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À La Une - Liban

Adnane Mansour applique la formule « l’État c’est moi »

Le chef de la diplomatie fait la sourde oreille à la décision de Sleiman de déposer une plainte contre la Syrie.

Après la fameuse boutade du général Michel Aoun, en 1989, « je suis le président et six ministres », les Libanais sont aujourd’hui confrontés à la logique non moins farfelue de notre « ministre des Affaires étrangères » (les guillemets sont de mise ...), Adnane Mansour : « L’État c’est moi » (toute similitude avec une personnalité ayant existé n’est que pure coïncidence ...).


Mimétisme oblige. S’inscrivant dans la lignée directe de son parrain politique, en l’occurrence le Hezbollah, notre « chef de la diplomatie » (excusez l’abus de langage) fait table rase, en effet, de la présidence de la République, du pouvoir exécutif dans son ensemble, des pratiques et usages constitutionnels, de l’esprit de la Loi fondamentale, et court-circuite sans sourciller, une fois de plus, les instructions du chef de l’État.


À la suite du bombardement par un hélicoptère syrien, mercredi, du centre de la localité de Ersal, dans la Békaa, le président Michel Sleiman a demandé à M. Mansour de présenter une plainte contre la Syrie devant le Conseil de sécurité de l’ONU et la Ligue arabe, pour atteinte à la souveraineté nationale et à la sécurité des citoyens. Cette démarche du palais de Baabda a été précédée, mercredi, de concertations entreprises par le président Sleiman avec le chef du gouvernement démissionnaire Nagib Mikati, M. Mansour (en personne), le commandant en chef de l’armée, le général Jean Kahwagi, et le secrétaire général du Conseil supérieur libano-syrien, Nasri Khoury.


À la lumière de ces contacts, et du fait que les violations syriennes de l’intégrité du territoire national ont atteint un degré tel qu’elles ne sauraient être occultées par le chef de l’État – qui représente au stade actuel le dernier rempart de la légalité – Michel Sleiman a réagi en décidant de déposer une plainte contre la Syrie. Sauf que M. Mansour ne l’entend pas de cette oreille. Notre correspondant au palais Bustros, Khalil Fleyhane, rapporte ainsi que des sources proches du ministère des Affaires étrangères estiment qu’une plainte contre la Syrie, aussi bien auprès du Conseil de sécurité que de la Ligue arabe, « n’est pas dans l’intérêt des deux pays » (sic ! ). « Il est nécessaire de calmer le jeu et non pas de jeter de l’huile sur le feu », ajoutent cyniquement les sources du palais Bustros.


L’agence locale d’information al-Markaziya cite pour sa part des sources diplomatiques au palais Bustros (les mêmes, à n’en point douter, que les précédentes) qui font preuve de plus de transparence en affirmant que le dépôt d’une plainte au Conseil de sécurité « est hors de question! ». Et tant pis pour le président de la République... Les mêmes sources soulignent à cet égard qu’une plainte déposée contre la Syrie constituerait « un précédent entre les pays arabes » du fait que le cas de figure présent représente « un conflit entre deux États membres de la Ligue arabe ». Et les sources susmentionnées de se demander si « le recours au Conseil de sécurité reflète la nature des relations entre le Liban et la Syrie ».


Pour schématiser, M. Mansour estime ainsi que « ça ne se fait pas », entre « frères », de déposer une plainte auprès d’une instance tierce. M. Mansour feint cependant d’oublier que lors de l’épisode de l’interception, l’an dernier, au large des côtes libanaises, du navire Loutfallah 2, accusé par Damas de transporter des armes et des munitions destinées aux opposants syriens, le délégué permanent de la Syrie aux Nations unies, Bachar Jaafari, avait déposé une plainte contre le Liban devant le Conseil de sécurité. Quant à l’argument selon lequel la démarche du président Sleiman constitue « un précédent entre les pays arabes », une rapide relecture de l’histoire contemporaine permet de rappeler qu’en 1958, l’État libanais avait présenté une plainte contre le président égyptien Gamal Abdel Nasser en raison de ses ingérences dans les affaires intérieures libanaises.


En tout état de cause, l’attitude de M. Mansour, qui fait de la sorte la sourde oreille aux instructions du président de la République, pousse certains observateurs à soulever une interrogation grave de conséquences : existe-t-il une volonté de torpiller ce dernier rempart, cette dernière ligne de défense de la légalité libanaise et de l’État que représente la présidence de la République, après le vide actuel sur le plan gouvernemental, la paralysie du Conseil constitutionnel, la léthargie du Parlement et la vacance au niveau de certains appareils sécuritaires (la retraite du directeur général des Forces de sécurité intérieure devrait être suivie sous peu de celle du commandant en chef de l’armée) ?


Cette question se pose avec d’autant plus d’acuité que la « fronde » de M. Mansour ne semble pas un acte isolé si l’on en juge par l’attaque virulente lancée hier soir – dans la foulée de l’ancien directeur de la Sûreté générale Jamil Sayyed et des partis pro-Assad – par le chef des Marada, le député Sleimane Frangié, contre le président Sleiman. Sans réaliser sans doute qu’il accréditait cette thèse faisant état d’une volonté de provoquer un vide au niveau des institutions constitutionnelles, M. Frangié a ainsi souligné sans détours, dans une interview télévisée, qu’il existe aujourd’hui... « un vide à la présidence de la République » ! Jouant cartes sur table, et donnant libre cours à sa loyauté indéfectible à l’égard du régime de Bachar el-Assad, le chef des Marada a reproché au président Sleiman sa réaction aux violations par la Syrie de la souveraineté libanaise. Et comme pour tenter d’ôter toute légitimité au président de la République, le député de Zghorta a été jusqu’à affirmer que M. Sleiman a accédé à la magistrature suprême « suite à une intervention internationale et conformément à une décision internationale ». « Il vient ensuite nous parler de la Constitution alors qu’il a brisé la Constitution », a estimé encore M. Frangié.


Quant au régime Assad, comme à l’accoutumée, il laisse ses alliés libanais monter au créneau tout en essayant, lui, de contourner les obstacles et de résorber le choc. M. Mansour a ainsi rapporté hier qu’il avait reçu de son homologue syrien, Walid Moallem, une note dont il ressort que Damas demande à l’armée libanaise de... « contrôler les frontières de manière à garantir la sécurité et la stabilité ». M. Moallem ne précise évidemment pas si ce « contrôle » des frontières de la part des forces régulières devrait aussi s’appliquer au mouvement des miliciens du Hezbollah qui traversent quasi quotidiennement la frontière entre les deux pays pour aller combattre en Syrie aux côtés des unités pro-Assad. Sans évoquer évidemment ce point précis, M. Moallem n’oublie pas dans sa note transmise à M. Mansour de rappeler les « accords de sécurité » signés le 22 mai 1991 entre le Liban et la Syrie, à l’époque de l’occupation syrienne du pays du Cèdre, soulignant que « chaque pays devrait veiller à la sécurité de l’autre pays ». Le ministre syrien n’a pas manqué dans la foulée d’affirmer, comme à l’accoutumée, que le pouvoir syrien est « soucieux de la souveraineté libanaise ».


Cette offensive politico-médiatique sur plusieurs fronts contre la présidence de la République et ce qui reste de l’État intervient – ce n’est sans doute pas une coïncidence – au lendemain du communiqué publié mercredi par le commandement de l’armée qui a souligné, dans un geste sans précédent, qu’il prendra les mesures adéquates pour riposter à toute nouvelle agression syrienne. Pour court-circuiter cette détermination affichée par Yarzé, le régime d’Assad applique, à l’évidence, la devise qui dit que, somme toute, « la meilleure défense, c’est l’attaque ».

 

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