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À La Une - La Situation

Premiers signes d’impatience chez Salam

Salam à Baabda : « Je reste sur mes positions. » Photo Dalati et Nohra

Voilà plus de trois mois que Tammam Salam a été chargé de former le gouvernement, après avoir été plébiscité par la Chambre (124 voix en sa faveur sur 128). Hier, M. Salam laissait transparaître les premiers signes de réelle lassitude depuis le 6 avril : « La patience a ses limites », a-t-il asséné aux journalistes au terme d’une nouvelle concertation avec le président de la République, Michel Sleiman, à Baabda.
« Celle du pays, bien sûr, pas la mienne », s’est-il néanmoins hâté d’ajouter, comme pour atténuer pudiquement l’effet de sa sortie. Il n’en reste pas moins que le Premier ministre désigné ne veut en aucun cas mentir à l’opinion publique : « Soit dit très franchement, il n’y a guère de progrès », a-t-il déclaré sans ambages. Et pour cause : il souhaite toujours un gouvernement « avec la participation de tous », mais un gouvernement qui, d’une part, ne serait point menacé à chaque instant par l’épée de Damoclès que constitue le tiers de blocage, et de l’autre, consacrerait la fin des chasses gardées.


M. Salam campe donc sur ses positions et le 8 Mars sur les siennes. Mais, au fait, y a-t-il encore un seul 8 Mars ? La question mérite d’être posée, car au moment où nombre d’observateurs et d’acteurs politiques pensent qu’un éloignement est inéluctable entre le CPL et le Hezbollah, d’autres entrevoient dans la soudaine politique d’ouverture tous azimuts du général Michel Aoun une manœuvre destinée à jeter de la poudre aux yeux afin qu’au final le 8 Mars puisse obtenir son tiers de blocage par des moyens détournés.


Les tenants de cette dernière théorie se fondent dans leur analyse sur le fait que le président de la Chambre, Nabih Berry, qui négocie au nom du tandem chiite Amal-Hezbollah (et non du 8 Mars réuni), réclame cinq postes de ministres (sur 24 au total), au moment où la formation aouniste mène ses tractations de façon séparée et demande aussi quatre ou cinq ministères (pour le bloc du Changement et de la Réforme), en mettant en avant son indépendance nouvelle. Au total, le 8 Mars, qu’il soit en un morceau ou en deux, engrangerait ainsi neuf ou dix ministères. Autrement dit, il bénéficierait, le cas échéant, du tiers de blocage.


Mais cette arithmétique douteuse n’a pas eu raison, semble-t-il, des facultés du Premier ministre désigné. Dans les milieux de ce dernier, on a bien fait comprendre qu’en tout état de cause, le 8 Mars n’obtiendrait que 8 postes sur 24. Qu’il se présente en rangs unis ou dispersés ne changerait absolument rien à l’affaire.
Cependant, force est de constater que tout cela revêt un caractère purement spéculatif puisqu’à la différence de M. Salam, le 14 Mars, et en particulier le courant du Futur, ne veut toujours pas entendre parler d’une participation à un cabinet aux côtés du Hezbollah, quels que soient les parts de chacune des parties en son sein. L’alliance continue à réclamer un gouvernement formé de personnalités neutres et plus ou moins apolitiques.
Ainsi, la crise semble appelée à se prolonger, certains milieux estimant qu’avec le départ de l’ambassadeur d’Arabie saoudite, Ali Awad Assiri, rentré dans son pays pour y passer le ramadan, il n’y aura pas de perspective réelle de changement des données actuelles.


C’est dans ce contexte que s’est poursuivie hier la polémique autour des bavures attribuées à des réguliers de l’armée lors des événements de Saïda. Toutefois, deux importants développements se sont produits en rapport avec cette affaire : en premier lieu l’interrogatoire de cinq militaires, parmi lesquels un officier, et les mandats d’arrêt émis à leur encontre ; ensuite les propos – très équilibrés – tenus par le chef de l’État à ce sujet.
Tout en mettant en garde contre les attaques politiques visant l’armée libanaise dans son rôle national, le président Sleiman a clairement légitimé le recours à des sanctions individuelles pour punir toute bavure commise par certains militaires. Venant d’un ancien commandant en chef de la troupe, naturellement très soucieux du devenir de cette dernière, cette prise de position est, sans conteste, de nature à calmer les esprits tout en préservant le prestige de l’armée en tant qu’institution nationale.

 

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