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À La Une - Crise

Chypre : Âpres négociations sur les moyens d'éviter la faillite

Pas d'aide russe dans l'immédiat ; les deux grandes banques pour la taxe sur plus de 100.000 euros.

Des employés de la Laïki Bank, menacée de faillite, manifestent vendredi 22 mars 2013 devant le Parlement à Nicosie. Patrick Baz/AFP

D'âpres négociations se tenaient vendredi sur le plan de sauvetage des banques et de l'économie chypriote que Nicosie doit présenter d'ici lundi à ses partenaires européens, l'option d'une aide russe s'étant refermée.

 

Chypre est engagée dans d'"âpres négociations" avec la troïka des bailleurs de fonds (UE-FMI-BCE), a déclaré vendredi le porte-parole du gouvernement, Christos Stylianides. "Dans les prochaines heures nous allons devoir prendre des décisions importantes", a-t-il ajouté lors d'une brève déclaration à la presse vers 11h15 GMT.

 

Mais aucun détail n'a filtré sur les détails du plan qui doit être soumis au Parlement de l'île méditerranéenne vendredi, et l'énervement de ses partenaires au sein de l'UE se fait de plus en plus palpable. Chypre doit trouver d'ici lundi 7 milliards d'euros, condition au déblocage par la troïka d'une aide de 10 milliards qui lui éviterait la faillite.

 

L'option russe, caressée par Nicosie afin d'obtenir une partie de l'aide nécessaire, semble s'être refermée. Les autorités russes ont indiqué ne pas être intéressées par les propositions de Nicosie après deux jours de discussions à Moscou avec le ministre chypriote des Finances Michalis Sarris.

Celui-ci a proposé aux Russes, dont les liens économiques avec Chypre sont très forts, "de créer une société publique regroupant les actifs des gisements gaziers et proposer aux investisseurs russes d'y participer", a expliqué le ministre russe des Finances Anton Silouanov, en ajoutant que ceux-ci avaient refusé. "Ils nous ont aussi proposé d'entrer (dans le capital) des banques. Mais aucun de nos établissements de crédit n'en a exprimé le souhait", a détaillé le ministre russe.

 

Le Premier russe Dmitri Medvedev a cependant assuré que la Russie "ne fermait pas la porte" à un soutien à Chypre, lors d'une conférence de presse conjointe avec le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso qui se trouve à Moscou, mais que Nicosie devait d'abord s'accorder avec l'UE pour trouver une issue à la crise.

 

Du côté de l'Union européenne et de la zone euro, dont Chypre fait respectivement partie depuis 2004 et 2008, l'énervement grimpe, notamment à Berlin, alors que l'échéance fixée par le BCE à lundi pour continuer d'apporter une aide d'urgence aux banques chypriotes s'approche. La chancelière allemande Angela Merkel a prévenu vendredi matin qu'il ne fallait "pas abuser de la patience des partenaires de la zone euro", selon des propos rapportés par des députés de sa coalition, à qui elle s'est adressée lors de réunions fermées à la presse.

La chancelière estime que le projet de fonds d'investissement avancé par Chypre ne remplit pas les conditions posées par les partenaires de l'île, selon ces députés.

 

Quel plan de sortie de crise ?

Dans le cadre de son nouveau plan, Nicosie proposerait l'instauration d'un fonds de solidarité et une législation sur la limitation des mouvements de capitaux. Ce fonds de solidarité utiliserait notamment les liquidités des fonds de retraites de la fonction publique. Il pourrait également être garanti sur les revenus à venir dégagés par l'exploitation, encore à l'étude, des immenses ressources en gaz naturel découvertes au large des côtes de l'île.

 

Mais l'Allemagne refuse un alourdissement de la dette chypriote. Elle refuse aussi une implication des fonds de pension dans le plan d'aide. Une telle proposition aurait déjà été rejetée par la troïka des bailleurs de fonds le week-end dernier, selon un porte-parole du ministère allemand des Finances.

 

Le ministre des Affaires étrangères allemand Guido Westerwelle, tout en se disant "très inquiet" de la situation, a aussi martelé dans un entretien télévisé que "les règles que nous avons définies pour répondre à la crise ces deux dernières années (devaient) être respectées". "Cela signifie que nous sommes prêts à être solidaires, mais en retour les pays qui sollicitent notre solidarité doivent être prêts à faire leurs devoirs", a-t-il dit.

 

L'UE et le FMI, refusent de prêter à Nicosie plus de 10 milliards d'euros car ils tiennent à ce que sa dette n'aille pas au-delà de 100% du PIB en 2020.

 

Un premier plan prévoyant une taxe sur les dépôts bancaires dans les banques chypriotes, pour notamment taxer les avoirs russes, avait été rejetée par le Parlement chypriote mardi.

Les deux grandes banques de Chypre, Bank of Cyprus et Popular Bank (Laiki), ont toutefois plaidé vendredi en faveur d'une taxe sur les dépôts bancaires supérieurs à 100.000 euros. "Il doit être clair pour tout le monde, citoyens, politiques et en particulier les 56 membres du Parlement, que dès lors qu'il s'avère qu'il n'y a aucune autre alternative immédiate, il ne devrait plus y avoir de retard dans l'adoption de la proposition de l'Eurogroupe d'imposer une taxe sur les dépôts supérieurs à 100.000 euros, pour sauver le secteur bancaire", a affirmé le directeur de Bank of Cyprus, Andreas Artemis, dans un communiqué.

Le patron de la Popular Bank a lui aussi dit préférer la solution de la taxe sur les dépôts bancaires pour lever des fonds.

 

La Popular Bank et la Cyprus Bank sont menacées de faillite immédiate si aucun accord n'est trouvé d'ici lundi. Fermées depuis le 16 mars, les banques chypriotes ne rouvriront pas avant mardi et l'économie du pays est paralysée. Les stations service de l'île risquent, elles aussi, de fermer, les propriétaires n'ayant plus de liquidités pour faire le plein, a affirmé à l'agence de presse chypriote CNA le directeur de l'Association des propriétaires des stations service, Stephanos Stephanou.

 

 

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