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À La Une - L’éditorial de Issa GORAIEB

Mythologies de crise

Qousseir, Tripoli, même combat ? Et que reste-t-il encore de cette fumeuse politique de distanciation par laquelle l’État croyait pouvoir conjurer le mal syrien ?

Cruelle et néanmoins élémentaire, voire attendue, est la leçon qui se dégage de ces deux volcans entrés simultanément en éruption, l’un dans le centre syrien et l’autre dans le nord du Liban. Surtout quand elles se distinguent par leurs connotations sectaires, les guerres peuvent se jouer aisément en effet des frontières. Un moment comparable à la guerre d’Espagne car il a attiré, tel un aimant, des volontaires de tout poil, le conflit de Syrie a vite menacé de faire tache d’huile, à mesure que s’affirmait son caractère fortement sectaire. Et des Libanais d’appartenances rivales ne pouvaient indéfiniment croiser le fer sur le sol syrien sans en venir fatalement à s’affronter dans leurs propres murs.

De ce grave état de choses les responsables sont divers, encore qu’il en est de plus responsables que d’autres. Tel est bien le cas d’un Hezbollah qui, à la différence des disparates groupuscules salafistes du Nord, est substantiellement représenté au Parlement de même qu’au sein du gouvernement démissionnaire. Et demeure donc politiquement et moralement lié par son engagement de distanciation, comme par son adhésion à la déclaration de Baabda.

Cette responsabilité particulière, c’est précisément le pensionnaire de Baabda qui entreprenait de la rappeler vigoureusement hier. Michel Sleiman a explicitement mis en garde la Résistance contre les risques évidents d’enlisement dans le bourbier syrien et les menées des puissances manipulatrices. Mieux encore, il a pressé la milice de se soumettre aux contraintes de la Constitution, notamment au verdict des urnes. Que ces propos musclés aient été prononcés devant un parterre d’officiers supérieurs est des plus significatifs, à l’heure où l’armée a fort à faire une fois de plus, une fois de trop, pour neutraliser le vieux et tenace volcan de Tripoli où s’affrontent régulièrement, depuis des années, les deux quartiers sunnite et alaouite de Tebbaneh et Jabal Mohsen.

La tâche semble relever des travaux d’Hercule, dans un pays comme le nôtre où la sécurité publique ne peut être instaurée, le plus souvent, qu’avec l’agrément et la coopération des forces politiques détenant quelque influence sur les fauteurs de troubles. Mais c’est surtout au rocher de Sisyphe que font penser les nombreuses – et coûteuses – tentatives de pacification de la turbulente capitale du Nord, invariablement reprises à partir de zéro. Point n’est besoin d’être expert en questions militaires pour s’étonner que tous ces efforts qui se soldaient par de précaires retours à la normale n’aient jamais été mis bout à bout, si l’on peut dire, pour que s’étende graduellement l’aire de déploiement des forces étatiques. Pour que soit enfin parachevée la tapisserie sécuritaire. Elle non plus, Pénélope n’est pas absente du triste tableau...

Issa GORAIEB

igor@lorient-lejour.com.lb

Qousseir, Tripoli, même combat ? Et que reste-t-il encore de cette fumeuse politique de distanciation par laquelle l’État croyait pouvoir conjurer le mal syrien ?Cruelle et néanmoins élémentaire, voire attendue, est la leçon qui se dégage de ces deux volcans entrés simultanément en éruption, l’un dans le centre syrien et l’autre dans le nord du Liban. Surtout quand elles se...
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