Le pays est béni des dieux... par la clémence et la douceur de son climat. Cela mis à part, la vie du citoyen n’est guère enviable.
Parlons pour commencer d’économie. En la matière, tout peut être dit et son contraire. Pourtant, et sur la base du dernier rapport (article IV) du FMI datant de février 2012, la croissance est en berne. Les secteurs les plus touchés sont le bâtiment, le tourisme, le commerce de gros et de détail. De plus, il ne faut rien attendre des années à venir si de sérieuses réformes ne sont pas entamées vu qu’il ne pointe à l’horizon aucune nouvelle source de croissance.
Commentaires lénifiants des autorités : rien de sérieux, les déficits commerciaux sont couverts par les rentrées d’argent (balance des paiements) et, somme toute, les réserves en devises du pays, indicateur final de toute analyse d’une situation économique, couvrent plus de douze mois d’importations (ce qui, en effet, est un bon, un très bon ratio). En outre, la dette baisse par rapport au PIB et la livre libanaise est stable.
Pourtant, en tant que citoyennes et citoyens, ultimes censeurs des actions publiques, juges et magistrats de plein droit des services que l’État est censé rendre, il semble légitime, après des années de politiques inopérantes, d’interpeller les pouvoirs publics quant aux interventions menées pour soutenir l’économie à travers la politique budgétaire et monétaire.
Didier Migaud, président de la Cour des comptes en France, a énoncé récemment une vérité absolue : il ne peut y avoir de démocratie et de justice sociale qu’à travers une gestion rigoureuse des deniers publics. Voyons ici ce qu’il en est.
Politique budgétaire : en quoi l’excès des dépenses (visibles et invisibles) de l’État par rapport aux recettes réelles est judicieux ? La poursuite d’une telle politique est-elle aujourd’hui favorable aux citoyennes et citoyens ? Les piètres performances de l’État, sa « non-diligence » à assurer des services de qualité justifient-elles le moindre déficit de son budget ?
Politique monétaire : la politique de la livre forte a-t-elle servi l’intérêt des Libanaises et des Libanais ? A-t-elle été bénéfique à la petite entreprise, source appréciable d’embauches, et n’a-t-elle pas encouragé la rente par rapport au travail ? Le FMI estime la livre surévaluée de 3 à 17 %. Ne serait-il pas judicieux de ramener la valeur de la monnaie à sa réalité en abaissant les taux d’intérêt ?
La dette : l’État étant complètement paralysé par ses obligations financières, la dette n’est-elle pas son problème numéro un, celui auquel il doit s’attaquer avec acharnement, réduisant ses déficits ? Cette dette assèche les liquidités du pays et agit comme une pompe, ne laissant que quelques gouttes du précieux liquide monétaire aux entrepreneurs qui ont bien du mal à trouver auprès des banquiers les fonds nécessaires pour développer des entreprises rentables et socialement utiles.
Un plan rigoureux mais raisonnable de réduction de la dette sur 5 ans (à l’horizon 2018) pourrait rassurer les Libanaises et les Libanais, ainsi que les partenaires et investisseurs, quant à la volonté de l’État de bien gérer les deniers publics, tout en prévoyant des indicateurs de réduction trimestriels intelligibles, suivis et évalués par un organe indépendant. Ce plan peut prévoir des sanctions réelles et sévères des gouvernements en cas de retard pris sur le calendrier.
Existence d’un organe de contrôle indépendant : dans tous les pays évolués (et ils sont nombreux), un organe indépendant contrôle de près l’État, veille au bon usage des deniers publics, audite les comptes consolidés des administrations publiques et de l’État, évalue les politiques publiques... Il s’agit de la Cour des comptes. Elle ne relève normalement et n’a de comptes à rendre qu’au Parlement. Qu’en est-il au Liban ? La Cour des comptes est-elle indépendante ? Est-elle saisie par le Parlement pour des problèmes de fond ? Édicte-t-elle ou rend-elle public un rapport annuel régulier pour informer les citoyennes et les citoyens de ses enquêtes, de ses rapports et de sa propre activité ?
Quels sont ses propres objectifs ? Les a-t-elle atteints ?
Peut-elle elle-même justifier de ses propres dépenses ?
Risque systémique : la dette du pays est financée, selon le rapport du FMI, principalement par le secteur bancaire. Cela peut s’apparenter à une pratique condamnable dans le secteur privé, à savoir la « cavalerie », un système qui tourne en rond pour autant qu’il ne soit dénoncé, un système où les prêteurs (les banques) et l’unique emprunteur (l’État), seuls acteurs de ce dispositif financier, sont de mèche.
Le système de gouvernance des banques donne-t-il la possibilité aux actionnaires d’exprimer vraiment leur accord quant aux décisions de souscrire à ce petit jeu État/banques ou bien cela relève-t-il plus de la volonté d’une petite poignée de personnes... ?
Enfin, et pour conclure sur la gestion et les impacts de la politique budgétaire et monétaire de l’État, la gestion du pays se décide-t-elle en fonction des intérêts de ses citoyens et de ses entrepreneurs ou bien en fonction d’intérêts financiers ? Peut-on réellement parler au Liban de « pacte social », ou plutôt de « pacte financier » au profit de rentiers ?
Chaque citoyen, femmes et hommes, toutes origines et confessions confondues, doit, en âme et conscience, apporter sa propre réponse à ces questions, agir en censeur intelligent et demander enfin aux responsables politiques de rendre des comptes.
Rita MAALOUF
Membre du secteur international du PS français en charge du Liban et de la Syrie
Yves DANBAKLI
Expert international des finances publiques


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Chere Madame Maalouf 1. Aucune gestion effective des deniers publics ne peut être entreprise en l’absence de budgets détaillés et réalistes et d’objectifs précis que l’on se proposerait d’atteindre.2.La dette publique, qui s’élevait au départ a quelques 9 milliards de dollars encourus pour reconstruire l’infrastructure endommagée par la guerre civile, a augmente en 20 ans de $51 milliards représentant les intérêts annuels composes sur cette dette. Le calcul est d’ailleurs fort simple à faire. 3. Durant toute cette période les Autorités ont tente de dissimuler aux citoyens les faits réels. 4. Cette politique de dissimulation a engendre, a tous les niveaux de l’Administration, un manque total de contrôle sur les dépenses de l’Etat et sur les revenus publics. A souligner aussi l’absence quasi totale de stratégie fiscale, le seul souci des Autorités étant d’empêcher l’apparition d’un déficit primaire. Le service de la dette était, lui, considéré comme un « mal nécessaire ».5. Les $60 milliards de dollars de la dette publique représentent, en fait, le transfert des deniers de 97% des citoyens au profit d'une minorité de politiciens, d'hommes d'affaires peu scrupuleux, et leurs cohortes respectives. Dans une telle situation comment pourrait-on leur demander d'appliquer un plan de réduction de dette qui irait a l'encontre de leurs intérêts?
15 h 49, le 06 avril 2013