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Guerre syrienne et paradoxe occidental

Guérir le mal par le mal... En schématisant, tel est le message que s’emploient à marteler, fort à propos, les dirigeants américains et français pour expliquer le bien-fondé d’une frappe contre le régime de Bachar el-Assad. Car une forte opposition se manifeste dans plus d’un pays contre une intervention dans le conflit syrien. Une opposition due sans doute à un puissant lobby, qui pourrait être à multiples facettes, s’appuyant sur « l’esprit munichois » de certains élus et responsables politiques ainsi que sur une faction de l’opinion publique par principe, et traditionnellement, réticente à toute opération militaire.
Cette aspiration à la paix dans l’absolu, au niveau de l’opinion publique, est certainement louable en soi. Elle a été à la base de l’initiative spectaculaire prise par le Vatican d’organiser, samedi dernier, une journée de mobilisation populaire, de jeûne et de prières un peu partout dans le monde. Sauf que dans le contexte spécifique présent, cette initiative a été perçue (c’est la perception qui compte) et a été présentée par certains médias non pas comme le reflet d’un attachement de principe, non conjoncturel, à la paix, mais comme une position ponctuelle hostile au projet de frappes occidentales contre la Syrie, et donc comme un appui, par ricochet, au régime Assad.
De ce point de vue, le timing bien précis et la médiatisation de cette initiative du Saint-siège ont reflété une maladresse certaine, d’autant que rien de tel n’a été entrepris pour dénoncer les massacres au quotidien qui prennent pour cible, au moyen de l’aviation, des blindés et des missiles balistiques, la population civile syrienne. Il paraît paradoxal de prôner l’attachement à la paix alors que la finalité (le output) d’une telle attitude risque d’être exploitée par un pouvoir assassin qui donne libre cours à sa machine de guerre. Il aurait été sans doute plus judicieux de choisir un timing et une conjoncture qui écartent sans équivoque une telle exploitation partisane.
Ce comportement paradoxal s’applique surtout aux responsables politiques et à la frange de l’opinion publique occidentale qui s’opposent au projet de frappes, soit sous l’impulsion de « l’esprit munichois », soit sous l’effet d’une attitude pacifiste qui frôle le dogmatisme. Dans l’un et l’autre cas, le paradoxe nous apparaît à son apogée si l’on approfondit quelque peu l’analyse de la situation relative à la crise syrienne.
Encore une fois, il ne sera jamais superflu de rappeler le fameux précédent des accords de Munich, en 1938, qui apportent la preuve qu’il ne sert à rien de caresser dans le sens du poil un tyran aux ambitions meurtrières, sous prétexte d’éviter la confrontation ou pour préserver la paix. Les Libanais en ont fait l’expérience en 1969 lorsque le pouvoir en place a signé avec l’OLP le tristement célèbre Accord du Caire en vertu duquel l’État s’était départi de sa souveraineté sur le Liban-Sud dans le but d’éviter la guerre civile et un conflit armé avec les Palestiniens. Pour reprendre la formule de Winston Churchill, les Libanais avaient alors accepté le déshonneur de l’Accord du Caire, et ils ont eu droit quand même à l’affrontement entre l’armée et les organisations palestiniennes en 1973, ainsi qu’à la guerre civile en 1975...
Ce que l’opinion occidentale ne perçoit pas et que certains élus feignent de ne pas voir, c’est que, paradoxalement, l’absence de réaction ferme au déchaînement du régime Assad éloignera pour de bon toute perspective de solution politique et aura pour résultat direct de provoquer une grave escalade dans les opérations militaires. Et pour cause : tout laxisme au stade actuel après la tragédie de la Ghouta reviendrait à faire parvenir à Damas un message dont il ressort que le régime en place bénéficie désormais d’une impunité totale, qu’il n’a plus à s’inquiéter d’une quelconque réaction à ses actions meurtrières, et que de ce fait il peut faire feu de tout bois, bien davantage que ce qu’il a fait au cours des deux dernières années. La conséquence immédiate ne saurait être qu’une escalade dans les combats, et une aggravation de l’instabilité dans les autres pays de la région.
Inversement, une réaction forte à la récente utilisation des armes chimiques pourrait faciliter et paver la voie à une solution, fondée sur la mise en place d’un gouvernement de transition. La longue expérience douloureuse des Libanais avec le clan Assad, depuis le début des années 70 et jusqu’à nos jours, nous a appris tout au long des décennies passées, aux dépens de la stabilité et de la sécurité du Liban, que la logique d’une solution politique équilibrée et du dialogue d’égal à égal est totalement étrangère au vocabulaire du pouvoir qui contrôle la Syrie d’une main de fer depuis plus de quarante ans.
Plaider en faveur d’un « dialogue » avec le régime Assad revient à dire que le « dialogue » était possible avec Hitler pendant la Seconde Guerre mondiale. Une solution politique n’est envisageable face à un tyran que si celui-ci est brisé ou s’il est suffisamment affaibli pour le contraindre à accepter qu’il n’est plus maître à bord.
Dans le cas de figure présent, Bachar el-Assad est effectivement réduit à sa plus simple expression, en termes de pouvoir réel. S’il parvient encore à tenir bon, c’est parce qu’il bénéficie du soutien massif, financier, militaire et politique de la Russie du président Vladimir Poutine, certes, mais surtout de l’Iran et du Hezbollah. Et c’est précisément à ce niveau qu’apparaît le deuxième grand paradoxe dans l’attitude des élus occidentaux et de la frange de l’opinion publique hostile à toute frappe militaire...
Sans l’appui de Téhéran et du Hezbollah sur les lignes de front, Bachar el-Assad n’est plus rien, en effet, sur l’échiquier régional et il ne tiendrait pas longtemps. Par voie de conséquence, toute attitude conciliante envers lui reviendrait à renforcer encore davantage l’Iran et le Hezbollah. Ceux qui s’opposent à une mise au pas sérieuse et radicale du régime Assad auraient ainsi contribué à accroître l’influence de Téhéran, lui permettant d’occuper une place prépondérante sur la rive orientale de la Méditerranée. Ils auraient aussi contribué à accentuer la puissance du Hezbollah alors même que l’Union européenne vient d’inscrire le parti chiite (pardon, sa « branche militaire » !) sur sa liste des organisations terroristes et que le parti chiite est depuis longtemps qualifié de terroriste par les États-Unis. Les pacifistes de la dernière heure auraient-ils oublié dans ce cadre que le Hezbollah a tout récemment été reconnu coupable d’actions terroristes en Bulgarie et à Chypre (pour ne citer que le cas de l’Europe) ? Auraient-ils oublié les attentats contre les quartiers généraux des marines et du contingent français de la Force multinationale à Beyrouth en 1983, la crise des otages français au début des années 80, la destruction du siège de l’ambassade US à Beyrouth, l’assassinat de l’ambassadeur Louis Delamare, et l’enlèvement puis la liquidation du sociologue français Michel Seurat ? Autant d’exemples qui s’inscrivent dans le cadre d’une stratégie à long terme et qui illustrent les méthodes d’action privilégiées de ceux que ces « pacifistes » ménagent aujourd’hui et qui ne manqueront pas de revenir, tôt ou tard, à de telles méthodes d’action sur les territoires européen et américain, si rien n’est fait pour mettre le holà à leurs desseins hégémoniques et meurtriers. C’est alors, seulement, que le dialogue et la paix seront vraiment réalisables.
Guérir le mal par le mal... En schématisant, tel est le message que s’emploient à marteler, fort à propos, les dirigeants américains et français pour expliquer le bien-fondé d’une frappe contre le régime de Bachar el-Assad. Car une forte opposition se manifeste dans plus d’un pays contre une intervention dans le conflit syrien. Une opposition due sans doute à un puissant lobby, qui pourrait être à multiples facettes, s’appuyant sur « l’esprit munichois » de certains élus et responsables politiques ainsi que sur une faction de l’opinion publique par principe, et traditionnellement, réticente à toute opération militaire. Cette aspiration à la paix dans l’absolu, au niveau de l’opinion publique, est certainement louable en soi. Elle a été à la base de l’initiative spectaculaire prise par le Vatican...
commentaires (10)

Rien n'est plus rare qu'un tyran qui vieillit et tout un monde qui l'applaudit faute de trouver au nom de la justice l'homme qu 'il faut à la place qu 'il faut . Antoine Sabbagha

Sabbagha Antoine

15 h 33, le 10 septembre 2013

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Commentaires (10)

  • Rien n'est plus rare qu'un tyran qui vieillit et tout un monde qui l'applaudit faute de trouver au nom de la justice l'homme qu 'il faut à la place qu 'il faut . Antoine Sabbagha

    Sabbagha Antoine

    15 h 33, le 10 septembre 2013

  • "Guerre syrienne et paradoxe occidental". Guerre syrienne et sottises occidentales interminables également. La plus grande sottise étant toujours de ne pas fournir les armes nécessaires à l'armée syrienne libre - ASL, très modérée et méritant tout soutien, afin qu'elle puisse déloger le régime nazi, ce qui permettrait une longue période de stabilité dans ce Moyan-Orient maudit.

    Halim Abou Chacra

    12 h 45, le 10 septembre 2013

  • Pour compléter cet article, il faut ajouter que tant que des arabes financent cette guerre et que des musulmans s'entretuent, cela fait l'affaire des occidentaux et d'Israel. Donc il est certain que personne ne veut intervenir pour sauver une population contre la tyrannie d'un régime sanguinaire. Cette guerre en Syrie va durer des années car elle fait l'affaire des Américains et des Israéliens. Carlos Achkar

    carlos achkar

    12 h 40, le 10 septembre 2013

  • Unidirectionnel , Munich pour Hitler, Munich pour Saddam mais dans ce cas on n'en parle pas , les victimes étaient du camp adverse des commanditaires (euro/us). Unidirectionnel , le mensonge pour l'Irak ne peut en aucune façon être un mensonge pour la Syrie , les victimes sont du côté des commanditaires(euro/us). Unidirectionnel, le dialogue entre les agresseurs euro/us et les viet congs était possible, malgré le gazage des populations viet namiennes , mais ne doit pas l'être avec Bashar parce que Bashar est de l'autre côté de la barrière, celui des résistants à la politique destructrice des armées du complot .Et puis unidirectionnel , tout court . Les euro/us ont intérêt à saisir la balle russo/iranienne au bond , une fois le chimique sous contrôle, le travail sera accompli par d'autres moyens , et expect everything ! Never forget !

    Jaber Kamel

    12 h 37, le 10 septembre 2013

  • C’est cela des ’’’aventures militaires’’’. Voilà que les hommes d’Eglises rejoignent des intellectuels laïcs peut-être qu’ils se disent, qu’Assad de Damas ne vaut même pas une guerre. Des villes et des villages en ruines, une économie liée aux Baxter financier iranien, une armée de shabihas alaouite, pour que finalement se décide la partition de Syrie. L’idée que taraude Obama (Prix Noble, ne l’oublions pas) est la suivante : Est-il temps de remercier Assad pour ses bons et loyaux services depuis un demi siècle !!!

    Charles Fayad

    12 h 20, le 10 septembre 2013

  • Plusieurs idées dans cette analyse ! A chaque montée des dangers montent au créneau les hommes de religion. Que des religieux font des veillées de prière à l’approche d’une guerre, cela s’appelle faire son travail. On a vu comment Mgr Raï appelle à la retenue, et Youhanna X fait le voyage en Jordanie pour "expliquer" à son Roi la situation des chrétiens d’Orient, alors qu’il était préférable de s’adresser au petit Tsar, pour dissiper des rumeurs que le patriarche des Orthodoxes n’est pas en odeur de sainteté au Kremlin. En Occident, d’aucuns parlent non d’une démocratie, mais d’une "dictature élue", on est loin des débats qui faisaient rage quand les partis communistes pour ne citer qu’eux, dénoncent les dictatures et les injustices "partout où elles se trouvent. Et hop on parle des risques et dangers d’une intervention militaire comme le fait remarquer JF Kahn ce matin "que le seul parti de gauche dans le monde à approuver, et même à exiger, des frappes, le seul, est le Parti Socialiste français." Un autre intello de 'gauche' : "mon opinion sur la Syrie : soutien aux révolutions arabes et opposition aux aventures militaires occidentales".

    Charles Fayad

    12 h 18, le 10 septembre 2013

  • SONT-ILS TOMBÉS DANS UN PIÈGE RUSSE LES OCCIDENTAUX ? L'ANALYSE DIT : LOIN DE LÀ ! LES TRACTATIONS VIA MERKEL PARLENT DU DÉBARRASSEMENT IMMÉDIAT DES ARMES CHIMIQUES QUI DEVRAIENT ÊTRE, SOUS LA SUPERVISION DE L'ONU, EMBRAQUÉES POUR LA SYBERIE... LE DÉPART DU LIONCEAU PEUT-ÊTRE AVEC OU UN PEU PLUS TARD... LA FORMATION D'UN GOUVERNEMENT DE TRANSITION... PLUS LA DISSOLUTION NÉCESSAIRE DES ORGANISATIONS TERRORISTES ET EXTRÉMISTES QUI PILLULENT DANS LE PAYS... COMMENT TOUT çA POURRAIT S'ACHEVER ? WAIT AND SEE... C'EST LA DEVISE !

    SAKR LOUBNAN

    11 h 48, le 10 septembre 2013

  • Excellent article, mais encore faut-il que les conseillers, les politiques et les dits experts dans les pays occidentaux se réveillent et voient les chose tel quel. Ils prennent malheureusement les décisions qui les arranges a court terme et laissent en héritage au prochain gouvernement la m... qu'ils auront créé ou laissé derrière. C'est encore une fois les peuples qui en paieront le prix. De toute manière, et dans les deux cas, Russie ou USA, les deux sortent gagnant gagnant de cette affaire. Les imbéciles s’entre-tuent avec haine et acharnement, détruisent leurs infrastructures, massacres leurs propres peuples, dépensent leurs sous pour se faire le lus de mal possible, alors que les Poutines et Obamas, eux, comptent les sous et contrôle, d'une manière ou d'une autre la région malgré tous les dites moumana3aat qui n'ont moumana3é que la paix, le progrès et la prospérité!

    Pierre Hadjigeorgiou

    09 h 24, le 10 septembre 2013

  • Si l'option russe est entérinée internationalement telle que proposée, les démocraties occidentales seraient en train de creuser le tombeau de leurs propres démocraties et celui de toutes les chances d'une paix juste et équilibrée en Syrie. Plus grave encore, c'est l'acceptation d'une équation insupportable entre la Paix des dictateurs et la Mort de leurs citoyens, et une désintégration de la Conscience Internationale face à des crimes de guerre insoutenables, autrement dit: une mort de plus en plus probable du sens même de la Paix dans le monde. Le Monde doit comprendre que l'important dans cet acte abominable c'est la PUNITION et non la mobilisation pour éviter la frappe...!

    Salim Dahdah

    08 h 50, le 10 septembre 2013

  • LES GENS ne supportent plus de se faire traiter de "Pacifistes". Ni d’être atteints de déviationnisme anti- Guéguerre ! A peine une allusion dans ce genre, que les "visés" style François, Vladimir, le Berger ou même Bossfééér se mettent à piailler qu’elles n’ont jamais de telles horreurs professé ; que le fait de les en accuser les blessent, et que n’importe quel "Sain" d’à côté pourrait en témoigner. Toujours est-il qu’ils s’agitent pour ne rien dire, ou pour finir par ne dire que des "inepties". On conçoit que s’ils s’agitent ainsi, c’est qu’ils sont ainsi depuis la "guéguerre" en sœur- syrie, période où on s’encanaille volontiers en éructant des "bääSSyniânneries". En fait, ils ne sont pas Mère Theresa, car elle est une sœur réfléchie qui dose avec retenue ses appréciations. Et certains, s’ils évoquaient même leurs noms, se laisseraient aller aux pires outrages car ils donnent vite prise ! D’ailleurs, ils protestent ferme lorsqu’on affirme que ce qu’ils racontent est "néfaste", et qu’entre l’Anti-guéguerre qu’ils assument et l’Anti-"sunnisme" que soi-disant ils récusent il n’y a même plus l’épaisseur d’une soutane, d’une chapka ou d’un képi. Depuis, et pas au grand dam de thuriféraires Bigleux, eux que toutes les "bääSSyniânneries" devraient humainement faire réfléchir n’en ont cure, et c’est ostensiblement avec l'aSSadique "Chéri" qu'on dirait qu’ils s'acoquinent....

    Antoine-Serge KARAMAOUN

    03 h 34, le 10 septembre 2013

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