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La classe politique libanaise se vautre dans un luxe de tergiversations

La situation
04/09/2013

Certes le Liban officiel a gagné une rémission de quelques jours rendue possible par les incertitudes dictées par le rouage des démocraties des États de la coalition qui gèrent la perspective d’une frappe contre le régime syrien.
Un temps de répit que les protagonistes libanais ne semblent pas encore décidés à mettre à profit pour accélérer la formation d’un gouvernement, en dépit de l’impératif d’un état d’urgence d’une envergure qui risque de devenir régionale, si la frappe est amorcée.


Or, à la lumière des positions exprimées par les principaux camps du 8 et du 14 Mars, rien ne prédit pour l’heure la mise en place prochaine d’un nouvel exécutif, plus nécessaire que jamais.
Ainsi, les différentes formules en cours portant sur la composition du gouvernement, défendues de part et d’autre, continuent de fluctuer entre l’équation du triple 8 proposée à l’origine par le chef de l’État et le Premier ministre désigné, que les forces du 14 Mars ont fini par avaliser à certaines conditions, et celle du 6-9-9, respectivement répartis entre les centristes ( 6), les forces du 14 mars (9) et le Hezbollah et ses alliés (9) qui ont consenti à cette combinaison garantissant, selon eux, le tiers de blocage aux deux camps.

 

(Lire aussi : Grève générale : Un gouvernement à tout prix !)


On serait presque tenté de parler de retour à la case départ pour ne pas dire d’horizon bouché étant donné l’acharnement de chaque partie à défendre ses positions voire même à faire de la surenchère, contredisant les prédictions de ceux qui ont espéré que les menaces de guerre les inciteraient à faire des compromis.


Le 8 Mars considère que la formule des trois 8 combinée au refus par le courant du Futur du triptyque armée-peuple-résistance est « irréaliste », alors que pour le camp du 14 Mars, il n’est pas question d’avaliser quelque formule que ce soit sans la consécration effective sur le terrain de la distanciation du Liban à l’égard de la crise en Syrie.


Ce principe sacro-saint est aujourd’hui plus requis que jamais, commente une source militaire, d’autant que l’enjeu syrien risque « de prendre des dimensions qui dépasseraient de loin les capacités du Hezbollah, qui serait désormais propulsé dans l’arène des grandes puissances en cas de frappe occidentale, mettant le pays et les Libanais en péril comme jamais auparavant ».

 

Quoi qu’il en soit, la guerre qui gronde aux portes de la République ne semble pas inquiéter outre mesure les chefs de file politique qui continuent en effet de se payer le luxe de la tergiversation et des polémiques infructueuses sur le plan local.

 

(Lire aussi : C’est surtout au Liban qu’Assad concrétiserait ses menaces contre la France...)


Préoccupés à suivre en parallèle avec grand intérêt les détails des menaces américaines contre la Syrie, ils ne semblent guère se soucier de leurs contrecoups au Liban, qui s’annoncent d’ores et déjà plus que sérieux.
C’est ainsi qu’il faut comprendre la poursuite de la récente controverse sur les prérogatives du chef de l’État et du Premier ministre, déclenchée par la proposition du chef du Parlement Nabih Berry en matière de gouvernement et de dialogue, que les forces du 14 Mars ont été jusqu’à qualifier d’ « anticonstitutionnelle ».
Ce à quoi les sources du 8 Mars répondent sans hésiter : « Nous connaissons parfaitement les limites des prérogatives de l’ensemble des institutions (...).Nous savons également que le respect des procédures est une règle qui s’applique de manière globale, à tous les dossiers et non de manière arbitraire ou sélective. »


Assourdi par le bruit de la guerre verbale infructueuse et anachronique à la vue des récents développements internationaux, le Liban officiel risque de ne pas entendre à temps le bruit des bottes à ses frontières ou celui des explosions visant des intérêts diplomatiques que craignent de plus en plus les milieux officiels français, turcs ou américains, en guise de réaction à une éventuelle frappe contre la Syrie.


Des sources diplomatiques rapportées par notre correspondant au palais Bustros, Khalil Fleyhane, expriment ainsi leur inquiétude de voir les sièges de leur représentation au Liban, voire même leurs diplomates, ciblés dans une action punitive suite à une attaque contre la Syrie.


C’est ainsi qu’il faut comprendre les directives données aux ambassades de ces pays vivement invitées à renforcer les mesures sécuritaires en prévision d’un tel scénario. Les sources indiquent à ce propos que l’alerte a déjà été donnée dès les premiers signaux d’hostilité envoyés au régime de Damas par le président Obama.

Ces sources occidentales ont beau rassurer le Liban qu’il ne sera pas dans le point de mire en cas d’attaque contre Bachar el-Assad , et que la stabilité de ce pays continue d’être une priorité dans cet océan de feu, sur le terrain, rien ne prédit que ce vœu continuera d’être exaucé, personne ne pouvant prévoir les réactions des différents belligérants.

 

(Lire aussi : Les quatre jours qui ont fait trembler la planète, l'éclairage de Scarlett Haddad)


Ainsi, l’éventualité d’une réaction de la part du Hezbollah contre Israël à partir du Liban-Sud est toujours de mise, comme le démontre la mobilisation de ses militants, au Sud aussi bien que dans la Békaa, depuis plusieurs jours déjà.
Une éventuelle participation du parti de Dieu en Syrie aux côtés du régime d’Assad dans la riposte aux frappes n’est pas non plus à écarter, constate un responsable sécuritaire informé qui laisse entendre que faute d’être cette fois-ci visé au Liban même, le parti chiite risque de subir les foudres de l’Occident en territoire syrien.


Une information corroborée par des rumeurs provenant du côté iranien qui aurait préconisé – une fois n’est pas coutume – la distanciation du Liban dans le cas d’une frappe occidentale, préférant une intervention du parti chiite contre Israël à partir de la Syrie et non du Liban.


S’il est en fait prématuré, voire impossible de pronostiquer les réactions militaires ou sécuritaires des différentes parties au conflit en cas de déflagration générale, toujours est-il que le Liban est appelé d’ores et déjà à se mobiliser, ne serait-ce que pour les scénarios déjà prévisibles, ou à prévenir, tels que l’accélération d’une manière notoire de l’afflux des réfugiés syriens si leur pays est pris sous le feu des navires des puissances occidentales.

Une situation qui risquerait de bouter hors de leur pays des dizaines de milliers de citoyens syriens en direction des frontières libanaises, prévoit le siège de l’Unhcr à Genève qui a commencé à considérer sérieusement cette possibilité, en élaborant des plans d’urgence.


Car si le Liban n’est pas une cible prévue dans la stratégie de l’attaque militaire escomptée contre son voisin, il n’en reste pas moins vrai que les dizaines de menaces collatérales qui pèsent sur ce pays déjà sérieusement malmené constituent de véritables bombes à retardement qu’il faut commencer à désamorcer au plus vite.

 

 

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