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À La Une - Crise De La Dette

Chypre annonce un plan B après un ultimatum de la BCE

Les autorités ont annoncé avoir renoncé à taxer les dépôts bancaires au profit d’un fonds de solidarité.

Les files d’attente se sont allongées à Nicosie devant les distributeurs automatiques. Patrick Baz/AFP

Paralysée par la crise financière, Chypre a annoncé hier avoir renoncé à taxer les dépôts bancaires au profit d’un fonds de solidarité, aux contours encore flous, censé éviter la faillite de ses banques, désormais sous le coup d’un ultimatum européen.


La Banque centrale européenne (BCE) avait lancé hier le compte à rebours en annonçant qu’elle couperait lundi le robinet des liquidités aux banques chypriotes, faute d’accord acceptable entre Chypre et la troïka de ses bailleurs de fonds. Celle-ci comprend, outre la BCE, l’Union européenne (UE) et le Fonds monétaire international (FMI).
Le versement de ces liquidités d’urgence « ne pourront être envisagées que si un programme UE/FMI est en place qui assure la solvabilité des banques concernées », a souligné l’institution de Francfort.
Les autorités chypriotes ont annoncé de leur côté avoir trouvé un accord pour un « plan B » écartant toute taxe sur les dépôts bancaires et la création d’un « fonds d’investissement de solidarité ». Ils n’ont toutefois révélé aucun détail sur la façon dont il se financerait et les montants qu’il pourrait recueillir.


L’annonce samedi matin à Bruxelles d’un plan de sauvetage comprenant une taxe sur les dépôts bancaires avait provoqué un tollé dans l’île mais aussi à l’étranger, notamment en Russie, une grande partie des fonds déposés dans les banques de l’île méditerranéenne étant russes.
« Le sujet de la taxe n’était pas sur la table », a affirmé le président du Parlement Yiannakis Omirou, à l’issue d’une réunion du président Nicos Anastasiades avec les chefs des partis politiques.
L’ultimatum de la BCE est venu s’ajouter à une tension déjà forte dans l’île mais aussi à Bruxelles et à Moscou.
Jeudi, les files d’attentes se sont allongées à Nicosie devant les distributeurs automatiques de la Laiki bank, les clients craignant une fermeture définitive de la deuxième banque de Chypre.
Interrogés par l’AFP, certains ont indiqué avoir été pris de panique après des informations faisant état d’une fusion de la Laiki bank avec la Bank of Cyprus, la plus importante du pays.


L’Union européenne cherche d’ailleurs à convaincre les dirigeants chypriotes d’instaurer un blocage des capitaux placés dans les banques de l’île pour éviter leur faillite, a confié hier à l’AFP une source européenne proche des discussions.
« Les autorités chypriotes ont trois choses à faire d’ici à mardi : présenter un plan B crédible et viable pour remplacer le plan de sauvetage rejeté par le Parlement, instaurer un blocage sur une longue période des capitaux placés dans les banques, et préparer la fusion entre les deux principales banques en difficultés », a expliqué cette source sous le couvert de l’anonymat. Le risque sinon est une sortie de Chypre de la zone euro, a-t-il averti.
La crise à Chypre pose un « risque systémique » pour la zone euro, a surenchéri le chef de l’Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem. « Nous devons travailler à un programme qui mettra fin à ce risque », a-t-il souligné devant le Parlement européen.


Chypre, membre de l’UE depuis 2004 et de la zone euro depuis 2008, doit trouver les moyens de financer sa part du plan de sauvetage européen qui s’élève à 7 milliards d’euros sur un total de 17 milliards d’euros. Le plan initial prévoyait que 5,8 milliards proviennent de la taxe sur les dépôts bancaires.
Ses partenaires européens lui apporteront en échange 10 milliards d’euros pour renflouer ses banques et payer ses dettes.


Nicosie s’est aussi tournée vers Moscou, partenaire économique de premier plan et avec lequel les liens culturels sont très forts, pour demander de l’aide.
Le ministre chypriote des Finances Michalis Sarris est en Russie depuis mardi pour essayer d’obtenir une extension du crédit de 2,5 milliards d’euros accordé à Nicosie en 2011 et qui arrive à terme en 2016.
La crise chypriote a provoqué une forte tension entre la Russie et l’Union européenne, les Russes ayant protesté contre les projets de taxer les dépôts des sociétés et ressortissants russes à Chypre qui dépasseraient, selon certaines estimations, 20 milliards d’euros.
Le Premier ministre russe Dmitri Medvedev a ainsi menacé jeudi de revoir la part de l’euro dans les réserves du pays si le règlement de la crise financière à Chypre lèse les intérêts russes, une déclaration faite cependant avant l’annonce des Chypriotes disant que la taxe était désormais exclue.
Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, également présent dans la capitale russe hier, a rejeté les critiques russes soulignant que Bruxelles avait été « en consultations avec la Russie depuis un certain temps » sur le sujet.


Le « plan B » doit permettre à l’île, touchée de plein fouet par la crise grecque et la récession économique, de se sortir de la paralysie tout en garantissant la viabilité à long terme de son économie. Celle-ci repose essentiellement sur le tourisme et les placements étrangers, compte tenu du régime fiscal favorable aux entreprises.
La Commission européenne a souligné de son côté que Nicosie devait présenter une solution garantissant que la dette publique chypriote reste soutenable. Or si Chypre sollicitait un prêt plus important que les 10 milliards d’euros accordés par la zone euro et le FMI, sa dette publique dépasserait mécaniquement le seuil des 100 % du PIB en 2020 retenu dans le plan de sauvetage initial.


Et si le fonds de solidarité devait se financer avec de nouveaux crédits, alors « il ne servirait à rien », a-t-on averti de source européenne, car il viendrait ajouter de la dette à la dette.

 

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