Hakimian, conservatrice en chef du musée, et la société française Aïnu.


Sur une surface de 1 300 m², le MIM déploie un luxe de matériaux en parfaite harmonie avec la richesse de la collection. Il y a du quartzite d’Inde pour le sol et les murs de l’espace Crystal consacré aux événements culturels. Il y a du labradorite de Norvège pour la librairie-boutique et l’escalier d’entrée. Ce minéral du groupe des silicates a la particularité de posséder un jeu de couleurs, bleu et vert à l’éclat métallique, dû à « des interférences optiques dans les lamelles qui constituent cette roche, un peu comme ce qui se passe dans l’opale ou dans les ailes des papillons », précise Salim Eddé.
De l’acier inoxydable poli a été utilisé pour le grillage entourant la cage de l’ascenseur ainsi que pour la main courante de l’escalier. La colonne centrale de la salle de réception est habillée d’acier inoxydable poli comme un miroir et décoré de triangles de laiton brossé, évoquant les motifs géométriques fréquemment rencontrés dans les cristaux. Le laiton brossé revêt aussi le mur séparant la salle de réception de la salle du Trésor mais ici, « le motif géométrique est inspiré des travaux du mathématicien anglais Penrose ». L’aspect tridimensionnel de ce décor, en réalité plat, est dû à l’agencement des plaques brossées dans des angles différents.


Enfin, alors que tous les matériaux précédents ont été importés de divers pays étrangers, le Liban est à l’honneur dans les espaces d’exposition : le sol est recouvert d’une belle pierre grise venant d’une carrière du Sud (un secret est maintenu par le fournisseur sur sa provenance exacte). Elle a été traitée à l’acide pour révéler sa couleur et ses veines, tout en étant mate pour rester neutre par rapport aux vitrines d’exposition.

 


La gageure
Le musée est coiffé d’une verrière qui se dresse sur la grande esplanade donnant sur la rue de Damas. Sa structure totalement en verre décline une forme octaédrique rappelant le motif célèbre des pyramides, sur lequel sont venus s’imbriquer deux autres petits octaèdres, simulant ainsi une des plus belles fluorites de la collection. Sa réalisation a été une vraie gageure. « Comme elle devait être de grande dimension, il a fallu utiliser un verre de sécurité très épais pour en supporter le poids et éviter les accidents. Or peu de fabricants savaient manufacturer un tel verre, surtout avec des formes aussi peu courantes », raconte Salim Eddé. « Un premier fabricant ayant échoué, nous en avons recherché d’autres pour finalement passer la commande auprès du fabricant des vitrines du MIM puisque nous avions été très satisfaits de son travail. Malgré son professionnalisme, cette entreprise a aussi connu plusieurs complications occasionnant des retards dans les délais de livraison. Devant les difficultés rencontrées, nous avons même failli, à un moment donné, abandonner purement et simplement ce projet mais avons tenu bon, convaincus qu’il doterait le musée d’une structure vraiment originale. »


La persévérance a payé : le MIM affiche comme chapeau une création audacieuse et d’une grande, très grande fluidité. Fluide comme cet axiome mathématique d’une simplicité folle. Pierre(s) nous étions, pierre(s) nous finirons. En beauté.

 

 

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