Rechercher
Rechercher

Liban - L’Éclairage

Pourquoi le pourrissement fait l’affaire du Hezbollah...

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle sur Tammam Salam, point de gouvernement à l’horizon... Le Premier ministre désigné n’en est certes pas encore au stade du spleen baudelairien, mais sa patience est mise à rude épreuve. Les perspectives de formation du cabinet restent en effet bloquées et les conflits se succèdent sans espoir de solution : cela va de la polémique sur l’interprétation de l’article 69 de la Constitution relatif au droit du Parlement à légiférer à l’ombre d’un gouvernement chargé d’expédier les affaires courantes, jusqu’à la question de la prorogation du mandat du commandant en chef de l’armée, Jean Kahwagi, que le 14 Mars et le courant du Futur en particulier ont désormais décidé de conditionner par un retour d’Achraf Rifi à la tête des FSI...
Deux logiques semblent actuellement présider au jeu et aux enjeux. D’un côté, celle du vainqueur, le Hezbollah, qui tente de rejeter continuellement les conditions et les revendications du 14 Mars, lequel réclame notamment le désarmement du parti chiite et refuse de lui accorder le tiers de blocage au sein du nouveau cabinet et de consacrer de nouveau le fameux triptyque « armée-peuple-résistance ». Et, de l’autre, celle du vaincu, le courant du Futur, après le revers sunnite subi à Saïda suite à l’équipée sauvage d’Ahmad el-Assir, et surtout en raison de la dislocation interne du 14 Mars, et du piège du projet dit « orthodoxe »... Dans l’optique du 8 Mars, le camp ennemi est le grand perdant des affrontements qui se déroulent en Syrie, de la fin du règne des Frères musulmans en Égypte, du changement radical survenu au Qatar, des troubles en Turquie et du retrait opéré par l’Arabie saoudite de la région.
C’est donc dans ce contexte de grande lutte incessante entre le 14 et le 8 Mars que Tammam Salam galère, mis surtout à mal par le duopole chiite Hezbollah-Amal, qui ne recule pas d’un iota sur sa détermination à s’assurer le tiers de blocage dans le futur cabinet. Selon des sources proches du Premier ministre désigné, le tandem insiste non seulement pour s’assurer que la ligne politique du gouvernement ne s’écartera pas du « droit chemin » de la résistance, mais envisage de lancer le chantier visant à remplacer la parité islamo-chrétienne par une répartition en tiers chiites/sunnites/chrétiens. En ce sens, toutes les garanties que Salam a promis de donner au Hezbollah concernant la ligne du cabinet n’ont rien changé. Pour le duopole chiite, la formule est toute simple : pas de tiers de blocage, pas de cabinet, même s’il faut pour cela que le gouvernement démissionnaire reste en place jusqu’à la fin du mandat Sleiman. De même, le tandem Hezbollah-Amal ne semble guère contrarié par la décision du 14 Mars d’empêcher la tenue des séances de la Chambre ou de conditionner la prorogation du mandat de Kagwagi par le retour de Rifi. Selon un ministre du cabinet Mikati, cette attitude prouve que le Hezbollah ne craint pas le vide institutionnel, et qu’il œuvre même en sa faveur, jusqu’au point où une nouvelle Constituante sera incontournable, que même le 14 Mars n’aura plus d’autre choix que de se plier à cette exigence et qu’il sera alors possible de refonder le pouvoir en fonction de cette logique du « vainqueur »... D’où la froideur avec laquelle le Hezbollah gère le pourrissement, en attendant l’effondrement final de l’État et de la formule qui lui donnera la victoire.
Les récents propos du président de la Chambre Nabih Berry selon lesquels il ne négocie plus qu’en son nom propre et au nom du Hezbollah ont par ailleurs saisi les observateurs avisés. L’objectif manifeste était de stigmatiser Michel Aoun et son courant par ses propos. Certains ont cru y voir une reconnaissance implicite de l’existence de lésions au sein du 8 Mars. En fait, au-delà de la manœuvre politique, le tandem chiite s’accroche à son désir de nommer les cinq ministres chiites du cabinet, sans reconnaître de place aux indépendants, et laisse à son allié Aoun le soin de placer quatre ministres (au lieu de trois) compte tenu de « la dimension de son bloc parlementaire ». La somme, neuf portefeuilles, équivaut bien au tiers de blocage. Le 8 Mars essaie en fait de vendre une image marketing de division pour mieux accroître ses chances en permettant à chaque partie de négocier elle-même sa part du gâteau. Mais Tammam Salam n’est pas né de la dernière pluie et campe sur ses positions : le 14 Mars et le 8 Mars auront le même nombre de sièges au cabinet, en l’occurrence huit, que les deux camps soient dans un état de déchirement interne ou de lune de miel extatique. L’autre option, c’est le cabinet neutre avec la participation des indépendants. Dans un tel cas de figure, Joumblatt mais aussi Aoun et le parti Kataëb pourraient, en affichant un profil indépendant des deux locomotives politiques, rejoindre le gouvernement.
Cependant, Walid Joumblatt, lui, continue de rejeter toute formule qui ne prendrait pas en compte les quatre volontés du duopole chiite. Pessimiste, la lecture du Front de lutte nationale lirait les événements régionaux sous l’angle d’une Berezina sunnite de l’Égypte à la Syrie, le tout en faveur de l’Iran, et donc du 8 Mars au plan local...
Tous les regards se portent donc sur l’Arabie saoudite et la dynamique que le royaume entend instiller à la région face à la crise actuelle. Certains font déjà une croix sur une réaction saoudienne et proclament d’ores et déjà une victoire retentissante du 8 Mars, aussi bien régionale que locale. Cependant, affirme un ministre, l’Arabie n’est pas du genre à se laisser aller à des réactions épidermiques face aux événements, et sa réplique, froide et étudiée, risque de se faire sentir d’abord au Liban, par la formation du cabinet Salam après le mois de ramadan.
Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle sur Tammam Salam, point de gouvernement à l’horizon... Le Premier ministre désigné n’en est certes pas encore au stade du spleen baudelairien, mais sa patience est mise à rude épreuve. Les perspectives de formation du cabinet restent en effet bloquées et les conflits se succèdent sans espoir de solution : cela va de la polémique sur l’interprétation de l’article 69 de la Constitution relatif au droit du Parlement à légiférer à l’ombre d’un gouvernement chargé d’expédier les affaires courantes, jusqu’à la question de la prorogation du mandat du commandant en chef de l’armée, Jean Kahwagi, que le 14 Mars et le courant du Futur en particulier ont désormais décidé de conditionner par un retour d’Achraf Rifi à la tête des FSI...Deux logiques...
commentaires (5)

En toute logique , une formation qui gagne souhaite le calme , et c'est celle qui est en perte de vitesse qui cherche à troubler le jeu , mais disons que la situation actuelle du pourrissement régionale est à l'avantage des résistances au sionisme, pensez vous que cela vient de nulle part ? il y a une base à ça , l'endormissement des anciens détenteurs du pouvoir qui nous ont embarqué pendant des décennies derrière l'INJUSTE vis à vis des peuples , et ça continuera si le hezb résistant ne s'y employait pas avec succès.

Jaber Kamel

16 h 28, le 09 juillet 2013

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (5)

  • En toute logique , une formation qui gagne souhaite le calme , et c'est celle qui est en perte de vitesse qui cherche à troubler le jeu , mais disons que la situation actuelle du pourrissement régionale est à l'avantage des résistances au sionisme, pensez vous que cela vient de nulle part ? il y a une base à ça , l'endormissement des anciens détenteurs du pouvoir qui nous ont embarqué pendant des décennies derrière l'INJUSTE vis à vis des peuples , et ça continuera si le hezb résistant ne s'y employait pas avec succès.

    Jaber Kamel

    16 h 28, le 09 juillet 2013

  • Il ne nous reste plus qu'une solution : le fédéralisme. Que le Hezbollah et son con croupion Amal libèrent la Palestine et la Syrie, et nous libérons le Liban.

    Saleh Issal

    16 h 24, le 09 juillet 2013

  • POUR LA MAINMISE !

    SAKR LOUBNAN

    14 h 48, le 09 juillet 2013

  • "Cependant, Joumblatt, pessimiste, sa lecture des événements régionaux est prise sous l’angle d’une Berezina sunnite de l’Égypte à la Syrie, le tout en faveur de l’Iran, et donc du 8 Mars au plan local..." ! Si c'était le cas, il y aura alors une proclamation + ou - Officielle d'un état Croupion nusayrî en äalaouïtie, et celle de 2 régions chïïtiques auto-administrées à Baalbick-Hirmil et au Sud !

    Antoine-Serge KARAMAOUN

    09 h 06, le 09 juillet 2013

  • "Pourquoi le pourrissement fait l'affaire du Hezbollah" ? Parce que le pourrissement lui permet d'exercer encore plus sa terreur sur le Liban.

    Halim Abou Chacra

    03 h 43, le 09 juillet 2013

Retour en haut