Plus de 726.000 Syriens ont trouvé refuge au Liban depuis l'éclatement du conflit en Syrie en mars 2011. AFP
L’afflux des réfugiés syriens au Liban – plus de 726 000 avec le risque de dépasser le million – continue de poser des défis au gouvernement libanais. Ce sujet a été hier au centre de l’entretien que la coordonnatrice des secours d’urgence de l’ONU, Valérie Amos, a eu avec le Premier ministre libanais sortant, Nagib Mikati. « Il est important d’approfondir l’examen de l’impact de la crise syrienne sur l’économie du Liban. J’ai indiqué hier au Premier ministre que moi-même et d’autres représentants d’agences onusiennes sommes d’ardents défenseurs pour un soutien international » au pays du Cèdre, a-t-elle indiqué hier à L’Orient-Le Jour, lors d’une vidéoconférence de presse tenue à partir de Beyrouth en présence de Robert Watkins, représentant du secrétaire général des Nations unies pour les Affaires humanitaires et du PNUD au Liban.
Valérie Amos a lancé un appel pour lever 3,3 milliards de dollars supplémentaires pour faire face aux besoins humanitaires découlant de la crise en Syrie avec le cortège de réfugiés au Liban, en Turquie, en Irak et en Jordanie. « Avec l’incertitude d’une guerre qui pointe, le nombre de réfugiés risque d’augmenter et la crise s’aggraver, a-t-elle averti. Nous avons lancé un appel de soutien pour la Syrie et les pays avoisinants. Les besoins totaux de l’ensemble de l’année 2013 s’élèvent à 4,4 milliards de dollars. Ce chiffre augmentera de manière substantielle. » Pour la Syrie et les pays avoisinants, nous avons pu lever environ 40 % de cette somme. « Les organisations et agences humanitaires de l’ONU ont pu rassembler 6 milliards de dollars destinés non seulement à la Syrie mais aussi au Yémen, Soudan, Afghanistan et autres. Car les besoins sont urgents », a-t-elle dit.
Un flux en hausse
Avec les bruits de bottes et la possibilité d’une frappe contre la Syrie, le Liban se trouve face à des défis humanitaires et économiques insurmontables. « Le flux de réfugiés syriens continue d’augmenter au Liban », dit Amos. Comment prévenir alors une autre crise qui risque d’aggraver davantage la situation des réfugiés syriens et aussi celle de la population libanaise ? Rappelant les promesses d’aide financière de 1,5 milliard de dollars obtenues lors de la conférence du Koweït, Valérie Amos a indiqué à L’Orient-Le Jour que les pays donateurs « ont réalisé leur promesse » et « que la somme restante du Koweit est extrêmement minime. Il est important de les remercier ».
La responsable onusienne a aussi indiqué que l’appel du gouvernement libanais « est inclus dans notre document d’appel. J’ai demandé à Robert Watkins d’évaluer les besoins pour mener à bien notre mission », a-t-elle dit.
(Lire aussi: L’ONU va réduire son assistance aux réfugiés syriens au Liban)
En ce qui concerne le flux croissant des réfugiés syriens au Liban cette année, Valerie Amos a eu un entretien hier matin avec le Premier ministre libanais « qui a exprimé sa préoccupation devant leur nombre croissant, représentant plus de 20 pour cent de la population. Ce qui représente un fort impact sur les services sociaux, l’éducation et sur l’économie du pays », a laissé entendre Mme Amos. Ajoutant que « le Premier ministre a aussi exprimé son inquiétude face à ce flux qui pourrait continuer de croître et face à l’arrêt du soutien international. J’ai indiqué au Premier ministre que moi-même et d’autres représentants d’agences onusiennes sommes des défenseurs ardents d’un soutien international ».
« Un fardeau énorme »
Détaillant davantage l’aspect humanitaire des réfugiés syriens au Liban, Robert Watkins a indiqué pour sa part que « la somme des contributions recueillie pour le Liban a été très généreuse mais elle ne couvre malheureusement pas le besoin total de nos objectifs, soit 38 pour cent des 1,2 milliard de dollars que nous avons demandés pour cette année. » Loin de baisser les bras, le représentant du PNUD souligne avec optimisme qu’« il reste encore le dernier trimestre de 2013. Je suis confiant que nous aurons plus. Mais le problème auquel nous faisons face est le nombre croissant de réfugiés, soit plus de 726 000. Nous craignons l’arrivée de Syrie d’un afflux massif résultant des menaces de frappes. Nous ne sommes pas encore sortis de l’auberge », dit-il, ajoutant qu’il s’attend à ce que le chiffre « dépasse le million à la fin de l’année. Et de préciser qu’il est important aussi de tenir compte de l’énorme fardeau imposé aux Libanais ».
Faisant le point sur le nombre total des réfugiés au Liban, Robert Watkins a précisé que le chiffre de 726 000 englobe les 26 000 réfugiés qui ne sont pas encore officiellement enregistrés au Liban. Sans compter qu’il y a d’autres Syriens qui se trouvaient dans le pays bien avant même la crise syrienne. Robert Watkins conclut en notant qu’« au Liban la question des réfugiés syriens a un impact énorme sur l’économie du pays. C’est pour cela que nous sommes en train de mettre sur pied une stratégie d’assistance qui porte sur l’éducation, la santé et l’infrastructure ».
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