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À La Une - L’éditorial de Issa GORAIEB

Échecs et dominos

Quand Paris éternue l’Europe prend froid, disait Metternich, et ce jugement célèbre, accommodé à toutes les sauces et tous les continents, n’a pas manqué de donner lieu à une variante syrienne. Il est vrai que Damas s’est longtemps posé en cœur battant de l’arabisme. Et quand le cœur ne va pas...

 

Passif sur le front du Golan car jugeant plus prudent de se battre au Liban-Sud par Hezbollah interposé, allié à l’Iran contre les États frères, massacrant son propre peuple, Bachar el-Assad ne pouvait sérieusement prétendre au titre de champion de l’arabisme. Mais le dictateur aura parlé vrai sur un point, un seul : c’est la région tout entière qui risque d’exploser, prévenait-il ainsi dès les premiers balbutiements de la rébellion syrienne.

 

Les flammèches qui s’échappent du brasier syrien, les Libanais étaient, et restent, les mieux placés pour les redouter : les agressions contre leur territoire ne se comptent plus et les attentats à la voiture piégée se multiplient. Il est déjà formellement établi que Damas, poussant le vice jusqu’à mettre en œuvre des groupuscules jihadistes sunnites, théoriquement des ennemis, a commandité les récentes et meurtrières explosions de Tripoli ; et plus d’un indice permet de croire qu’il en était de même pour l’attentat de la banlieue sud de Beyrouth, lequel visait cette fois une population chiite. Et donc théoriquement amie. Aura-t-on, à Roueiss, l’honnêteté et le courage d’en tirer les conséquences et de revoir à la baisse la règle de solidarité avec la tyrannie baassiste ?

 

Ce que nul n’avait prédit en revanche, c’est le cuisant coup de soleil qu’allaient finir par attraper à la longue, à des milliers de kilomètres de la fournaise, les capitales occidentales. C’est parce que celles-ci ont lésiné sur l’aide militaire à des rebelles mal équipés que les islamistes paraissent en position aujourd’hui de récupérer la révolution, aux dépens des forces libérales et démocratiques. On a paniqué à la perspective – incertaine, au demeurant – d’un triomphe du terrorisme islamiste en Syrie et on a laissé perdurer un terrorisme étatique prouvé, patenté, déclaré. Et c’est cette longue expectative, pour ne pas dire cette apathie, qui a fait croire à Bachar el-Assad que les lignes rouges n’étaient que figures de style et qu’aucun excès ne lui était interdit.

 

Pour aggraver les choses, et de là où l’on pouvait raisonnablement escompter un premier éboulement dans l’axe Damas-Téhéran-Hezbollah, c’est au contraire un autre phénomène de ricochet qui affecte, dans l’ordre, Londres, Washington et Paris : impensable effet de dominos, où l’on voit les astreintes et contraintes de la démocratie ligoter passablement, l’un après l’autre, les gouvernants. Le Britannique Cameron est désormais hors jeu, le président Obama doit attendre un feu vert du Congrès qu’il a jugé prudent de solliciter lui-même, et le Français Hollande, confronté à une sérieuse vague de contestations, en est réduit à se voir menacer de représailles par Assad ...

 

Avant même l’irruption de l’épouvantable sarin dans le dossier syrien, c’est décidément de gaz soporifique qu’auront été victimes les dirigeants occidentaux.

 

 

Issa GORAIEB

igor@lorientlejour.com.lb

Quand Paris éternue l’Europe prend froid, disait Metternich, et ce jugement célèbre, accommodé à toutes les sauces et tous les continents, n’a pas manqué de donner lieu à une variante syrienne. Il est vrai que Damas s’est longtemps posé en cœur battant de l’arabisme. Et quand le cœur ne va pas...
 
Passif sur le front du Golan car jugeant plus prudent de se battre au Liban-Sud...
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