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Culture

Rachmaninov, le dernier grand poète russe du piano...

Concert Toujours à l’église Saint-Joseph (USJ), la saison musicale, sans surprise majeure ni éclat particulier, a repris avec l’Orchestre philharmonique libanais, boosté toutefois par les accords fougueux de son invité d’honneur, le pianiste soliste Marat Gubaidullin.
01/10/2013
Reprise sagement de l’agenda des concerts du Conservatoire national supérieur de musique avec le concours du Centre culturel russe au Liban. Fidèle à ses prestations, l’Orchestre philharmonique libanais est placé sous la férule de Harout Fazlian dont on connaît déjà la direction.
Mais la vie et l’enthousiasme émergent du jeu étincelant de ce pianiste russe de trente-trois ans, originaire de Kazan, tout vêtu de noir et qui a toute l’allure d’un prince aux cheveux drus et fournis, avec un séduisant profil d’un jeune héros échappé aux pages de Tolstoï... Avec une timidité qui le rend encore plus touchant, Marat Gubaidullin approche du pupitre du chef d’orchestre et du couvercle de piano à découvert sous les applaudissements d’un public conquis d’avance avec cet obscur pressentiment qu’il y a là la graine d’un certain talent, d’un moment intemporel.
En ouverture d’un menu restreint, car incluant seulement deux œuvres exclusivement réservées à Sergueï Rachmaninov, le Concerto pour piano et orchestre n° 2 en do mineur op 18. Une œuvre qui a sauvé son compositeur de la dépression nerveuse et triomphé de la méchanceté et la férocité des critiques qui avaient pourfendu les œuvres antérieures de l’ami de Rubinstein et d’Horowitz.
Trois mouvements (moderato, adagio sostenuto, allegro scherzando) plus somptueux et retentissants l’un que l’autre, dans un ruissellement de cadences, d’arpèges, de chromatismes et d’accords qui défient les normes des mains... Il est dit que pour ces accords espacés et complexes, il est préférable d’avoir de grandes mains, comme celles de Rachmaninov lui-même... Lui, dont la redoutable réputation de pianiste virtuose l’avait devancée jusqu’à Beverly Hills.
Palette harmonique étendue pour traduire un monde intérieur bouleversé et bouleversant. Un des derniers romantiques, en fusion absolue avec un clavier littéralement déchaîné. Envolées aux morsures mordantes, arches sonores grandioses, lyrisme emporté pour une performance requérant célérité, dextérité, transes et sentiments intenses. Qualités au bout des doigts d’un pianiste au jeu à la fois lumineux et hypnotique. Une miraculeuse narration où le piano, entre chutes vertigineuses comme des pics de falaises et tendresse ouatée plus aérienne qu’une caresse d’ange, a une éloquence incomparable. Et une pétrifiante sonorité.
Pour cet opus exceptionnel (de vigueur, d’intensité et de bravoure), il est bon de rappeler les propos de Vladimir Jankélévitch (philosophe et musicologue avisé): «La seule condition requise pour recevoir le message de Rachmaninov est la sincérité; la sincérité et l’absence de tout pédantisme; la sincérité et le consentement à l’ivresse qui nous emporte. Rachmaninov est le dernier grand poète russe du piano, le dernier des musiciens inspirés, en ces temps-là le mot inspiration avait un sens.»
Un tonnerre d’applaudissements. Malgré une gracieuse révérence, pas de bis.
En seconde partie, Les Danses symphoniques. Toujours de Rachmaninov, bien entendu. Richesse orchestrale pour une des dernières compositions d’un géant de la musique russe. Dédiée à un ballet de Michel Fokine, décédé avant que le projet n’aboutisse, on retrouvera plutôt une sorte de legs testamentaire où, par-delà trois mouvements (non allegro, andante con moto, tempo di valse, lento assai-allegro vivace), le musicien, né près de Novgorod en 1973, évoque, en flamboyant et incorrigible romantique, son parcours humain.
À peine voilé, ce morceau parlant, en termes d’une cantilène grandiose ou d’accents tonitruants, de la vie et de la mort. Énergie dans ces grondements de cuivre, mais aussi crainte du jugement dernier dans ce «Dies Irae» puisant sa force des profondeurs de la terre et de la miséricorde de Dieu. On l’écoute ici, hélas, dans une baguette sous l’emprise de l’emphase, non dans sa beauté torturée, résignée, mélancolique et nuancée, mais plus portée vers un démonstratif tintamarre et effets grandiloquents.

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