Alors que les syndicats appellent à marcher sur le Grand Sérail mercredi et promettent « la plus grande manifestation que le Liban ait jamais connu », le gouvernement reste imperturbable. Photo Ahmad Mantach
Entrée dans son neuvième jour, la grève générale ouverte, lancée par le Comité de coordination syndicale (CCS) pour que la nouvelle grille des salaires soit transmise au Parlement, a largement été suivie hier à travers tout le pays. Des milliers de fonctionnaires, d’enseignants, de contractuels et de retraités ont répondu présent, et la majorité des administrations publiques et écoles ont gardé leurs portes fermées. Sur le terrain, des manifestants ont brièvement bloqué l’autoroute nord menant à Beyrouth, provoquant des embouteillages monstres au niveau de Dora. D’autres manifestants ont bloqué la route de Damas au niveau du rond-point de Aley. Des manifestations ont aussi eu lieu à Aley, Beiteddine, Jdeidé, Halba, Tripoli, Jeb Jennine, Zahlé, Baalbeck, Nabatiyeh, et Tyr où des fonctionnaires et des enseignants ont défilé devant les principaux bâtiments publics et établissements scolaires du pays. « Nous manifestons aujourd’hui devant le ministère de l’Économie, et ce n’est qu’un avant-goût de la grande manifestation devant le Grand Sérail », a déclaré hier le président du CCS, Hanna Gharib. En effet, le programme s’annonce encore plus corsé aujourd’hui puisque les manifestants, qui ont rendez-vous à 11 heures à Barbir, sont invités à se diriger massivement vers le Grand Sérail dans le centre de Beyrouth. « On se souviendra de cette journée comme celle de la marche sur Beyrouth, celle de la victoire, de la dignité nationale et de l’unité », a encore lancé M. Gharib.
De son côté, le député du courant du Futur, Nidal Tohmé, s’est fait remarquer par sa présence hier à la manifestation organisée à Halba dans le Akkar. « Les revendications du CCS sont justes mais la grève ne doit plus durer. Le gouvernement doit prendre ses responsabilités et résoudre rapidement cette crise », a-t-il déclaré. Il a par ailleurs appelé le président de la République, Michel Sleiman, à « intervenir immédiatement et à rencontrer en personne le Comité de coordination syndicale ».
Le gouvernement semble inflexible
Et pourtant, face à cette mobilisation sociale de plus en plus importante, le ministre des Finances, Mohammad Safadi, ne semble pas inquiété outre mesure. « La grille des salaires ne sera pas à l’ordre du jour du prochain Conseil des ministres (prévu aujourd’hui), la situation économique ne le permet pas, a-t-il indiqué. Nous devons avant tout mettre en œuvre des réformes car on ne peut pas avaliser la grille de telle sorte que le salaire minimum dans le public soit plus élevé que celui du secteur privé. » Et de préciser : « Je ne suis pas en train de dire qu’il faut revoir à la baisse toute la grille, mais quelques chiffres qui permettent une légère modification qui satisfasse tout le monde et ne menace pas l’économie du pays. »
Par ailleurs, le quotidien an-Nahar a cité des sources ministérielles qui ont indiqué que « quelle que soit l’ampleur du mouvement du CCS, il ne fera pas changer l’opinion du gouvernement concernant la grille, car le cabinet ne fonctionne pas sous la pression de la rue ». « Le gouvernement, qui étudie de près le dossier depuis des mois, est mieux placé que quiconque pour prendre des décisions pour le bien du pays, du Trésor public et des employés », ont ajouté les sources ministérielles.
Ce à quoi le président du syndicat des enseignants des écoles privées, Nehmé Mahfoud, a rétorqué en soulignant que « ce gouvernement ne représente pas le peuple libanais ». « Nous continuerons à investir les rues jusqu’au transfert de la grille des salaires au Parlement », a-t-il assuré.
Indignation du côté des syndicats
Face à ce dialogue de sourds, Hanna Gharib, qui avait promis, dimanche, de « mettre le Liban sens dessus dessous », a interpellé le Premier ministre Nagib Mikati, l’invitant à « décider une bonne fois pour toutes s’il existe ou pas un financement de la nouvelle échelle des salaires ». « Vous êtes responsable de cet accord et de son application. Si vous êtes incapable de l’appliquer, pourquoi alors l’avez-vous signé ? a-t-il demandé. Présentez vos excuses à l’opinion publique et dites-lui que vous êtes incapable d’appliquer l’accord. Vous ne faites qu’obéir aux ordres des organismes économiques qui pillent le secteur public comme elles ont pillé le secteur privé », a-t-il martelé. Et répondant à la proposition du président de la Chambre de commerce, d’industrie et d’agriculture de Beyrouth et du Mont-Liban (CCIAB), Mohammad Choucair, qui avait invité le CCS au dialogue, M. Gharib a tout simplement répondu : « Je n’ai rien à débattre avec les organismes économiques, qu’ils restent à leur place. Ce problème doit se résoudre directement avec le gouvernement. » Rappelons que les organismes économiques s’étaient soulevés à plusieurs reprises au cours des derniers mois contre le projet de la grille des salaires, qu’ils taxent d’ « hérésie économique ».
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