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Tel père, tel fils

Les cérémonies qui ont marqué le 34e anniversaire de la révolution islamique en Iran ont fourni l’occasion au président Ahmadinejad de donner des « conseils » aux États-Unis, voire de dicter ses conditions en vue d’un dialogue direct entre l’administration US et le régime des mollahs, comme l’ont suggéré, dès le début du second mandat du président Barack Obama, le vice-président Joe Biden et le nouveau secrétaire d’État John Kerry. « Washington doit changer d’attitude en vue d’un dialogue bilatéral, a estimé M. Ahmadinejad. Le changement de ton (de la part des dirigeants US) est nécessaire mais pas suffisant. » En clair, le président iranien semble vouloir dire qu’il condescendrait à dialoguer avec les Américains si ces derniers modifient toutefois leur attitude à l’égard de Téhéran...
Certes, il s’agit là, à l’évidence, de propos populistes destinés à la consommation interne. Ils reflètent aussi à n’en point douter une aspiration, maladive, des mollahs à vouloir donner à la République islamique une stature de première puissance régionale, et pour ce faire, ils se doivent de hausser démesurément le ton, de se montrer menaçants afin d’imposer leurs ambitions géopolitiques. Mais au-delà de telles considérations, force est de relever que les propos démagogiques du président Ahmadinejad sont significatifs d’un état d’esprit, d’une certaine structure de pensée, voire d’une vision du monde et de la chose publique, caractéristiques du régime des mollahs. Et en digne descendant de ses maîtres, le Hezbollah est manifestement imprégné de ce même état d’esprit, de cette même structure de pensée. « Wilayet el-faqih » oblige...
En clair, aussi bien les mollahs de Téhéran que les « pontifes » du Hezbollah au Liban se distinguent par une même posture politique (commune, d’ailleurs, aux fondamentalistes sunnites) : une arrogance poussée jusqu’à ses derniers retranchements ; le profond mépris des valeurs d’un humanisme universel qui marquent généralement les rapports du monde contemporain ; une action politique de type milicien, fondée sur la menace, l’intimidation, le rejet des pratiques et règles démocratiques, le terrorisme intellectuel, pour ne pas dire le terrorisme tout court. En résumé, deux mots peuvent refléter une telle posture : mépris de l’autre, du système international ; et arrogance. Une rétrospective succincte de certains faits et événements de ces dernières années permet d’illustrer ce comportement pernicieux, tant en ce qui concerne l’actuel régime iranien que le Hezbollah.
Pour ce qui a trait aux mollahs, cette attitude sans foi ni loi est surtout perceptible au niveau du dossier du nucléaire iranien. Le secrétaire d’État a appelé il y a quelques jours la République islamique iranienne à venir négocier « avec sérieux » son programme nucléaire lors de la nouvelle réunion prévue dans deux semaines au Kazakhstan avec les représentants des grandes puissances. « La balle est dans le camp de l’Iran (...) La communauté internationale est prête à répondre si les Iraniens viennent aux négociations en étant disposés à parler véritablement du problème de fond » portant sur ce contentieux, a notamment déclaré le chef de la diplomatie US. Quelques jours plus tôt, c’était le vice-président Joe Biden qui prônait un dialogue direct avec Téhéran.
Cette politique de la main tendue est peut-être louable dans l’absolu, mais elle tend à occulter une réalité un peu trop amère. L’opinion publique a sans doute oublié, ou ne sait simplement pas, que le bras de fer entre les grandes puissances et la République islamique au sujet du dossier nucléaire remonte ... au début des années 2000 (sans compter le contentieux d’Eurodif entre la France et Téhéran, qui fut à la base de l’enlèvement par les pionniers du Hezbollah des otages français à Beyrouth dans les années 80). C’est en effet en août 2002 que la communauté internationale découvre, grâce aux indiscrétions d’un dissident iranien, que Téhéran dissimulait son programme nucléaire en
s’abstenant de faire état de l’existence de deux sites jusque-là inconnus.
À partir de cette date, la République islamique et la communauté internationale n’ont pratiquement jamais cessé de jouer au chat et à la souris. En novembre 2004, l’Iran annonce, sous la pression de certaines puissances occidentales, la suspension temporaire de l’enrichissement de l’uranium. Le pouvoir iranien reviendra toutefois sur ce « geste de bonne volonté » en août 2005, quelques jours après l’élection d’Ahmadinejad à la présidence. En février 2006, le Conseil des gouverneurs de l’Agence internationale de l’Énergie atomique (AIEA) décide de transmettre le dossier du nucléaire iranien au Conseil de sécurité de l’ONU. C’est alors qu’est donné le coup d’envoi d’une (très) longue série de sanctions, de négociations, de tractations, de réunions, de manœuvres, de contre-manœuvres, de rendez-vous manqués, de propositions, de contre-propositions, de prises de position en flèche, qui se succèdent de manière épisodique depuis près de sept ans – si ce n’est plus – sans qu’aucun progrès tangible ne soit enregistré sur ce plan. Bien au contraire, la République islamique n’a fait qu’aller de l’avant, lentement et subrepticement, dans le développement de son programme nucléaire tout en feignant, chaque quelques mois, de vouloir négocier et dialoguer. Ce scénario de dupes dure depuis une dizaine d’années, si bien que l’Iran donne l’impression de mener pratiquement l’Occident en bateau dans cette affaire.
Ce dossier constitue l’une des nombreuses illustrations du mépris que le régime des mollahs manifeste à l’égard de la communauté internationale. Et à cet égard, le Hezbollah libanais est à (très) bonne école. Car il affiche depuis plusieurs années une attitude similaire de dédain et d’arrogance outrancière à l’égard de toutes les factions locales et, d’une manière générale, de la conjoncture globale sur la scène libanaise, au point qu’il semble estimer que le pays tout entier est sa propriété privée. Les exemples sur ce plan ne manquent pas...
L’épisode du drone envoyé au-dessus d’Israël pour prendre des photos transmises directement, à en croire les responsables iraniens, aux autorités de Téhéran sans que le chef de l’État ne soit informé de l’opération constitue rien moins qu’un outrage au président de la République. Le scandale de la libération, au bout de six mois de détention, du milicien qui a abattu de sang-froid le capitaine Samer Hanna à bord d’un hélicoptère de l’armée, ainsi que le refus obstiné du Hezbollah de livrer à la justice internationale les assassins présumés de Rafic Hariri et à la justice libanaise le cadre du parti accusé d’avoir tenté d’assassiner le député Boutros Harb représentent autant d’affronts à la justice internationale et locale. Le renversement, sous le coup des menaces miliciennes et de l’intimidation, de la majorité parlementaire issue des élections de 2009 ne peut s’expliquer que par le mépris manifesté à l’égard des électeurs libanais et du système politique dans son ensemble. Quant aux interventions et opérations auxquelles s’est livré, et se livre, le Hezbollah dans nombre de pays – de la Bulgarie à la Libye, en passant par Bahreïn, les Émirats, le Yémen, l’Irak et évidemment la Syrie – elles illustrent à quel point le Hezbollah ne perçoit le Liban que sous l’angle d’une petite pièce du grand puzzle des desseins régionaux des mollahs.
Et pour le grand malheur du pays du Cèdre, et du projet libaniste libéral s’inscrivant dans la lignée de la pensée de Michel Chiha, l’état d’esprit de cet intégrisme chiite jusqu’au-boutiste n’a rien à envier à la logique obscurantiste du jihadisme et du fondamentalisme sunnite qui, bien que fortement contesté, gagne malgré tout du terrain un peu partout dans la région.
Les cérémonies qui ont marqué le 34e anniversaire de la révolution islamique en Iran ont fourni l’occasion au président Ahmadinejad de donner des « conseils » aux États-Unis, voire de dicter ses conditions en vue d’un dialogue direct entre l’administration US et le régime des mollahs, comme l’ont suggéré, dès le début du second mandat du président Barack Obama, le vice-président Joe Biden et le nouveau secrétaire d’État John Kerry. « Washington doit changer d’attitude en vue d’un dialogue bilatéral, a estimé M. Ahmadinejad. Le changement de ton (de la part des dirigeants US) est nécessaire mais pas suffisant. » En clair, le président iranien semble vouloir dire qu’il condescendrait à dialoguer avec les Américains si ces derniers modifient toutefois leur attitude à l’égard de Téhéran......
commentaires (8)

C'est la " Parento-tyranno-Démocratie " qu'on n'apprend pas à l'école...

SAKR LEBNAN

10 h 23, le 12 février 2013

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Commentaires (8)

  • C'est la " Parento-tyranno-Démocratie " qu'on n'apprend pas à l'école...

    SAKR LEBNAN

    10 h 23, le 12 février 2013

  • MOLLY SELWAN Comme toujours la clarté de l´exposé transcende dans votre article. Malheureusement, c´est la région toute entière qui est prise en tenaille entre ces deux courants à portée eschatologique l´un chiite et l´autre sunnite. C´est « l´Islam contre l´Islam », comme l´explique Antoine Sfeir dans son livre. Une question qui s´impose dans ce moyen Orient ou de plus en plus la Laïcité n´est plus qu’un rêve ; Celle-ci : qu´adviendra-il de la chrétienté sur cette partie du monde ? Et une autre : Quel est l´avenir de notre Liban en prise à l´occupation des armes légalisée par un arrêté ministériel ? Les efforts de Notre Patriarche Raï essayent de pallier à ce problème au niveau régional. Quant au problème du Hezbollah seule une conscience patriotique pourra lui faire soumettre les armes à la République Libanaise. Mais hélas cette pensée même est bien loin de lui, entièrement assujettit à l´Imam d´Iran. De là à conclure que le Liban est occupé par l´Iran il n´y a qu´un pas : c´est celui qui nous sépare du gouffre.

    Molly Selwan

    08 h 59, le 12 février 2013

  • Mépris de l’autre,arrogance, tel est en bref cet héritage de père en fils et qui dure avec des petits cousins au Liban qui croient toujours que rien ne pourra faire bouger leurs fondamentalistes chiites à l'instar des sunnites . Triste logique . Antoine Sabbagha

    Sabbagha Antoine

    08 h 51, le 12 février 2013

  • On est encore à répéter toujours les mêmes griefs , les mêmes contre vérités et la même propagande malhonnête anti hezb résistant. Michel Touma est comme les autres , il est infatigable, mais fatiguant à vouloir mettre dans le même sac l'intelligence du progrès des iraniens en parallèle de la brutalité des salafo bensaoudo qataris, avec la seule différence que ces derniers servent de coffre fort aux occidentaux qui menacent, et ça, il évite de le dire, alors que les iraniens travaillent pour leur propre intérêt. Les différences sont énormes et c'est pas cet article qui changerait les choses, mais au bout du compte, dans ce genre d'exercice amalgamique, le résultat final profitera à celui qui saura le mieux s'en sortir, je veux dire celui qui sera le mieux armé pour cela, oh pas armé nucléaire ou atomique, mais armé stratégie, finesse intelligente et psychologie gagnante. Parce qu'au point où on est les yankys et consort c'est de la petite frappe, et c'est pas de l'arrogance que de le dire, vous constatez qu'ils envahissent , menacent etc.. et au bout du compte se laissent prendre dans la nasse byzantine!

    Jaber Kamel

    07 h 41, le 12 février 2013

  • Votre analyse d’aujourd’hui n’est qu’une suite logique à celle publiée le 24 janvier …’’ ne surtout pas se tromper de bataille ni d’adversaire’’, soigneusement mise à l’écart des réactions des internautes, comme celle du professeur K.Yazigi d’ailleurs. Je retiens de vos deux publications une idée qui fait son chemin depuis des décennies, mais qu’on voit mal sa réalisation : ’’le projet de libanité’’. Faut-il se résigner au bon ‘’discernement’’ pour y croire. Quelques illuminés du haut de leur tour d’ivoire se croient investis d’une mission d’imposer un ‘’système’’ pour le vivre-ensemble. Un ténor du 14 mars n’a-t-il pas écrit récemment dans son livre :’’ Si la date du 13 avril 1975 est retenue pour marquer le début de la guerre libanaise, celle du 17 septembre de la même année marque, elle, la décision de mettre un terme définitif au vivre-ensemble des Libanais’’, donc bien avant l’avènement du Hezbollah sur la scène nationale et internationale. Certes le Hezbollah est coupable de tant de violence politique, mais il faut admettre qu’il n’est pas le seul à endosser le malheur des Libanais, et de l’introuvable convivialité et du vivre-ensemble.

    Charles Fayad

    07 h 10, le 12 février 2013

  • OK...un coup à droite,un coup à gauche...Hezbollah chiite et islamistes sunnites sur pied d'égalité,donc...pas aussi simple,quand même,non?Quant à l'Iran,c'est encore plus compliqué...Non que ce pays soit vraiment un exemple de ce qu'il faudrait devenir ou le nec plus ultra en matière de démocratie...certes pas.mais bon,l'histoire du nucléaire est quand même un vrai sujet de réflexion...voyons,voyons....Le Pakistan a la bombe...l'Inde a la bombe,la Corée du Nord a la bombe(on dirait bien hein?),notre voisin du Sud a les bombes diverses et variées.....je ne sache pas que le Pakistan, ou les autres d'ailleurs soient de parfaits exemples de démocartie et de sûreté nucléaire...et pourtant,ils l'ont,cette foutue bombe,non?Alors,pourquoi cette obsession de la bombe iranienne....? çà,c'est une vraie question...et puis qu'on dise quelquechose...le régime des mollahs passera,et l'Iran restera...

    GEDEON Christian

    04 h 11, le 12 février 2013

  • Et le malheur c'est que le Hezbollah a pu dénicher un ambitieux dhimi maronite qu'est le général Aoun.

    Saleh Issal

    03 h 02, le 12 février 2013

  • Mais bien sûr ! L'histoire, la civilisation et la vérité humaines ont commencé avec la révolution khomeiniste. Avec cette conception, le régime de Téhéran incarne le totalitarisme le plus parfait. Le Hezbollah, issue de la même conception, en est le reflet le plus pur et strictement le bras le plus fidèle du dit régime. Dans cette réalité, le Liban n'est justement "qu'une toute petite pièce du grand puzzle des dessins régionaux des mollahs", comme dit M Touma, et ne peut exister ou fonctionner ou être destiné que sous cet angle et dans cette perspective. C'est "un intégrisme chiite jusqu'au-boutiste (qui) n'a rien à envier à l'intégrisme obscurantiste du jihadisme et du fondamentalisme sunnite", peut-être encore pire quand même quant aux méthodes auxquelles il a recours.

    Halim Abou Chacra

    22 h 12, le 11 février 2013

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