Le bilan du naufrage au large de l’Indonésie du « boat people » du Moyen-Orient en route vers l’Australie a été porté hier à 36 morts.
« Nous avons retrouvé quatre autres corps ce matin, dont deux enfants », a indiqué à l’AFP Warsono, chef de la police de la région d’Agrabinta, sur l’île de Java, au large de laquelle l’embarcation a sombré vendredi.
« Nous ne connaissons toujours pas le nombre exact de personnes qui se trouvaient à bord », a ajouté Warsono qui, comme beaucoup d’Indonésiens, ne porte qu’un seul nom.
Selon des survivants et la presse locale, le bateau transportait entre 80 et 120 personnes. Vingt-huit passagers ont été retrouvés sains et saufs.
Les secours n’ont pas pu reprendre hier en raison d’une mer trop agitée.
Au Liban, quatre jours après le naufrage du bateau, l’imam de la mosquée de Kabit, Ali Khodr, a annoncé que « les corps retrouvés sont en très mauvais état et il est difficile d’identifier les cadavres ». Il a également souligné que « dix-sept rescapés sont actuellement en prison ».
Cheikh Khodr, qui est entré en contact avec Ahmad Hamzé, le délégué de Kabit qui s’est rendu en Indonésie pour suivre l’affaire, a affirmé que « la police indonésienne pourrait être de mèche avec les mafias locales et que les Libanais arrêtés pourraient être liquidés afin qu’ils ne démasquent pas les passeurs ».
Il a énuméré les noms des personnes arrêtées par la police. Il s’agit de Libanais et de ressortissants d’autres nationalités : Hussein Ahmad Khodr, Assaad Ali Assaad, Ibrahim Omar, Khaled Hussein, Omar Mohammad Soueid, Ahmad Abdo, Louaï Baghdadi, Moustapha Bou Merhi, Mahmoud Bahri, Wissam Hassan, Ahmad Khoja, Ahmad Haddad, Afrah Hassan, Mohammad Ahmad, Ahmad Toufik, Khalil Raï et Nadim Bakkour.
L’imam de la mosquée de Kabit a indiqué que « la localité est actuellement en ébullition » et que « ses habitants appellent le gouvernement libanais à faire pression sur l’Indonésie afin qu’elle libère les prisonniers pour qu’ils puissent rentrer dans leur pays ».
Citant toujours Ahmad Hamzé, il a indiqué que « le bateau transportait 120 personnes de diverses nationalités ». « Parmi eux, figuraient cinquante Libanais, a-t-il précisé. Jusqu’à présent, 55 cadavres ont déjà été repêchés. »
De son côté, l’ancien président du conseil municipal de Kabit, Ali Hamzé, a souligné que « dix-sept personnes de la localité ont trouvé la mort à bord du bateau qui devait les transporter de l’Indonésie vers les côtes australiennes ». Il a indiqué que « le problème réside actuellement dans le fait que les rescapés ont perdu leurs passeports et ils sont actuellement poursuivis aussi bien par la police indonésienne que par les mafias qui devaient les aider à se rendre en Australie. Ils sont actuellement en fuite », a-t-il affirmé, appelant « la chargée d’affaires du Liban en Indonésie, Joanna Azzi, à les aider ».
Toujours à Kabit, Ahmad Khodr, qui a perdu ses huit petits-enfants et sa belle-fille enceinte, a raconté l’histoire de son fils, seul rescapé de la famille. Le fils d’Ahmad était journalier dans une entreprise, mais il a été congédié, il y a quelques mois, à cause de la crise que traverse le pays. Il avait hypothéqué sa maison et avait emprunté de l’argent pour rassembler la somme nécessaire afin de se rendre clandestinement en Australie.
Les habitants de Kabit recevaient toujours hier les condoléances. L’évêque maronite de Tripoli, Georges Abou Jaoudé, représentant le patriarche maronite, le cardinal Béchara Raï, s’est rendu dans ce village du Akkar pour présenter ses condoléances.
Par ailleurs, l’ambassadeur du Liban en Malaisie, Ali Daher, s’est rendu en Indonésie pour œuvrer avec la chargée d’affaires libanaise dans ce pays à clore le dossier des boat people en rapatriant les corps des Libanais ayant péri dans le naufrage et en libérant ceux qui sont détenus par les autorités indonésiennes.
M. Daher a indiqué que « les autorités indonésiennes lui ont accordé la permission de se réunir avec les prisonniers libanais ».
Dans ce même cadre, Moutaz Zreika, émissaire de l’ancien Premier ministre, Saad Hariri, est arrivé à Djakarta. Il s’est réuni avec les diplomates libanais qui se trouvent sur place et s’est aussi entretenu avec des rescapés libanais. Il a indiqué que les cadavres ont été transportés dans un hôpital militaire et le Haut Comité de secours se chargera de rapatrier les corps au Liban.
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