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Reportage / Alep

Syrie : Quand certains islamistes protègent les chrétiens...

« Le Prophète respectait les chrétiens, donc on fait la même chose ».

Michael Oberi, résident de la Maison Mar Élias, un centre d’hébergement de l’église situé dans la vieille ville d’Alep, discutant avec un rebelle islamiste. JM Lopez/AFP

Alors que les réseaux sociaux regorgent d’évocations pratiquement jamais prouvées d’atrocités commises par les jihadistes massacrant les minorités en Syrie, un groupe de chrétiens d’Alep, dans le nord du pays, décrit les insurgés islamistes, qui les protègent selon eux, d’une façon bien différente.
Alep, du temps où elle était la capitale économique du pays, avant le début de la révolte contre le président Bachar el-Assad en mars 2011, comptait 20 à 30 % de chrétiens, soit plus du double que le taux national. Aujourd’hui, seul un petit nombre demeure, les habitants ayant fui les combats qui y font rage depuis plus d’un an. Six d’entre eux vivent dans la Maison Mar Élias, un centre d’hébergement de l’église situé dans la Vieille Ville, théâtre d’affrontements entre les rebelles qui contrôlent le secteur et les forces du régime qui tentent de les en déloger. Ces personnes âgées gardent encore en mémoire le temps où chrétiens et musulmans vivaient pacifiquement côte à côte, et se refusent à croire qu’ils puissent un jour être victimes de violences confessionnelles. « Beaucoup de gens entendent les informations selon lesquelles les islamistes sont tous des membres d’el-Qaëda, et pourchassent chrétiens et alaouites », indique une habitante du centre, Georgette Jouri. Mais ce n’est pas le cas, proteste cette femme de 71 ans. Le centre est sous la protection de l’Armée syrienne libre (ASL) et de Liwa’ al-Tawhid, une puissante brigade de combattants islamistes qui est sous le commandement de l’ASL. « Tous les matins, les hommes du (commandant de la brigade) Abou Ammar nous amènent du pain, et tous les quinze jours de la farine, du sel, du riz et des pâtes », déclare Michael Oberi, un autre résident.

« Ils nous protègent »
« Grâce à eux, on peut se déplacer librement à travers la Vieille Ville sans craindre les islamistes radicaux, présents en force dans cette partie d’Alep », explique-t-il. « Abou Ammar et ses hommes (...) nous surveillent avec vigilance. S’ils tuaient les chrétiens, pourquoi nous protégeraient-ils ? » demande pour sa part Mme Jouri. À quelques bâtiments de là, se trouve le poste de commandement de Liwa’ al-Tawhid. « Les chrétiens ne sont pas nos ennemis. Le Prophète (Mohammad) respectait les chrétiens, donc on fait la même chose », assure Abou Ammar. C’est pour cela que, selon lui, lorsque la brigade s’est emparée de la Vieille Ville, le chef Haji Mara a ordonné à ses hommes de protéger la Maison Mar Élias. « Il la connaissait parce qu’il vivait dans cette partie de la ville, et il voulait que nous les traitions (les résidents) comme s’ils étaient de notre propre famille », poursuit-il.
Pour Seij Abou Mohammad, un religieux sunnite qui fait office d’aumônier pour les combattants, si les chrétiens ont peur, c’est de la faute du régime accusé par certains d’exagérer les histoires d’atrocités contre cette communauté afin de gagner son soutien. « Nous ne ferions jamais rien à un chrétien. Nous sommes tous des frères », insiste Abou Mohammad.

Pour rien au monde
S’il reconnaît que des milices jihadistes ont tué des chrétiens, il confie sa frustration sur ce qu’il appelle les idées fausses répandues en Occident. « Ils pensent que, juste parce que nous avons de longues barbes et que nous prions, nous sommes tous des fanatiques. Ils devraient savoir que l’islam prêche la paix et le respect. »
S’agissant de l’avenir, les résidents de la Maison Mar Élias sont un peu inquiets, mais déterminés. La femme de M. Oberi, Sarb Magarian, dit espérer que la « Syrie ne se transforme pas en un nouvel Irak, où la haine est devenue la règle », avec de très nombreux chrétiens ayant fui les persécutions. « Nous n’accepterons pas que des islamistes venus de l’étranger nous imposent leur idéologie (...). Avant la révolution, toutes les communautés vivaient en paix et en harmonie, et cela devrait continuer après la guerre », indique-t-elle. Des jihadistes et des islamistes membres de groupes extrémistes forment près de la moitié des forces rebelles qui combattent le régime syrien, selon des extraits d’une étude conduite par l’institut britannique de défense IHS Jane’s, publiés lundi. Quelque 10 000 d’entre eux sont des jihadistes combattant au sein de groupes liés à el-Qaëda, selon la même source. Mais pour M. Oberi, pas question de fuir. « Je ne quitterai ma maison pour rien au monde. Si des membres el-Qaëda venaient dans cette maison et menaçaient de me tuer, cela vaudrait mieux parce que seulement un homme mort passera cette porte. »

 

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