Près de Hama, des rebelles juchés sur un canon antiaérien dans un champ d’oliviers. Shaam News Network/AFP
Une importante composante de la rébellion syrienne a annoncé hier son retrait de la Coalition de l’opposition, en accusant certains dirigeants de servir leurs ambitions personnelles et d’avoir utilisé l’argent à leur profit. « Nous nous retirons de la Coalition (...) car elle prend des initiatives éloignées de la vraie révolution et ne peut pas représenter la révolution de manière authentique », affirme dans un communiqué la Commission générale de la révolution syrienne (CGRS).
Membre de la Coalition dès son origine, la CGRS est une des plus anciennes organisations animant sur le terrain la contestation puis la rébellion contre le régime du président Bachar el-Assad. Il s’agit d’un réseau de militants présent à travers la Syrie et lié aux rebelles. « Des membres de la Coalition sont plus intéressés d’apparaître sur les médias que d’aider la révolution et beaucoup d’argent a été perdu car ils l’ont utilisé pour leurs intérêts personnels alors que le peuple syrien à l’intérieur manque de tout », affirme le communiqué. La CGRS reproche aussi à la Coalition de ne pas avoir respecté son engagement de réserver un tiers des sièges aux rebelles sur le terrain. « Certains pays sont en train de manipuler la révolution selon leurs intérêts et piétinent le sang de notre peuple », a dénoncé la CGRS, accusant ces pays de monter « les blocs les uns contre les autres ».
Par ailleurs, le vice-ministre russe des Affaires étrangères a invité hier les États-Unis à accentuer leur pression sur l’opposition syrienne pour qu’elle participe à la conférence de paix que Washington et Moscou tentent d’organiser. « De notre point de vue, les États-Unis ne déploient à l’évidence pas assez d’efforts pour convaincre les groupes d’opposition syriens de participer à la conférence internationale », a dit Sergueï Riabkov. Pour ce responsable, Washington « ne devrait pas permettre à l’opposition de lancer des ultimatums et de poser des conditions préalables, la principale d’entre elles étant d’exiger le départ du président syrien ». Le secrétaire d’État américain John Kerry a aussitôt reconnu que les États-Unis mènent « tardivement » des efforts de paix pour tenter de mettre un terme à la guerre civile en Syrie et empêcher un effondrement total de ce pays. « C’est un processus très difficile, auquel nous nous associons tardivement », a-t-il ainsi dit. « Nous cherchons à empêcher que les violences intercommunautaires entraînent la Syrie vers une implosion totale, après laquelle elle serait morcelée en enclaves et les institutions de l’État seraient anéanties, avec Dieu sait combien de réfugiés en plus et combien d’innocents tués », a-t-il ajouté.
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Hier, avant même les déclarations de M. Kerry, un haut responsable de la Ligue arabe a insisté sur l’importance de la tenue d’une conférence internationale de paix sur la Syrie, dite Genève 2, estimant que dans le cas contraire le pays se dirigerait vers « un effondrement total ». Une réunion préparatoire est prévue demain entre l’ONU, les États-Unis et la Russie, mais cette conférence, initialement prévue en juin, devrait être repoussée à juillet, selon les ministres français et allemand des Affaires étrangères.
Parallèlement, le chef de la diplomatie britannique William Hague, cité hier par le journal allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung, a déclaré que la décision de Londres de fournir des armes aux rebelles syriens dépendra de l’évolution des négociations de paix. Le secrétaire au Foreign Office a assuré que la Grande-Bretagne considérait comme prioritaires les efforts des États-Unis et de la Russie pour organiser une conférence de paix à Genève, même s’il n’est « pas excessivement optimiste ».
Entre-temps sur le terrain, l’armée syrienne, parfois appuyée par le Hezbollah, menait hier une offensive dans trois secteurs. Dans le nord du pays, 26 personnes, dont six femmes et huit enfants, ont été tuées dans la nuit de dimanche à lundi par la chute d’un missile sol-sol sur Kfar Hamra, à l’entrée nord-ouest d’Alep, a affirmé l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). « Les forces du régime ont pris les vergers aux alentours et essaient de s’emparer de cette localité pour ensuite briser le siège imposé par les rebelles à Nubel et Zahra », deux villages chiites situés à une vingtaine de km au nord d’Alep.
Dans le centre, l’aviation a bombardé Qousseir, où les rebelles sont désormais retranchés dans le nord de cette ville, devenue emblématique tant pour le régime que pour les rebelles. La bataille pour le contrôle de cette ville est entrée dans sa troisième semaine. Ce week-end, la Russie a bloqué un projet de déclaration du Conseil de sécurité de l’ONU proposé par le Royaume-Uni qui « demandait au gouvernement syrien d’autoriser un accès immédiat, total et sans entrave » aux organisations humanitaires pour qu’elles puissent secourir les civils bloqués à Qousseir. La Coalition de l’opposition syrienne a condamné la position russe, estimant que Moscou, fidèle allié du président Bachar el-Assad, « se tient contre le peuple syrien ». De son côté, le Comité international de la Croix-Rouge a fait savoir hier qu’il attendait toujours une réponse officielle de la Syrie à sa demande d’accès urgent à la localité. En outre, l’armée poursuivait son offensive dans le nord de la province de Hama, où elle s’est emparée de 13 villages, selon l’OSDH.
En soirée, des responsables américains ont annoncé que les États-Unis vont déployer des missiles Patriot et des avions de combat F-16 en Jordanie pour des manœuvres militaires, après lesquelles certains de ces équipements pourraient rester sur place. Cette décision de maintenir des équipements en Jordanie pourrait alimenter à nouveau les spéculations sur une éventuelle intervention militaire des États-Unis en Syrie, ce que la Maison-Blanche considère comme la dernière des options possibles.
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