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À La Une - Tripoli

Tripoli : un répit de courte durée qui vole vite en (grands) éclats...

Les combats dans la ville ont repris de plus belle, après une journée plus ou moins calme, et un tour de force « raté » par l’armée.

La même désolation à Bab el-Tebbaneh...Ibrahim Chalhoub/AFP

Après une nuit violente à Tripoli, et un jeudi des plus sanglants, qui a fait 11 morts, le calme précaire était de retour hier durant la journée sur les axes de Bab el-Tebbaneh et Jabal Mohsen, qui se livrent depuis dimanche à des combats sans merci, impliquant roquettes RPG, tirs au mortier, obus et armes automatiques, et qui ont fait au moins 23 morts et 197 blessés en cinq jours. Un calme pourtant ponctué jusqu’en fin de journée par des tirs sporadiques, notamment sur l’autoroute reliant Tripoli à la frontière syrienne, et qui a finalement été perdu dans la soirée, quand les multiples axes de combat se sont enflammés de nouveau, faisant huit blessés. Parallèlement, des engins de 200 grammes ont explosé à quelques 200 mètres de l’hôtel Quality-Inn, et un magasin de boissons alcoolisées a été la cible de tirs d’armes automatiques.


Le calme perçu hier durant la journée, le premier depuis plusieurs jours, est intervenu en fait à la suite d’un large déploiement de l’armée à l’aube dans le quartier alaouite de Jabal Mohsen. Au matin, des éclats de verre jonchaient le sol tandis que nombre de voitures portaient des traces de balles. La circulation routière était presque naturelle tandis que les universités, les écoles et les magasins étaient toujours fermés en raison de l’insécurité. Les zones touchées étaient désertées par les habitants. De nombreuses familles ont fui vers Denniyé, où elles ne sont pas parvenues pour autant à trouver un refuge ou un habitat.

 

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L’armée, qui compte bien rétablir la stabilité dans la deuxième ville du Liban, avait promis hier de poursuivre son déploiement à Bab el-Tebbaneh, el-Bakkar, el-Mankoubine, Riffani, Chaarani et Malouli, après son entrée à Jabal Mohsen. Les axes d’el-Mankoubin, de Riffani et de Wadi el-Nahlé ont été le théâtre de violents combats tout au long de la journée. Une pluie d’obus s’est abattue dans la matinée sur les immeubles résidentiels et les voitures de ces régions, ainsi qu’à Souk el-Kameh. Les habitants se sont réfugiés dans les premiers étages, répondant à l’appel des muezzins, et de nombreux blessés ont été transportés à l’hôpital islamique de Tripoli.


Si Jabal Mohsen a placé son sort hier aux mains de l’armée, de force ou de gré, les responsables « des axes » (milice sunnite) ont refusé dans l’après-midi que l’armée pénètre dans Bab el-Tebbaneh, région sunnite favorable aux rebelles syriens. À Kobbé, plus précisément, des responsables ont appelé à l’arrestation du chef du Parti arabe démocratique, Refaat Ali Eid, comme condition pour le déploiement de l’armée à Bab el-Tebbaneh. Les forces de l’ordre n’ont donc pas pu pénétrer dans les zones chaudes, dans l’attente que les responsables politiques les soutiennent en levant la couverture sur tous les miliciens, que l’armée n’ose pas encore attaquer par peur d’attiser le conflit. Résultat : une reprise des combats à l’approche de la nuit. Selon des sources militaires, l’armée tente d’éviter de nouvelles pertes en vies humaines dans ses rangs, mais elle est, et restera, présente à Tripoli.

 

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Sur un autre plan, la Jamaa islamiya a organisé une manifestation à Tripoli après la prière du vendredi, durant laquelle les drapeaux de la révolution syrienne ont été brandis. Les drapeaux du Hezbollah, de l’Iran, et de la Russie ont été, dans le même temps, brûlés.

Des appels au calme
Au plan politique, le député Samir Jisr, membre du bloc du Futur, a affirmé hier que son parti respectait la coexistence à Tripoli. « Nous appelons à poursuivre en justice ceux qui terrorisent et menacent les habitants », a-t-il déclaré à l’issue d’une réunion du courant à la Maison du Centre. M. Jisr a également exhorté le président de la République Michel Sleiman à demander à l’armée d’agir fermement et de manière impartiale afin de préserver la stabilité de la ville, réitérant l’appel de son parti à rejeter la violence à Tripoli. Le bureau de coordination du courant du Futur à Tripoli a aussi rappelé la nécessité de rester attaché à l’option de l’État, accusant le régime syrien d’embraser la ville pour détourner l’attention de son échec à Qousseir.


Pour sa part, le député Marwan Hamadé a indiqué que « de nombreuses parties attisent la crise de Tripoli ». « Les incidents de Tripoli viennent compléter ceux du 7 mai », a-t-il expliqué, ajoutant que « la bataille de Tripoli a été enclenchée suite à une décision prise par Bachar el-Assad de détourner l’attention de son échec à Qousseir et d’attiser les tensions au Liban pour justifier le torpillage des législatives ».

 

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Quant au député Ahmad Fatfat, il a estimé qu’« une décision sérieuse à la fois politique et militaire de désarmer la ville doit être prise même si l’armée entre à Bab el-Tebbaneh ». Il a accusé le Parti arabe démocratique de refuser le désarmement.


De son côté, le député Mouïn Merhebi a déclaré que « les parties essayent de trouver des issues à la crise de Tripoli, mais aucune solution n’a été avancée et les pourparlers en cours sont infructueux », soulignant la nécessité de lever la couverture sur toute partie qui attaque l’armée. Des propos repris par le conseil exécutif du Parti socialiste progressiste, réuni hier, qui a appelé l’armée à se déployer massivement en territoire tripolitain. Quant au député du bloc du Changement et de la Réforme, Ziad Assouad, il a estimé qu’« un complot contre l’armée libanaise a été préparé au sein même du cabinet ».


Tous ces appels au calme et à la paix ont été soutenus hier par le directeur de la délégation du Comité international de la Croix-Rouge, Yorg Montani, qui a souligné la nécessité d’épargner les civils et de permettre aux équipes de la Croix-Rouge d’accomplir leur mission et de secourir les blessés.


Signalons enfin qu’une marche a été organisée hier soir dans le camp de Beddaoui pour réclamer la stabilité et la protection des habitants, après qu’un enfant palestinien eut été la cible d’un franc-tireur en sortant de l’école.

 

 

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