Le Premier ministre désigné Tammam Salam est déterminé à avancer selon la formule dite des « 3 x 8 », soit une répartition équitable entre les trois camps du pays : 14 Mars, centristes et 8 Mars. La proposition Joumblatt, elle, souhaite trouver une voie de compromis entre les exigences des différentes parties : le 8 Mars réclame le tiers de blocage, le 14 Mars ne veut pas d’un Hezbollah qui se bat en Syrie au sein du cabinet, et Tammam Salam refuse d’accorder le tiers de blocage à qui que ce soit. Il juge que c’est le président de la République, lui-même et le bloc centriste qui doivent constituer la garantie palliative à ce tiers de blocage. Walid Joumblatt propose ainsi la formation d’un cabinet politique et de partenariat, qui regrouperait tout le monde dans le cadre de la formule dite des « 3 x 8 ».
Par ailleurs, le second ministre druze serait, lui, « le ministre roi », le portefeuille des Affaires étrangères resterait entre les mains du 8 Mars, une formule de compromis serait trouvée pour la formulation du triptyque « armée-peuple-résistance »... Enfin, M. Joumblatt préconise la relance de la table de dialogue pour discuter de la stratégie défensive...
Naturellement, le 14 Mars a refusé cette proposition. Des sources parlementaires notent en outre que l’Arabie refuse de s’ingérer dans les affaires internes et qu’elle tient à rester à égale distance de toutes les parties, se contentant de soutenir l’État et les institutions. Le dernier passage télévisé de l’ambassadeur saoudien Ali Awad Assiri sur les ondes de la Future TV, durant lequel il a mis en évidence les sanctions du CCG contre le Hezbollah et ses alliés, a également été interprété comme une réponse négative à la médiation Joumblatt et un soutien à la position du 14 Mars, notamment après la décision de Hariri de monter d’un bon cran dans son discours face au parti chiite.
Aucun rendez-vous n’a donc été fixé pour l’instant en Arabie à l’émissaire de Walid Joumblatt. Selon certaines sources politiques, il pourrait l’être la semaine prochaine. Cependant, le ministre démissionnaire Waël Bou Faour prétend ne pas être en mesure de confirmer.
Du côté du 14 Mars, l’on appelle le chef du Front de lutte nationale à déterminer ses options. En d’autres termes, soit de seconder sans réserves Tammam Salam dans ses décisions et ses démarches au niveau de la formation du cabinet, soit de se ranger derrière le tandem chiite du 8 Mars en vertu de ses traditionnelles « considérations » propres à la sécurité de la Montagne et de sa communauté. Un député du 14 Mars affirme pourtant que Walid Joumblatt avait fait des promesses à l’Arabie saoudite de quitter les rangs du 8 Mars au sein du cabinet pour se rapprocher, en tant que centriste, du camp du 14 Mars, sans pour autant contracter une alliance avec ce dernier...
(Lire aussi : Recours en invalidation : le CC dresse son constat d’échec)
Le Premier ministre désigné, lui, mènera une série de contacts avec les différentes parties pour tenter de les convaincre de la justesse de son point de vue et de la nécessité d’intégrer tous les camps au sein du cabinet en fonction des critères que lui choisira. Le président de la Chambre (prorogée) Nabih Berry pourrait se joindre aux efforts de M. Salam, ainsi que M. Joumblatt, dans une volonté de finaliser la naissance du cabinet, mais aussi d’arrondir les angles.
Cependant, le 14 Mars persiste et signe : il ne participera pas à un gouvernement qui comporte des ministres du Hezbollah et souhaite la formation d’un cabinet neutre et focalisé sur les soucis des citoyens, sans ministres appartenant au 8 Mars ou au 14 Mars. Des sources proches du président de la République soulignent pour leur part que Michel Sleiman est favorable à la participation de tous au sein d’un gouvernement où il n’y aurait pas de tiers de blocage, compte tenu des effets de ce dernier sur l’action des cabinets précédents. Et si les différentes parties refusent ces conditions, eh bien, il faudra quand même finir par former un gouvernement !
Le chef de l’État et le Premier ministre désigné sont d’accord sur la ligne à adopter et Tammam Salam affirme qu’il reste attaché aux constantes et aux conditions qu’il a posées dès sa nomination. S’il ne parvient pas à rassembler toutes les parties autour d’un cabinet de politiques, il se rabattra sur un cabinet neutre formé de technocrates connus pour assurer la continuité du service public et tenter de redynamiser les institutions. Il affirme surtout qu’après la prorogation de la Chambre, il ne souhaite plus s’éterniser dans sa mission, mais, bien au contraire, de l’achever au plus vite.
Pour mémoire
Liban/CCG : des liaisons dangereuses ?
Les Émirats pourraient abolir prochainement les permis de séjour de 1 200 Libanais
Le Hezbollah pourrait être considéré comme « terroriste » par le CCG


"Sacré" Myster(y) Goupil de la Renardière !
19 h 24, le 22 juin 2013