Les pôles du 14 Mars, réunis hier soir à la Maison du Centre. Photo Dalati et Nohra
La pause imposée de facto par la semaine sainte et la fête de Pâques, ainsi que le voyage du président Michel Sleiman à Doha, où il a participé au sommet arabe, ont eu pour effet d’ajourner de plusieurs jours les démarches constitutionnelles qui doivent être impérativement entamées la semaine prochaine afin, d’une part, de désigner un nouveau Premier ministre et, d’autre part, de trancher le débat fiévreux sur la nouvelle loi électorale qui devrait être votée dans la perspective du scrutin législatif prévu, en principe, en juin prochain.
En dépit de cette pause au niveau officiel, les réunions et les tractations se sont multipliées au cours des dernières vingt-quatre heures au niveau des deux camps en présence, le 14 et le 8 Mars, qui s’emploient à affûter leurs couteaux et à avancer leurs pions sur l’échiquier local.
Dans la soirée d’hier, les leaders et les ténors du 14 Mars ont ainsi tenu une réunion élargie à la Maison du Centre (lieu de résidence de Saad Hariri) afin de définir la stratégie que la coalition souverainiste devrait suivre pour la désignation du Premier ministre, la formation du nouveau gouvernement et l’approbation d’une nouvelle loi électorale. Dans ce cadre, le député Ammar Houri a indiqué que le courant du Futur et le 14 Mars n’ont pas encore défini leur position concernant la forme que devrait prendre le nouveau gouvernement. Tard en soirée, le site d’information nowlebanon a rapporté que le directoire du 14 Mars a décidé de former une commission de cinq membres pour suivre les dossiers au centre des tractations actuelles. Cette commission comprend les représentants des Kataëb, des Forces libanaises, du courant du Futur, des chrétiens indépendants du 14 Mars et de la Jamaa islamiya.
Retour de facto à la majorité de 2009
Auparavant dans la journée, une délégation parlementaire du 14 Mars – regroupant les députés Samir Jisr, Ammar Houri, Amine Wehbé, Samer Saadé, Chant Chinchinian et Hady Hobeiche – s’était rendue à Aïn el-Tiné afin de remettre au président de la Chambre Nabih Berry la pétition signée par 69 députés réclamant la prolongation des mandats des chefs des appareils sécuritaires de l’État, ce qui revient à maintenir le directeur général des Forces de sécurité intérieure, le général Achraf Rifi, à son poste, alors que sur base de la législation actuelle, il devrait faire valoir ses droits à la retraite au début du mois prochain. Cette pétition, convient-il de relever, a été signée par tous les députés du 14 Mars, ainsi que par les membres du bloc parlementaire de M. Walid Joumblatt, par le Premier ministre démissionnaire Nagib Mikati et par ses alliés électoraux de Tripoli (Mohammad Safadi et Ahmad Karamé). En d’autres termes, avec ces 69 signatures, l’on retrouve de facto la même majoritaire parlementaire qui était issue des élections législatives de 2009 (remportées par le 14 Mars et ses alliés). Cette majorité, rappelle-t-on, avait été « renversée » par un coup de force mené manu militari par le Hezbollah afin d’amener le bloc Joumblatt et le groupe Mikati à s’associer à un projet de gouvernement contrôlé par le 8 Mars.
C’est donc cette majorité parlementaire de 2009, ressuscitée en quelque sorte après la démission du cabinet Mikati, qui réclame aujourd’hui le maintien du général Rifi à la direction des FSI et qui a demandé, dans le cadre de la pétition remise hier à M. Berry, la convocation de l’Assemblée nationale afin d’approuver la proposition de loi revêtue du caractère de double urgence présentée au début du mois par des députés du 14 Mars afin de prolonger l’âge de la retraite des chefs des services sécuritaires. Cette proposition de loi a été inscrite au secrétariat général du Parlement en date du 11 mars, a indiqué M. Jisr à l’issue de la réunion tenue avec M. Berry. Le député haririen a précisé sur ce plan qu’il ressort de l’entrevue que sur le plan du principe, M. Berry est favorable à la prolongation de l’âge de la retraite des hauts responsables sécuritaires, mais il se réserve le droit de fixer la date de la séance parlementaire au cours de laquelle les députés devraient se prononcer sur cette proposition de loi.
(Pour mémoire : Mikati à « L’OLJ » : Je suis parti car j’en avais ras le bol...)
Pour le 8 Mars, priorité à la loi orthodoxe
Le camp du 8 Mars, pour sa part, a une approche totalement différente, à l’évidence, des démarches à suivre au cours des prochains jours. Le Hezbollah et ses alliés estiment en effet que le premier point qui devrait être débattu au cours de la prochaine séance plénière à la Chambre est le projet de loi électorale dit orthodoxe.
La position du 8 Mars à cet égard a été discutée au cours de trois réunions que les pôles de l’axe Hezbollah-CPL-Amal-Tachnag-Marada ont tenues dans la journée d’hier, l’une au Parlement et les deux autres au domicile du chef du CPL, Michel Aoun, à Rabieh.
La première réunion a regroupé, place de l’Étoile, les députés Ibrahim Kanaan, Ali Fayad, Ali Ammar, Nawwar Sahili, Nawaf Moussaoui, Hani Kobeissi, Ayoub Hmayed, Estephan Douaihy, Hagop Pakradounian, Ghazi Zeayter, Ali Bazzi, Hassan Fadlallah, Alain Aoun et Simon Abiramia. À l’issue des discussions, M. Kanaan a souligné que les représentants des blocs du 8 Mars ont décidé de demander au chef du législatif de convoquer le Parlement à une réunion afin de voter le projet de loi électorale du Rassemblement orthodoxe. M. Kanaan a réitéré une fois de plus à cette occasion le rejet de la loi de 1960.
(Lire aussi : Ahmad el-Assaad accuse le Hezbollah de nuire à la communauté chiite)
Parallèlement à ces concertations au siège de l’Assemblée, le chef du CPL a tenu dans la journée deux réunions avec, successivement, le député Hagop Pakradounian et le secrétaire général du Tachnag, Hovig Mekhitarian, d’une part, puis avec le ministre Ali Hassan Khalil (Amal), Hussein Khalil et Wafic Safa (Hezbollah), en présence du ministre Gebran Bassil, d’autre part. À l’issue de ce dernier entretien, Hussein Khalil (conseiller politique du secrétaire général du Hezbollah) a déclaré que « le président de la Chambre Nabih Berry a affirmé que le projet du Rassemblement orthodoxe sera le premier point inscrit à l’ordre du jour de la prochaine séance parlementaire ». « Nous sommes pour le projet orthodoxe et pour qu’il soit le premier point inscrit à l’ordre du jour de la séance qui sera convoquée par Nabih Berry, et nous sommes pour l’abolition de la loi de 1960 », a déclaré le responsable hezbollahi.
Il convient d’indiquer dans ce cadre que certaines sources ont fait état d’un package qui pourrait être proposé comme compromis entre le 14 et le 8 Mars, à savoir que la proposition du 14 Mars entraînant le maintien du général Achraf Rifi à son poste serait approuvée (par le biais du vote de la proposition de loi sur la prolongation de l’âge de la retraite des chefs des services sécuritaires) en contrepartie du vote du projet de loi électorale du Rassemblement orthodoxe. Le député Ahmad Fatfat a toutefois déclaré hier qu’il ne saurait être question pour le courant du Futur et le 14 Mars d’accepter un tel package. Dans le camp du 8 Mars, M. Kanaan a lui aussi rejeté l’idée d’un tel « troc ». Et dans ce même contexte, le député du PSP Akram Chehayeb a affirmé que son bloc parlementaire boycottera toute séance parlementaire consacrée à l’examen du projet orthodoxe.
Il faudra ainsi attendre la fin de la trêve pascale pour que se décantent les positions en présence afin de déterminer la nature de la prochaine étape dans laquelle s’engagera le pays.
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