Sans aller jusque-là dans la logique machiavélique, force est de relever malgré tout que le pouvoir baassiste est passé maître au cours des dernières décennies dans la manipulation des groupuscules fondamentalistes et extrémistes qu’il instrumentalisait parfois indirectement – même s’il était en confrontation avec eux – pour les brandir comme épouvantail, afin ensuite de livrer certains de leurs responsables à des services occidentaux ou autres dans le but de servir la Raison d’État syrienne. Consciente de ce piège évident, la coalition nationale syrienne a vite fait de stigmatiser le comportement du Front al-Nosra. Même les factions islamistes, et plus particulièrement les Frères musulmans de Syrie (fait significatif), ont demandé expressément à l’organisation radicale de faire marche arrière et de s’abstenir de toute allégeance envers l’étranger.
Il reste que ce déplorable épisode de la révolution syrienne a mis en relief, une fois de plus, deux réalités objectives indéniables ...
D’abord, la montée en puissance du Front al-Nosra et des groupuscules fondamentalistes, en général, est l’une des conséquences directes de la politique suivie par Washington qui, avec le concours vraisemblable d’Israël, fait obstruction à la livraison d’armes qualitatives, en l’occurrence des missiles antiaériens et antitanks, à l’opposition syrienne modérée (non jihadiste). Or dans le même temps, la Russie et l’Iran maintiennent leur appui militaire massif au régime baassiste. Et parallèlement, les organisations extrémistes reçoivent un large soutien – financier, en armes, en munitions, et parfois en hommes – de la part de puissantes tribus sunnites en Irak et de certains milieux du Golfe. Le résultat est mathématique : en s’abstenant d’armer les révolutionnaires syriens modérés, Washington renforce indirectement – de facto – aussi bien Bachar el-Assad que les opposants jihadistes, puisque ces deux parties reçoivent, elles, à l’exclusion des modérés, l’aide requise. Et du même coup, cette ligne de conduite ainsi que l’inaction de la communauté internationale face aux massacres à répétition perpétrés par les forces d’Assad ont pour conséquence de jeter nombre de combattants rebelles dans les bras du Front al-Nosra ou de groupuscules du genre.
Face à cette équation mathématique, la France et la Grande-Bretagne avaient décidé de s’engager sur la voie de la livraison d’armes aux opposants modérés. La déclaration d’Ayman el-Zawahiri, proclamant que le Front al-Nosra fait partie de la nébuleuse d’el-Qaëda, est intervenue comme par hasard quelques jours après l’annonce des velléités françaises et britanniques... Est-il besoin de chercher à qui profite, bien au-delà des apparences, une telle proclamation ?
La seconde réalité objective mise en évidence par l’épisode d’al-Nosra est le fait que c’est à un double danger que le Liban et avec lui nombre de pays de la région sont aujourd’hui confrontés. La menace jihadiste n’est certes pas à prendre à la légère, mais elle ne fait que venir s’ajouter à une autre menace plus pernicieuse, parce que plus sournoise : celle du Hezbollah et du régime des mollahs de Téhéran et de ses acolytes régionaux. Le comportement du cabinet Maliki en Irak, allié de l’Iran, illustre parfaitement les méthodes de pouvoir « à l’iranienne » : les factions sunnites sont marginalisées; le pouvoir central pro-iranien se comporte d’une manière autocratique, à l’image de ses maîtres de Téhéran ; et au cours des dernières semaines, nombre de candidats de l’opposition (sunnite) aux élections provinciales ont été la cible d’une vague d’assassinats ciblés qui rappellent curieusement la série noire qui a précédé et suivi la révolution du Cèdre.
Le spectre de l’intégrisme plane ainsi sur le Liban et la région, qu’il soit sunnite ou chiite. Prétendre s’allier à l’un pour combattre l’autre reviendrait à faire preuve d’une naïveté déconcertante... Ou d’une malhonnêteté politique destructrice dans les circonstances présentes. L’ensemble du Moyen-Orient est dans un état d’équilibre instable et a atteint un point d’inflexion. Il s’agit là d’une situation classique et normale dans tout contexte postrévolutionnaire. Pour consolider, et sauver, le printemps arabe et engager résolument le M-O sur la voie de la modernité, du respect du pluralisme et des libertés publiques, une seule option s’impose : l’action concertée de toutes les forces libérales et démocratiques de la région.
Le congrès de l’Internationale libérale qui s’est tenu le week-end dernier à Beyrouth, à l’initiative du courant du Futur, en présence de nombreuses délégations occidentales et arabes, revêt dans ce cadre une importance capitale. Mettant le doigt sur la plaie, le chef du bloc parlementaire du courant du Futur, Fouad Siniora, devait lancer un vibrant appel aux dirigeants des partis et courants libéraux dans le monde, les exhortant de renforcer les voix libérales dans les pays arabes. Un appel d’autant plus pertinent que les puissances occidentales, États-Unis en tête, ont certainement les moyens de faire pencher la balance en faveur des factions libérales. À moins que certains acteurs internationaux n’aient pour stratégie de plonger la région dans le chaos généralisé et les guerres fratricides interminables. Ce qui ne ferait que renforcer crescendo, selon une dynamique implacable – on ne le répétera jamais suffisamment – les mouvements jihadistes et obscurantistes arabes en total déphasage avec les temps modernes.


Très intéressant le parallélisme établit avec le cas de la Pologne sous le troisième Reich, nombre de personnes en effet ont constaté l´incongruité de cette opposition subitement devenue alliée des extrémistes. Le régime Baasiste de Bachar (tel que nous l´avons constaté maintes fois durant son occupation du territoire Libanais) nous a habitué aux complots, et aux moyens tortueux pour arriver à ses fins. Vous avez raison de critiquer ceux qui croient qu´en s´alliant aux islamistes intégristes, pourront faire face au Hezbollah représentant l´extrémisme chiite. Cela revient à se mouvoir entre deux maux et subir le moindre…Malheureusement certains partis Libanais pensent ainsi quand ils encouragent le sheikh Al assir dans ses agissements, et autorisent les cellules intégristes dans le Nord du pays. En tant que Libanaise, je voudrai, avant tout, que le Liban soit éloigné de cette guerre des axes qui est en train d´envahir le Proche-Orient. Notre pays est un pays de paix, de tourisme, de rencontre des Religion, d´échange des cultures. Notre Liban est le Pays de la modération, dans lequel tout extrémisme doit se fondre dans l´échange et l´amour du prochain. Votre analyse perspicace devrait alerter le gouvernement et le pousser à protéger les frontières Libanaises, en y déroulant des effectifs militaires. Continuer ainsi c´est offrir le Liban sur un plateau d´argent aux intégristes d´où qu´ils viennent
16 h 32, le 17 avril 2013